LES OUVRIERS DE LA VIGNE
(Evangile du dimanche de la Septuagésime.)
Miilti enim siint vocati, paiici vero electi. Beaucoup sont appelés, peu sont élus.
{Matth., XX, 16.)
Est-il rien de plus précis et de plus clair que ces paroles? Voilà ce que le Fils de Dieu enseignait publiquement, ce qu'il inculquait à ses disciples, ce qu'il représentait en mille figures et en mille paraboles. Cependant le petit nombre des élus paraît aux uns matière à controvei^se, aux autres sujet d'effroi pour la délicalesse et pour l'orgueil de notre siècle. On voudrait bannir de la chaire chrétienne l'exposition de cette doctrine, comme s'il ne valait pas mieux réveiller les consciences en les troublant à propos, que de damner les âmes en les laissant s'endormir dans une triste sécurité. On propose une interprétation adoucie, comme si les commentaires de l'homme pouvaient atténuer rautorité des paroles divines et TefTet des vengeances éternelles! On diminue et on affaiblit la vérité, comme si elle dépendait de la fai-
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blesse de notre esprit et de la corruption de nos mœurs.
0 coupables desseins de la vanité humaine! Sommes-nous donc destinés à accommoder rEvangilo aux exigences de nos préjugés et aux intérêts de nos passions? Sommes-nous mieux instruits que notre divin Maître de ce qu'il convient d'enseigner ou de taire? Prêchons toute la doctrine; prêchons-la dans toute son étendue et dans toute sa pureté, dans toute sa force et dans toute sa rigueur. Malheur à quiconque s'en scandalisera! Il portera lui-même la peine de son scandale.
Je le répète donc avec Jésus-Christ et avec l'Eglise, avec saint Ghrysostome et avec Bossuet, avec saint Augustin et avecBourdalouo, avec les saints qui en ont tremblé et avec les pécheurs que ces paroles ont convertis : Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus : Multi enim sunt vocatl, pauci vero electi.
Dieu, quand il parle, n'a pas besoin d'être justifié. Il ne nous reste plus qu'à adorer et à nous taire. Cependant Jésus-Christ, en annonçant le petit nombre des élus, a bien voulu expliquer et confirmer luimême ses propres enseignements. Remontons quelques hgnes plus haut et nous verrons, par le texte sacré, que jamais justice plus rigoureuse ne fut précédée par une miséricorde plus abondante. Oui, ceux qui se sauvent sont en petit nombre, mais ceux qui se perdent n'en peuvent accuser que leur obstination et leur malice : Multi enim sunt vocati, pauci vero electi.
Au commencement du chapitre qui renferme cet oracle effrayant, Dieu se représente lui-même sous
SUR LES ()i;vRiKns hi: i,\ vmink. 2îK)
la llj^MUMî (riiri [xTc (lo raiiiillo ([iii sort do fçrand rnatiii |)()iir loiior dos ouvriers et les faire travailler à sa viyno. Pour Dion , il n'y a (ju'uno vigne, c'est son Kglise; (|u'uno lauiille, c'est riiuiriauité tout entière. La durée du jour représente celle de notre vie, et la récompense ((u'il |)ro|)()se aux ouvriers de sa maison n'est autre chose (juo lo salut éternel. C'est ainsi (|ue tous les hommes sont appelés; voyons qui sont ceux qui seront élus.
Kemarquez que notre divin Maître prend l'iniliative avec un empressement admirable. 11 n'attend pas qu'on vienne à lui. 11 cherche, il invite, il demande ceux dont il veut employer le temps, couronner les travaux. Il devance le lever de l'aurore, de peur qu'un autre maître ne les relienne avant lui. Tel est le zèle du Seigneur pour le salut de nos âmes. Il épie avec un soin jaloux noire première apparition dans la vie, et à peine avons-nous reçu le jour qu'il se présente pour nous engager à son service. Rappelez-vous les promesses et les cérémonies du baptême. Jésus Christ n'est-il pas venu à notre rencontre jusqu'à la porte de son temple? Entrez, nous a-t-il dit par la voix de son ministre, voici la vigne où l'on ne porte point en vain le poids de la chaleur et du jour. C'est ici que l'on gagne le denier de la vie et je vous promets une part dans mon héritage : Ingredere, habebis partem cicm Christo. En disant ces paroles, il marquait notre front d'un sceau inviolable; il mettait dans notre bouche le sel de la sagesse ; l'eau sainte coulait sur notre tète pour nous purifier. Avec la robe de l'innocence nous recevions les livrées du meilleur des maîtres et le nom du plus tendre des pères.
Voilà les appelés de la première heure. Où sont les élus qui lui appartiennent? Où sont-ils les serviteurs anciens et dévoués qui, dès le commencement, n'ont pas cessé de vivre avec Jésus et de travailler dans sa vigne? Ah! combien d'enfants rebelles qui ont échappé par le péché à la surveillance du père de famille! Combien se sont dérobés à ses regards, et, cédant aux invitations perfides d'un autre maître, ont oublié la loi du travail et la beauté de la récompense ! Le salut est négligé, la vigne demeure presque sans culture; les trésors du ciel ne seraient-ils donc possédés que par ces jeunes âmes moissonnées avant l'âge des passions et à qui l'innocence tient lieu de vertu? 0 Dieu ! où seraient vos élus? et que resterait'il pour votre partage? Multi enim sunt vocatif pauci vero eleoti.
Mais le père de famille sort une seconde fois; il fait une invitation plus pressante. Vers la troisième heure du jour, dit l'Ecriture, il revient sur la place publique, et ayant vu des ouvriers qui demeuraient sans rien faire, il leur dit : Allez, vous aussi, travailler à ma vigne. Voici l'épreuve de la jeunesse, elle succède à celle de l'enfance. On peut dire qu'elle date de la première communion, cette époque universelle de renouvellement, de piété et de ferveur. Alors le corps a acquis une certaine vigueur, l'esprit commence à se mûrir, le cœur s'ouvre aux douces inspirations du sentiment, comme la fleura peine éclose reçoit en tremblant la rosée du matin. Peut-être le souffle impur du péché a-t-il déjà flétri quelques-unes de ces plantes si déhcates et si frêles; mais n'importe. Quoique Dieu soit jaloux des prémices et n'ait rien
iu'if^lifi,(3 pour on obtenir l'Iionimago, son pardon couvrira louLos les l'auLes. Sa voix prend alors un accent particulier do toudrosso. Jl redoui)lo do soins, d'assiduité et do zèle. Il intéresse au succès do ses invitations les parents, les nuiîtres, les étrangers niènie. Prières fréquentes, instructions solides, oxenaples salutaires, il met tout en œuvre pour enrôler les jeunes ouvriers de la vigne sainte. 0 jours d'allégresse, o jours de bonheur! Vous les voyez, mes frères, vous les voyez, dociles et empressés, répondre chaque année, avec une joie respectueuse, à l'appel du divin Maître. Qu'ils sont beaux le jour de leur engagement ! Ils ont revêtu leurs plus beaux habits; un flambeau brille dans leurs mains, le bonheur éclate sur leurs fronts. Quelles protestations de service et de dévouement! quelles résolutions énergiques! Avec quelle ardeur ils promettent de travailler à leur salut! Avec quelle franchise, la main étendue sur le livre des Evangiles, l'œil tourné vers le tabernacle, ils jurent une seconde fois les promesses de leur baptême !
Voilà les appelés, où sont les élus? Que sont-ils donc devenus, mes frères, les ouvriers de la troisième heure? Où sont-ils aujourd'hui, ces fronts baissés, ces regards modestes, ces lèvres où résidait la prière? Ces jeunes convives de nos festins mystiques, où sont-ils? 0 temple du Seigneur, rendez-nous les voix qui ont vibré sous ces voûtes. Tribunaux sacrés, vous n'entendez plus leurs aveux ; table des élus, vous ne faites plus leurs délices. Je cherche dans cette enceinte les jeunes gens que nous avions loués pour travailler à la vigne. Hélas ! ils ont pour la plupart abandonné
la maison du bon Maître, ils ont passé à Tennemi, ils ont renoncé au salaire éternel. Si quelques-uns sont demeurés fidèles, plus rares que les épis après la moisson ou que les raisins après la vendange, on les compte, on les nomme, on les montre avec une sorte de curiosité, tant il est étrange de servir Dieu dans les jours de sa jeunesse : Multi enim sunt vocati, pauci vero electi.
Que fera le père de famille ? Ecoutons le texte sacré : (( Il sortit encore vers la sixième heure et vers la neuvième, et il envoya de nouveaux ouvriers dans sa vigne. » Voici, mes frères, une nouvelle période de notre vie. Nous sommes entrés dans l'âge mur et Dieu nous parle pour la troisième fois. C'est à la raison qu'il s'adresse. Déjà l'orage des passions s'apaise dans le cœur de l'homme. On réfléchit, on pèse, on calcule, un examen attentif préside à tous les jugements ; on se prononce avec la double autorité d'une science suffisante et d'une expérience consommée. Gomment peut-on atteindre ce degré de maturité, sans penser quelquefois, même involontairement, aux enseignements de la religion chrétienne? Et pour ne parler que de notre époque, quel est Thomme grave et sérieux qui ne réforme, à quarante ans, Tarrêt téméraire par lequel il avait condamné TEghse dans les présomptions de sa jeunesse?
N'en soyons pas surpris, c'est au milieu des foudres et des tempêtes que le Seigneur a fait entendre sa voix comme autrefois sur le mont Sinaï. Il nous montre, à la clarté des éclairs les plus sinistres, les ravages des mauvaises doctrines, plus rapides que la flamme et plus cruels que le glaive, les trônes abat-
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tus, les Etats boulovorscs, les riches ut les pauvres animés les uns contie l(\s autres par une mutuelle haine, la pro[)riété alta(|uée jiJS(|uo dans ses lois im- |)rcscriplibles, la iamillo menacée jusque dans son sanctuaire, une licence toujours croissante, les peuples soulevés par la parole ou moissonnés [)ar le glaive, les lléaux réunis et conjurés contre les nations en |)leurs, et les restes de la guerre dévorés par la peste ou menacés par la famine.
En présence de ce tableau, il est difficile de ne pas faire trêve aux all'aires pour se recueillir avec douleur; pour écouter dans le silence les reproches de la conscience et les puissantes sollicitations de la grâce. Oui, vous êtes tous appelés k profiter de ces grandes et terribles leçons. Multi enim sunt vocati. Ce n'est pas un vain spectacle offert à votre curiosité, mais une invitation plus forte et plus pressante que jamais de revenir à Dieu. I^es coups qui nous ébranlent n'éclatent qu'à de longs intervalles; les éclairs qui nous éblouissent ne sillonnent qu'une fois dans un siècle l'horizon des sociétés humaines.
Mais, ô douleur ! on se contente de louer la religion et on en néglige les préceptes. On sent qu'il serait raisonnable de croire ; mais en souhaitant ce bonheur pour sa famille, on renonce à le goûter soi-même; qu'il serait utile de pratiquer, mais on l'impose à ses domestiques afin de se mettre en sûreté contre le vol, et on s'affranchit soi-même des obligations qu'on leur fait, afin de conserver dans son cœur un autel pour l'injustice et un autre pour l'adultère. Ah ! vous parlez de la divine Providence, et la divine Providence attend encore vos prières pour vous sauver de
l'orage ! Vous déplorez Taffaiblissemenlde la religion, et votre foi est encore en ruine ! Vous vous plaignez de la corruption publique, et vos exemples l'autorisent encore! Les révolutions ont touché peut-être quelques esprits, mais les cœurs sont demeurés plus insensibles que la pierre et plus glacés que le marbre. Tant il est vrai que malgré la miséricorde de Dieu il y a encore beaucoup d'appelés et peu d'élus : Multi enim sunt vocatif pauci vero electi.
Il faut donc le reconnaître, malgré les habitudes de Tenfance, malgré les impressions de la jeunesse, malgré les leçons de Tâge mur, l'homme refuse trop souvent de travailler à son salut. Il résiste aux trois épreuves dont je viens de vous parler. Tout a échoué, voici la onzième heure, c'est-à-dire la vieillesse. Soixante ans de refus, d'humiliations, d'injures, n'ont pas rebuté Jésus-Christ. Il ne se lasse point de chercher des ouvriers, et toute heure lui est égale, pourvu que l'on travaille à sa vigne. C'est pourquoi il sortit vers la onzième heure, et ayant rencontré d'autres ouvriers qui étaient là, il leur dit : « Pourquoi demeurez-vous pendant toute la journée sans rien faire ? » Ces paroles s'adressent à ceux qui, dans un âge avancé, ne se sont pas encore convertis. Mes frères, je respecte autant que personne Tautorité de leur expérience et la couronne de leurs cheveux blancs; mais il n'en est pas moins vrai que leurs mains sont vides et que leur longue carrière a été inutile, s'ils ne finissent pas par écouter la voix de Dieu. Qu'ils aient rendu à la patrie d'éminents services, qu'ils aient brillé dans ses conseils ou dans ses arméeS; qu'ils aient donné des preuves d'un éclatant
SI n IIS orvuiF.ns di: i,a VKiNK. .'iO.S
couraf^o, d'uiio liaiilo probité, d'uno iiitolli'^cnco supérieure, mes IVèros, jo le veux el jo l'adrniro avec vous. Mais (|u'osl-co ([uo tout cela au bord do la tondjo? Uu sonji;e (|ui s'achève, une ombre qui décroît, une vapeur lé^a'.ro ([ui so dissipe devant le soleil de réternité ! Ah ! (ju^attendent-ils pour mettre la main à la charrue et pour gaj^ner le denier du jour ? Encore quelques instants et tout sera fini pour eux. Voici le soir, leurs membres s'engourdissent, leur corps s'ailaisse sous son propre poids, leur voix s'altère, et la mort, la cruelle mort, debout près du lit de leurs douleurs, s'apprête à frapper de sa main puissante ce vieux sépulcre qui a blanchi dans le crime.
0 miséricorde ineffable du père de famille ! Il veut bien se contenter de ces dernières heures. « Allez, dit-il, vous aussi, travailler à ma vigne.» Tous encore y sont appelés : Multi enim sunt vocati. Quoi ! les restes d'une vie usée dans la débauche, un cadavre qui se décompose, une lueur qui s'éteint, une ombre, nu. je ne sais quoi qui 7ia déjà plus de nom dans aucune langue, voilà ce que vous daignez appeler encore à vous connaître, à vous servir, à vous aimer ! Oui, mes frères, on peut dans ce moment suprême effacer par une larme quatre-vingts ans de péché. Un prêtre se présente au nom de Dieu ; il vient chercher cet ouvrier si tardif et si négligent ; il ne lui demande que le repentir et la bonne volonté. Si le vieillard hésite, le ministre de Jésus-Christ ne se décourage pas. Il observe, il épie, il interprète les moindres signes du mourant. Il cherche dans sa bouche déjà glacée, dans son regard à demi éteint, un aveu, un désir, un
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soupir de pénitence el cramour. Il sait qu'un mot a suffi au bon larron pour se convertir et un regard pour le justifier. I/Eglise présume tout ce qui est bien ; elle veut que ses prières et ses cérémonies accompagnent à leur dernière demeure ceux mêmes dont la raison s'est troublée à l'aspect du tombeau, ou qui ont été surpris par les coups de la mort ; elle ne recule que devant Tévidence de Timpénitence finale. Multi enim sunt vocatl.
Mais combien de fois ne résiste-t-on pas à cette dernière grâce, à ce dernier appel ! Vous parlez devant ce moribond de conversion et de repentir ; c'est une langue étrangère pour lui, et vous n'êtes pas même entendu. Vous lui proposez de se confesser, mais le pécheur répond qu'il n'a point fait de mal et que sa conscience lui rend suffisamment témoignage. Le prêtre insiste, mais ce soin est inutile, et on le congédie comme un importun. Il revient, mais il est déjà trop lard, et le mourant n'est plus en état de parler et de comprendre. Il applique sur cette bouche livide le signe auguste de notre rédemption; mais la vertu du crucifix n'est point faite pour celui qui l'a niée ou méconnue jusqu'au dernier jour. Au lieu d'embrassier cette image sacrée, le pécheur, fidèle à ses | instincts, la repousse encore et se débat contre elle, et quand le sentiment a disparu, quand il ne reste plus au mourant ni haleine ni parole, elle trouve encore sur ses lèvres le dernier sourire d'une impiété froide et dédaigneuse. Emportez-le, emportez-le, cet instrument de sanctification, de salut et de grâce ; l'impie s'aflaisse, il s'éteint, il meurt ; Dieu Ta jugé !
Il a jugé tant de chrétiens que la mort a surpris
dans l'inlidélilé el dans le ciiinc, lanLde prolaiialnirs (jui ont alnisù, ni(MTH) dans hnirs dnrniors niomcints, du corps oL dn san;^ d(î Jùsns-Christ, lant d(î consciences douteuses (lui n'ont pas voulu éclaircir les ténèl)ros dont (îlhis étaicuit envelop|)écs, tant d'ignoranls volontaires des devoirs les plus élémentaires de la religion, lant do vies sans mérite tristement Unies par une mort sans consolation eh sans espérance; Julien mourant (hms des trans[)orts de ra^een insultant le Galiléen qui l'avait vaincu; Anliochus fra|)pé du coup fatal et s'écriant dans son désespoir inutile : Hélas ! je me souviens de tous les maux que j'ai laits; Caïn et Judas, l'un poui' (|ui toute la terre n'est plus qu'un lieu d'horreur, l'autre qui met le comble [)ar un suicide à la plus lâche des trahisons; Timpie qui a étonné le dernier siècle par les horreurs de son trépas; le savant qui a affligé le nôtre par l'aveu de ses ignorances et de ses dédains devant l'abîme de l'éternité, et le TertuUien tombé à qui les prières de ses amis n'ont pu obtenir lagràce d'une seule larme. Ah ! quand nous avons comparé nos espérances et nos craintes, quand nous avons pesé les âmes au poids du sanctuaire, avec quelle douleur, avec quelles angoisses, avec quel inexprimable déchirement ne sommes-nous pas réduits à nous écrier : Oui, à la mort, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus : Multi enim sunt vocati, pauci vcro eleclL
Cependant, le soir étant venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelez les ouvriers, c'est-àdire tous ceux qui ont travaillé a la vigne. Je vois accourir à cet appel les justes de tous les âges et de toutes les conditions, depuis Adam, le premier à qui
fat imposée la loi du travail, jusqu'à Noé, qui régénéra le genre humain; depuis Abraham, le père des croyants, jusqu'à Moïse, David et les derniers Machabées; les apôtres, les martyrs, les pontifes, les vierges, les solitaires, tous les justes quels qu'ils soient ; Tenfant qui n'a jamais quitté le sentier de la vertu; des jeunes gens renversés comme saint Paul sur le chemin de Damas; des hommes mûrs qui ont longtemps, comme Augustin, hésité entre la vérité et Terreur ; des vieillards qui, après avoir sacrifié au démon, ont consacré leur vieillesse au Seigneur; les centurions qui se sont frappé la poitrine après quelque grand événement; les pécheresses repenties qui ont, comme Madeleine, arrosé de leurs larmes et essuyé de leurs cheveux les pieds de Tagneau divin ; les prodigues qui se sont tournés vers la maison paternelle en s'écriant : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous.
Le maître ajoute : Donnez-leur la récompense qu'ils ont méritée; et ils reçurent chacun un denier. Quoi ! ceux qui n'ont travaillé que depuis quelques moments sont traités avec la même magnificence que ceux qui ont supporté le poids de la chaleur et du jour ! Le ciel s'ouvre indifi'éremment pour les criminels convertis et pour les apôtres qui les ont ramenés à Dieu; pour le juste qui a persévéré pendant sa vie tout entière et pour le pécheur qui n'a pleuré ses fautes qu'aux portes de la vie future !
N'en douiez pas, mes frères, l'Evangile le dit expressément. Les derniers venus n'ont pas travaillé autant que les premiers ; mais la grâce a suppléé au défaut de leurs œuvres. Le Maître a acquitté sa parole
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onvors les ouvriers du uialiu, niais il s'est montré f^MMiéroux envers les ouvricirs du soir. Il est justo pour les uns, il leur donne ce (jui leur est dû. Mais il est libéral pour les autres, et il en a le droit. (Vest Dieu r(ui justifie; ([ui le condamnera'/ C'est Dieu (jui donne; ({ui osera lui demander comjile? (^cst le juye qui lait grâce ; qui peut l'en accuser?
Vous voyez, mes frères, comment Dieu prépare dans sa miséricorde une suite d'épi-euves avec un nombre infini de grâces. Il [ircnd Tbomme dans toutes les positions. Il s'adresse à lui dans son enfance, dans sa jeunesse, dans Tage mûr et dans la vieillesse.
Sa bonté est infinie; mais si vous ne savez pas en profiter, il n'aura pour vous, au dernier jour, que celte parole terrible : Uelirez-vous de moi. Ecoutez la voix delà miséricorde, afin de mériter d'entendre à la fin de votre vie cette parole consolante : Venez, les bénis de mon Père.
Suivez la voie étroite, c'est celle, dit Jésus-Christ, qui conduit à la vie éternelle. Mais où trouver cette route de bénédiction? Elle est partout, mes frères, dans les richesses comme dans la pauvreté, dans la vie cachée comme dans la grandeur. Tous les états, toutes les conditions l'offrent également. Il ne faut, pour la trouver, qu'un œil droit et simple, et pour la suivre, que des pieds libres de toute entrave. Vous êtes dans l'abondance, détachez-vous des faux biens de la terre, en songeant aux biens éternels, et vous courrez dans la voie des commandements. La pauvreté vous afflige, supportez-la avec patience; c'est un fardeau moins lourd que celui des richesses, et vous