HOMÉLIE SUR LES OUVIUERS IJE LA VIGNE
suivrez ainsi les sentiers de la justice. iVrtisan, que les sueurs de votre front soient les larmes de votre pénitence, et vous aussi vous marcherez dans la route du salut. Laboureur, offrez votre travail à Celui qui donne aux plantes leur accroissement, attendez tout de sa main et humiliez- vous sous elle lorsqu'elle vous châtie par des revers. Allez à votre champ dans ces dispositions chrétiennes, et le chemin qui vous y conduit sera pour vous la voie étroite. Quelle que soit votre condition, la tentation viendra vous visiter. Repoussez-la sans trouble. Vous éprouverez les déceptions de la fortune, les rigueurs de la maladie, la perte de vos amis ou de vos proches. Ah ! ce sont les épines de la voie étroite. Gardez-vous de vous plaindre trop amèrement. Marchez, marchez toujours le cœur plein des consolations de la foi, les yeux tournés vers la patrie. Estimez-vous heureux de souffrir en ce monde : c'est un signe de prédestination. Marchez, marchez toujours : que ni la faim, ni la soif, ni les tribulations, ni le mépris, ni la mort, ne vous séparent de Jésus-Christ. Plus les épreuves sont grandes, plus nous sommes assurés de suivre cette voie mystérieuse où il faut se faire à soi-même une violence perpétuelle. C'est à ce prix que Dieu nous a promis les cieux ; nous nous en rendrons dignes par notre persévérance. Ainsi soit-il.
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Bmlus qui intclliqit super rgenum cl paupercm. Heureux celui qui a riiih^lligencc du [)auvre.
{Ps. XL.)
Monseigneur ^
Qu'elle est juste et profonde, cette parole du psalmiste, et qu'il est à propos de la répéter aujourd'hui!
Dans les assemblées de politique, de bienfaisance etde philanthropie, on ne voit dans le pauvre qu'un être faible, couvert de haillons, inutile au monde, importun à ses semblables, qui a besoin de tous, qui ne peut être utile à personne, et dont il faut seulement apaiser la faim et couvrir la nudité par nécessité ou par compassion : c'est le pauvre du dehors.
Mais, dans l'Eglise, en face d'un Dieu crucifié, au pied des autels, parmi ceux que la charité inspire, le jour de la fête de saint Vincent de Paul, cette misère s'efface, on oublie cette détresse, le pauvre nous ap-
1 Prêché à Bcsauçon, aux Dames de charité, le jour de la fête de saint Vincent de Paul. M. Besson a développé le même sujet sous une autre forme, dans les Béatitudes de la vie chrétienne, page 251.
2 Ms»" Mathieu, archevêque de^Besauçon.
paraît revêtu de la plus haute dignité et investi de la [)uissance la plus utile au monde : c'est le pauvre du dedans.
Personne, plus que le saint patron de votre association, n'a eu l'intelligence du pauvre. En prononçant son nom, on se rappelle les palais qu'il a bâtis pour honorer leur dignité, les serviteurs dont il a entouré leur puissance, les courtisans qu'il a réunis autour d'eux pour composer leur cortège, les traditions de vigilance, de zèle et de piété dont il a laissé le secret à la France et au monde, pour assurer ici-bas le glorieux service de la charité.
Souffrez donc, Mesdames, que je vous explique en ce jour, sous les auspices de ce grand saint, ce que c'est que d'avoir l'intelligence du pauvre. Je ne dirai rien que votre piété n'ait déjà compris, rien que votre charité n'ait cent fois pratiqué. Tout mon discours se bornera à vous faire estimer de plus en plus votre charge, bénir vos peines, étendre votre zèle et prodiguer vos secours, puisque Dieu vous a choisies pour avoir l'intelligence du pauvre. Soyez flères, car en servant les pauvres, vous servez la plus haute dignité; soyez confiantes, car en secourant les pauvres, vous sollicitez la plus haute puissance. En deux mots, heureux qui possède, comme saint Vincent de Paul, l'intelligence du pauvre, l'intelligence de sa dignité et de son pouvoir : Beatus qui intelligit super egenum et pauperem.
I. Il y avait mille ans déjà que le psalmiste avait prononcé cet oracle, et l'univers en attendait encore l'accomplissement. Jamais les pauvres n'avaient été
SUR I\ rdlBHANf.K RT LA DUiMTP. DU PAUVRE. DU
plus nonibroux; on (m ('oin[)laiL cent \\î\'^i millions dans roni[)iro roininn ; jamais hîiir sort n'avait été |)lns misérable; c'était pou do les avoir mis au nombro dos cboses, on était arrivé h no plus compter leur vio |)Our rien, à la prodiyuor dans les cirques pour ramusoment du pouplo et h essayer sur elle l'eUét lies poisons. Ceux-ci jelaient les pauvres en pâture aux murènes de leurs viviers; ceux-là les livraient aux lions do l'amphithéâtre; un peuple tout entier consacrait, par sa [)résence et par ses applaudissements, les plus révoltants de tous les excès, et pour consacrer par la religion l'oubli de toutes les lois de l'humanité, quand lo sang du pauvre avait coulé dans l'arène, on se tournait vers les Vestales et on attendait que leur doigt homicide se fût incliné pour achever lo gladiateur mourant.
C'est au milieu de cette société qui regardait comme un égal déshonneur la peur et la pitié, que la voix du Dieu fait homme s'élève dans la Judée, retentit du Thabor au Calvaire et se propage d'échos en échos jusqu'aux portes du Capitole. Voici la première parole qu'elle prononce : Heureux le pauvre ! Quel coup de tonnerre sur un monde énervé, superbe et corrompu ! Quel mot capable de relever le pauvre du fond de l'abuiie et de la boue profonde où il était écrasé depuis tant de siècles! La même voix se fait entendre encore en mille et mille endroits. Jésus- Christ prend en main la cause des pauvres. Il déclare que Dieu se servira à notre égard de la mesure dont nous aurons usé à l'égard des pauvres. 11 assure qu'un verre d'eau froide ne restera pas sans récompense. Il annonce qu'il est venu surtout pour évan-
géliser les petits et les pauvres. Il raconte, avec un attendrissement mêlé de terreur, la dureté du mauvais riche et Tindigence de Lazare. Il va jusqu'à dire que tout ce qu'on fera aux pauvres, Dieu se le tiendra pour fait à lui-même. Enfin, comme le premier mot de Jésus-Christ dans le monde a été pour les pauvres, c'est au nom des pauvres qu'il prononcera le dernier jugement et qu'il fermera à la fois, sur cet arrêt suprême, le livre de TEvangile et le livre du temps. Voici, en effet, la parole qui retentira au dernier jour du monde : « J'ai eu faim, dirat-il aux justes, et vous m'avez donné à manger. — A vous. Seigneur? mais quand donc avons-nous secouru votre pauvreté? — « En vérité, je vous le » dis, toutes les fois que vous avez accordé ce secours )) au plus petit de mes frères, c'est à moi que vous » l'avez accordé !» — A moi ! vous l'entendez, chrétiens, le pauvre est constitué le représentant de Jésus-Christ, son lieutenant, un autre lui-même! Voilà sa dignité. Et au jour du jugement, le juge suprême, le roi tout rayonnant de gloire, l'arbitre du monde, le Dieu vengeur, parlera, jugera, prononcera, se vengera au nom du pauvre.
C'est ainsi que le Dieu fait homme a relevé le pauvre par sa doctrine. A ses paroles ajoutez ses exemples. Il se fait chair, et c'est dans la pauvreté qu'il s'incarne. Il naît, et c'est aux langes de sa pauvre crèche qu'il veut qu'on reconnaisse sa divinité. Il choisit un père adoptif, et ce père est un pauvre ouvrier. Il vit, et c'est tantôt du travail de ses mains, tantôt de la charité des saintes femmes. Il cherche une demeure et, de la crèche à la croix, sa
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UHo (livino no sait souvimiIoù sn reposer. Il iiuMirl, mais son corps osL (l(\jà nu et dépouillé de ses derniers vêlemonts. On ronsevolil, mais sasé[)ulluro est, comme celle du pauvre, une sépuUuro ^M*aluile. Ainsi la divinité a épousé la misère, et elle no s'en est [)as séparée un seul jour. Elle en a fait sa marque distinctive, sa parure, son ornement, la gloire de l'incarnation.
Mais voici ([ucl({uo chose do plus grand encore. C'était pou, pour relever la condition du [)auvre, de l'embrasser par choix, il fallait le servir par amour. « Je no suis pas venu, dit Jésus-Christ, pour être servi, mais pour servir. » Là-dessus, que fait-il? C'était la veille de sa mort, et le jour do la dernière cène. Il fléchit le genou devant ses disciples et leur lave les pieds. 0 mystère ! ô prodige ! Quoi! Dieu est aux pieds de l'homme. Quoi ! la créature est servie par le souverain auteur de toutes choses. Quand Dieu voulut punir le monde par le déluge, son doigt n'eut besoin que d'incliner de quelques degrés l'axe du monde sur les étoiles du nord. Mais quand il veut renouveler la face de la terre en faveur du pauvre, il fait plus, il s'abaisse, il courbe la tête, il fléchit le genou. En ce moment solennel, l'axe du monde moral a été ébranlé, le pauvre est devenu riche, le petit est devenu grand, le service a été réputé non nn acte d'avilissement, mais un acte d'honneur. Enfin, par un miracle qui est le prodige même du miracle de l'Incarnation, le monde a changé de mœurs, les mots de valeur, les esprits de pensée, les cœurs de sentiment. Tout a été régénéré de la terre au ciel et on a connu pour la première fois Téclat de Thumilité, le dévouement de la charité
et la grandeur toute divine de la pauvreté méconnue. Suivez dans l'Eglise l'histoire de cette révolution, et dites si elle n'est pas complète, éclatante, absolue. Tout ce qui était petit, abandonné, malade, infirme, eut désormais des droits sacrés au respect et aux soins de tous. Il n'y a pas dans le christianisme de plus grand honneur que d'assister les pauvres, de les servir, de prêcher et de quêter pour eux. Les refuges qu'on leur ouvre ont les proportions et l'aspect des plus grands palais ; ce n'est pas encore assez, on donne à ces palais le nom A' Hôtel-Dieu. Mot profond que la foi seule peut inventer : c'est l'hôtel, c'est le palais où Dieu souffre et languit dans la personne de ses membres les plus chers. Les siècles de la chevalerie fondent un ordre pour servir les pauvres, et dans les statuts, on ne les appelait jamais que du nom de Nosseigneurs les pauvres. Enfin, sur le tronc des aumônes, sur la porte des hospices, c'est la même pensée qui perce, c'est la même grandeur qui éclate et qui reluit dans cette inscription si populaire et si vraie : Au Christ, dans la personne des pauvres : Christo inpauperibus,
IL La religion chrétienne n'a pas seulement couronné les pauvres d'honneur et de gloire, elle les a encore revêtus d'une puissance extraordinaire en remettant entre leurs mains des biens que vous ne trouverez que par eux.
Il y a deux sortes de biens, ceux du temps et ceux de l'éternité. Or, c'est le pauvre qui les dispense également.
Parlons d'abord des biens du temps. Vous pos-
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séiloz, j(3lo veux, lurorLiui(3 uL l'urgoiit. Mais est-ce là tout ce ({u'il faut à l'iiuniine? l/argenl, c'est le pain de clia(iue jour; mais (juol(|ue assuré qu'il soit, on le mange souvent avec dégoût. L'argent, c'est le vêtement avec toute ram[)leur de la mode et toute la délicatesse du luxe; mais que de peines et de soucis cachent ces dehors brillants! L'argent, c'est une demeure où le luxe s'étale ; mais que de témoins importuns parmi les serviteurs qui la peuplent! L'argent, c'est la science avec ses lumières, l'art avec ses richesses et ses ressources, le plaisir avec ses attraits, la jouissance avec ses enivrements; mais vous savez comme moi que la science est pleine de vanités, l'art plein d'imperfections, le plaisir et la jouissance suivis de cruelles amertumes. L'argent, c'est l'oisiveté, mais l'oisiveté pèse ; c'est le repos, mais le repos ennuie; c'est la mollesse, mais la mollesse déconsidère; c'est la considération, l'estime, l'influence, le pouvoir; mais ces biens passent et se transportent tous les jours d'un homme à un autre , d'une famille à une autre, et vous ne pouvez pas plus fixer les caprices de l'opinion que le vol inconstant de la fortune.
Ah ! quand le monde vient nous dire : l'argent, c'est tout, nous répondons hardiment : non, non, l'argent n'est pas tout. Il y a des biens qu'il ne donne pas, et ce sont les biens les plus précieux, disons le mot, ce sont les seuls véritables. — La santé, où irez-vous l'acheter? Et quel est l'habile médecin qui peut se promettre de vous la rendre? — La paix du cœur, connaissez-vous l'officine où on la tient à la disposition des riches malheureux? — Le bonheur intime,
cette joie douce et permanente, née de la justice, de Tordre et de la paix, où le vend-on? — L'union de la famille, la bénédiction des enfants, le succès des affaires, la prospérité des entreprises, la consolation dans la disgrâce, l'espérance après Tépreuve, la pensée qui éclaire la tristesse d'un deuil, dites-moi, savez-vous où tout cela s'achète?
Saint Ghrysostome va vous l'apprendre. Ce Père commentant les paroles de l'Evangile : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent, )> et la réponse des vierges sages : « Allez plutôt en acheter de ceux qui en vendent, >> vous dit : Quels sont les marchands qui tiennent celte huile mystérieuse? et il répond : Ce sont les pauvres. Oui, mes frères, vous avez, je le veux bien, des lampes d'un métal précieux, d'une forme élégante et d'un goût exquis, c'est-à-dire fortune, honneurs, considération, éclat, jouissances. Mais de quoi vous serviront tous ces biens sans l'huile qui doit les alimenter et les vivifier? Cette huile, c'est la vie de la lampe; cette huile, c'est la bénédiction de Dieu sur les biens temporels; cette huile, c'est la santé, c'est la paix de lame, c'est le bonheur du foyer. Oui, malgré la fortune, vous languissez, vous vous consumez dans une vie dont la lumière est éteinte; vous êtes sans goût, sans joie, sans plaisirs véritables; vous êtes semblables à des lampes sans huile. Allez donc à ceux qui en vendent et dites aux pauvres : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. »
Nous appelons les biens du temps l'essentiel; Jésus-Christ les appelle le reste. Nous les appelons le principal ;7ésus-Ghrist les appelle i^n surcroît. Nous
SUn I.A PUISHANCK KT I.A DMiNITft l>l> PAliVAR. 'HO
y voyons 1(^ nécessairo, Jésus-Chrisl n'y voit qu'i^u accessoire. Mais îi|)rès avoir ini|)lor('î lo [lauvre [xjiir obtenir la bénédiction do Dion dans les choses de la terre, il vons restera encore î\ eni[)loyer son entremise ponr obtenir lo royanme de Dieu et sa justice, c*est-i\-diro les choses du ciel.
Or, qnolle est cotte justice, la possédez- von^ / \ uur? commettez le |)éché, mais vous ne le pleurez point. Vous le pleurez (jnehiueibis, mais vous ne le réparez pas. Vous le réparez enfin, mais vous ne l'eflaccz pas suffisamment. Il vous faut des grâces de contrition, des grâces do satisfaction, des grâces de réparation, et c'est a ce prix seulement que vous obtiendrez toute justice. Ouvrez lo livre de Tobie et lisez-y les magnifiques promesses faites à l'aumône. 1/aumône, est-il écrit, délivre de tous péchés sans exception. Ij'aumône ne souffrira pas que l'âme miséricordieuse soit jetée dans les ténèbres. L'aumône a toute puissance pour résister au péché, et, malgré les droits incontestables de la justice sur le pécheur, elle restera victorieuse dans la lutte et fera triompher la miséricorde. Ouvrez le livre d'Isaïe et lisez. Voici ce que dit le Seigneur ton Dieu : Rompez votre pain avec celui qui a faim; donnez un asile à ceux qui n'en ont pas; quand vous verrez quelqu'un sans vêtements, couvrez-le. Alors votre lumière éclatera comme Taurore ; votre justice marchera devant vous, la gloire du Seigneur vous environnera. Alors vous invoquerez Dieu et il vous exaucera ; vous crierez vers lui et il dira : Me voici.
x\insi, il n'y a pas à en douter, ces magnifiques figures vous disent assez comment le pouvoir du
pauvre provoque, appelle, obtient la grâce en faveur de celui qui l'assiste. C'est la justice qu'il lui procure. Mais ne croyez pas que sa puissance se borne là. Outre la grâce en cette vie, le pauvre vous assurera encore le paradis en l'autre : à la mort une pleine confiance, au jugement une miséricorde assurée, au ciel la gloire éternelle.
Ecoutez encore la parole de Dieu : Quand vous aurez répandu votre cœur dans le cœur de celui qui a faim; quand vous aurez rempli de consolation l'âme affligée, votre lumière brillera dans les ténèbres, vos ténèbres seront comme le plein midi. Le Seigneur vous donnera le repos, il délivrera vos ossements brisés et il vous remplira de ses splendeurs.
Quelle parole, quelles espérances , quelles récompenses magnifiques ! Le pauvre peut donc vous donner le royaume de Dieu. Ce royaume lui appartient; il y agit en maître et en dispensateur; il peut y préparer et y assigner des places ; c'est de lui qu'on achète le pardon des péchés qui nous fermeraient le ciel; c'est lui qui viendra montrer au souverain juge, comme les compagnes de Tabithe à saint Pierre, les habits et les secours que nous aurons préparés à leur misère. C'est lui qui viendra solliciter la résurrection bienheureuse de votre âme. C'est lui qui, debout auprès du tribunal suprême, l'Evangile à la main, les paroles du Seigneur à la bouche, rappellera, provoquera cette sentence du dernier jour où tout sera dit, résumé et conclu par un seul considérant : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. » Et quand il aura été reconnu que votre âme peut s'appliquer ces paroles, vous entendrez ces mots à jamais bénis :
SI II LA l'I l>MM I II i V Mit. M II. 1)1 l'Ai VUE, .iJI
(( Vouez proiulro possession du royaume ([ui vous a élô |)rù[)aré (lès le (îoirniuMiciMiuMit du monde. »
Allez donc au [)auvn\ Mesdames, non seulement (U)mm(î au rn[)resenl;niL do Hieu, mais eommo à un riche, h un |)uissanl, à un privilô,i;ic. Il élend la main vers vous; mais il faut y voir autre chose qu'une main qui s'ouvre [)()ur demander ; c'est aussi une main qui s'ouvrir pour donner. Donnez [leu, dit saint Chrysoslome, et vous allez recevoir beaucoup. Donnez dçs biens périssables et passagers, et vous allez recevoir des biens réels et éternels. Achetez le ciel. C'est Dieu qui le vend, et c'est le pauvre qui Touvre. Achetez-le au prix (|ue vous pourrez en donner, par de magnifiques entreprises, si votre fortune vous le permet; par des sacrilîces plus restreints, mais non moins généreux, si votre aisance est plus bornée ; par un morceau de pain, par une obole, par un verre d'eau froide, pourvu que vous les donniez au nom de Jésus-Christ. 0 admirable échange de services et de charité ! Si le pauvre a besoin de vous pour vivre et pour se nourrir, combien n'avez-vous pas plus besoin de lui encore pour racheter vos fautes et sauver vos âmes ! Non, vous ne vous plaindrez jamais d'avoir beaucoup de pauvres à soulager, car ce serait vous plaindre de voir l'image de Jésus-Christ se multiplier au milieu de vous. Non, vous ne direz jamais que vos charges vous accablent, que les besoins du pauvre deviennent un fardeau trop lourd à porter, et qu'il y a dans ses cris un accent d'importunité qui trouble, qui fatigue et qui aigrit. Mêlez votre voix à ces voix au lieu d'en paraître alarmées. Failes-les monter vers le ciel, en leur donnant les ailes de la prière. Dites au pauvre qu'il