X PRÉFACE
rhomme de goût se retrouvait ensuite pour revoir son œuvre, la corriger et remplacer ce qui paraissait faible ou mal exprimé. Le correcteur faisait abonder la lumière dans ce premier travail, et proportionnait ses pensées et son langage à l'auditoire auquel il devait s'adresser. Si, dans la composition, sa puissante mémoire lui rappelait quelque belle considération ou même quelque beau passage recueilli dans ses lectures, il savait se Tassimiler et Tagencer à la contexture de son discours. Bossuet surtout, dont il avait lu et goûté les œuvres, lui fournissait des inspirations et des expressions. Quelquefois même il reproduisait dans une instruction des passages d'une de ses instructions précédentes, lorsqu'ils s'adaptaient au développement de sa pensée. C'est ce qu'avait fait Bossuet lui-même, en se répétant dans plusieurs discours, tels que ses sermons sur la mort, sur la rapidité de la vie, et Yoraisoîi funèbre d'Henriette d'Angleterre.
L'œuvre oratoire de M^" Besson est vraiment considérable. Sur certains points, elle a donné lieu à quelques critiques. C'est la condition de toute œuvre humaine : Nil ab omni parte beatum. Il n'en reste pas moins un des plus éminents orateurs chrétiens de ce siècle, un de ceux dont le nom sera compté parmi les grands apologistes
(lo la religion. Pour doniKîr une id/îo plus coniplMe do ses (écrits, nous no pouvons mi(nix fairo ([uo de roproduiriî un travail très intéressant, pul)lic sur les Œuvres pastorales de Vérihiue de Nimes^ par M. le chanoine Cabane, licencié es lettres, ancien régent des études littéraires de récole de Soréze, et aujourd'hui directeur de la Semaine religieuse de Montpellier.
Besançon, li décembre I88î), jour de la fôte de sainte Odile, prolectrice de Baume-les-Danies.
J.-M. SUGHET.
Les œuvres pastorales et oratoires de M^' Besson, évêque de Nimes
Dieu soit béni î Nous venons de lire six volumes de discours sans rencontrer une phrase. Ne serait-ce pas pour cela que nous les avons parcourus sans lassitude ? On se résigne à la phrase parlée lorsqu'elle est soutenue par les charmes du débit et de la voix ; mais la phrase morte et figée au papier, qui pourrait-elle ne pas lasser à la tin, fûtelle la phrase brillante et rythmée de Fléchier ou de Buflbn, de Lamennais ou de Yillemain? Y a-t-il en effet d'aussi puissants hypnotiseurs que le nombre, la cadence, la période savante, la tirade pompeuse, le long raisonnement, la solennité ?
Aussi, quelle lecture plus éprouvante que celle d'œu\Tes d'éloquence? Qui a le courage de lire avec suite, comme on