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LA BENEDICTION D'UNE CLOCHE

Gloria in altissimis Ueo, et in terra pax hoyninibus bonae voluntatis.

Gloire à Dieu dans les deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

(Luc. y XI, 1-i.)

Ainsi chantaient les anges en annonçant au monde la naissance du divin Rédempteur. Ce cantique, plein d'espérance et d'allégresse, se répète depuis dix-huit siècles dans l'Eglise que Jésus a fondée pour procurer la gloire de son père et le salut de ses enfants. Il n'y a point de fête qui ne le rappelle, et, pour en porter le plus loin possible l'expression éclatante, l'Eglise emprunte au dedans la voix de l'orgue, qui remplit la vaste profondeur des basiliques, au dehors la voix de la cloche, qui mêle ses vibrations aux bruits de la nature, domine les vents et se perd, d'écho en écho, dans les immensités sonores de l'espace.

Nous voici rassemblés pour entendre cette voix du dehors qui va parler désormais du haut de votre

1 Prêché dans réglise de Notre-Dame de Besançon, le 14 octobre 1868.

clocher à vos oreilles et à vos cœurs. J'ai accepté volontiers, car l'amitié et la reconnaissance m'en faisaient un devoir, la charge de vous expliquer cette cérémonie. Tout cet entretien se réduira à quelques considérations rapides sur les deux questions qui se présentent naturellement à votre esprit. Pourquoi cette bénédiction? Pourquoi cette cloche? L'Eglise doit satisfaire sur ces deux points la piété de ceux qui m'écoutent.

I. L'univers tout entier appartient au Seigneur. Le ciel, les astres, la mer, les richesses cachées dans les entrailles du sol, tout est à lui. Cependant il a voulu que certains objets lui fussent particuhèrement consacrés, et que les métaux les plus durs ou les plus précieux, les bois les plus vulgaires ou les plus rares, Tor, Targent, le bronze, le marbre ou la pierre réunis, tantôt dans de vastes et somptueux édifices, tantôt dans Thumble église de village, eussent pour le reconnaître et le louer une destination sainte et un usage particulier. Quand on apporte à ses pieds les prémices des moissons et des vendanges, quand on façonne la coupe où doit couler son sang, quand on recueille la cire qui doit brûler devant lui, il daigne agréer ces ofiPrandes, il leur assigne une place dans le tabernacle ou dans le sanctuaire, et, étendant vers elles les mains de ses ministres, l'Eglise les déclare par leur bouche des vases saints, des cierges bénits, du pain et du vin réservés à Tautel.

Il se passe, quand il s'agit d'une cloche, quelque chose de plus profond et de plus mystérieux encore. Il y a quelques années, cette œuvre de l'art était un

POUR KA llftîSftnirTION d'upcr clochr. .1/51

minorai perdu dans 1(3 (iloii d'uno nnontagno inconmio. On l'a brisn, lavé, broyé ot jeté au feu. Il s'est fondu ot changé en liquide. Il s'est mis à la disposition de l'artiste et il a semblé lui dire ; Que voulezvous do moi ? Kt l'artiste a pris d'autres substances ; il l(\s a mêlées ensemble dans une merveilleuse harmonie. Il y a jeté même ({uelqiies atomes d'argent, pour donner an son [)lus de lim[)idité et de douceur ; il en a fait un instrument qui emprunte h la musique ses accords, à l'orateur sa voix pénétrante, au tonnerre sa majesté, au chant de Toiseau sa grîlce aérienne. L'œuvre est terminée, et l'ouvrier envoie au temple son travail, (jui est comme l'enfant de son génie ; il l'envoie pour recevoir une sorte de baptême et de consécration surnaturelle ; il réclame pour lui la grâce d'en haut figurée par le sel, l'huile sainte, Teau bénite, les parfums, la myrrhe et Tencens. Mais -tandis que la plupart des autres bénédictions de TEglise sont renfermées dans le secret du sanctuaire et n'ont pour témoin que le prêtre, qui en est le ministre, il y a dans le baptême d'une cloche un appareil extraordinaire dont les yeux même de l'hérétique et de l'incrédule ont été frappés, (c Venez, s'écrie le poète allemand, baptisons la cloche ; que Concorde soit son nom : qu'elle ne rassemble la communauté que pour des réunions de paix et d'affection. Que sa bouche d'airain ne soit occupée qu'aux choses graves et éternelles. Qu'elle nous répète que rien ne dure en ce monde, que toute chose terrestre s'évanonit, comme le son que la cloche fait entendre et qui bientôt expire. » Mais la religion entre plus avant dans l'explicaLion de ces cérémonies symboliques. Ce concours de

peuple, cette convocation du clergé, cette profusion de voiles fins, ces blancs tissus ornés de fleurs, ces vapeurs de Tencens répandues autour de Tairain sacré, ces noms de saints invoqués sur lui, ces onctions répétées, tout parle au chrétien de ses devoirs, de ses vertus, des grâces que l'Eglise lui offre; tout l'avertit de sa condition et de sa destinée.

La cloche doit réunir dans le lieu saint le clergé et le peuple ; voilà pourquoi le clergé et le peuple sont convoqués à son baptême. Il faut qu'ils apprennent à connaître la voix à laquelle ils vont obéir. Elle doit se faire entendre dans toutes les circonstances solennelles de la vie. De là vient la variété de cérémonies et de prières par lesquelles on la consacre.

Elle annonce le baptême, et on la purifie, comme Tenfant nouveau-né, avec de l'eau bénite. Elle marque, dans la confirmation, l'heure où commence le combat de la vertu, et, dans la cérémonie de Textrême-onction, l'heure où ce combat s'achève : voilà pourquoi on verse sur ce bronze symbolique l'huile des catéchumènes et Thuile des infirmes. C'est elle qui vous convoquera au saint sacrifice; voilà pourquoi on la parfume, comme l'autel même, de cet encens sacré. Elle sonne aux fêtes du mariage, voilà pourquoi vous la voyez, semblable à la jeune épouse, vêtue d'une robe blanche et couronnée de fleurs. Elle rappelle, elle prêche Jésus crucifié ; voilà pourquoi on a répété si souvent durant la cérémonie le signe sacré de la croix. Elle accompagne les chants du prêtre, les cantiques des vierges, la voix du peuple tout entier; voilà pourquoi nous invitions tout à l'heure ce bronze encore muet à célébrer à sa façon le Dieu trois fois^

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saint, Gl h domior (mi (|iiol((n(î sorlo lo sit^nal tU} la louange A Tassonihléo (Uîs lldrhîs : Landnlccum, omnes gentes; laudate euni, omnrs j)n/)uli.

Vous donnez à cos cloches le non) des saints. Idée touchante et pleine d(^ cliarnir, (|ui fait le plus grand honneur à la loi dos anciens jours et à l'irigéniouso lidélité de nos |)ères. Ils croyaient, ce semble, que lu piété serait plus active, plus joyeuse, plus fidèle, si l'on sup[)osait (|ue c'est un saint ou une sainte qui nous a|)pelle à l'église. Vos cloches [)ortent le nom de votre |)asteur. C'est encore là une pensée de foi et de reconnaissance. N'est-ce pas la voix du prêtre que vous entendez dans la voix de la cloche? Plaise à Dieu qu'en vous rappelant son expérience, ses talents, ses services, son alfection pour vous, elle vous trouve toujours empressés à répondre à son appel, toujours zélés pour la gloire de Dieu, riionneur du saint tem[)le et la sanctification de vos âmes. A côté du nom du pasteur, c'est le nom d'un parrain cher à la cité, dont il a été le premier magistrat ^ ; au département, qui Ta placé si longtemps à la tète de ses conseils et qui se félicite encore de la part qu'il prend aux aS'aires publiques ; à la province tout entière, qui honore en lui l'homme de goût, Tami des arts et des lettres, l'un des patrons les plus puissants et les plus écoutés du commerce et de l'industrie.

C'est aussi le nom d'une marraine - à qui la générosité est à la fois naturelle et facile, parce qu'en suivant les inspirations d'un grand cœur, elle rem-

1 M. Bretillot.

2 M"' Boysson d'Ecole.

plit en même temps les vues de Tépoux le plus distingué et le plus généreux. Elle a adopté cette province pour sa patrie, et si le droit de cité s'acquiert dans une paroisse par la piété, dans une ville par les bienfaits, personne mieux qu'elle ne le mérite aujourd'hui. Il ne m'appartient pas de dire ce que ces deux noms rappellent d'heureuse influence, d'utiles conseils, de larges aumônes, de nobles entreprises; mais je peux louer le généreux mouvement qui les réunit devant les autels, dans une touchante communauté de pensées et de sentiments; je puis leur souhaiter du haut de cette chaire honneur et prospérité, dire au nom de l'Eglise: Nobles familles, soyez bénies, vous avez été des premières aux bonnes œuvres, il est juste que vous soyez des premières à la louange et à l'honneur.

Ecoutez donc la voix nouvelle qui va s'élever au milieu de vous sous de tels auspices, et permettezmoi de m'en faire aujourd'hui l'interprète, pour vous en expliquer le sens et la portée.

IL Qu'est-ce que la cloche? C'est la voix de Dieu qui descend du ciel, et qui excite, réveille et anime la foi. C'est la voix de l'homme qui monte de la terre, et qui exprime les sentiments et les appels de la charité.

C'est la voix de Dieu. Trois fois le jour, au lever du soleil, à son midi et à son coucher, elle invite toute créature à louer son auteur, tout chrétien à saluer, avec l'ange, la femme bénie entre toutes les femmes. De là l'inscription gravée sur ce bronze symbolique autour, de l'image de Notre-Dame : Mane,

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moridie, vespcre, (vinuntiabo laudem tuam: Je chanterai tes louaiîf^'os lo malin, à midi et lo soir. iJe là les promesses laites ù cette prière : Kxaudiet Dominus voccm dcprccationis mcx : Lo Soij^Mieur exaucera la voix de mes su[)[)licalions.

Oh ! croyez à hi cloche de VAmjcius; suspendez un moment le travail ou les disti'actionsdu jour. Découvrez-vous et, l'œil au ciel, les mains jointes, élevez votre pensée et votre cœur vers Celui qui seul lient dans sa main le soleil et la rosée, qui seul fait mûrir les fruits du travail dans les cham[)s de l'industrie comme dans ceux de l'agriculture, et qui d'un signe, sur les instances de sa divine Mère, sensible à nos hommages, peut doubler la sève de vos jardins, les gerbes de vos plaines, les raisins de vos coteaux, la joie intime et toute chrétienne de vos foyers domestiques. Cloche de Notre-Dame, éveillez sur tous ces lieux le nom béni de Marie.

La cloche indique le prix du temps et elle en fait remarquer la fuite. A chaque Angélus qui sonne, encore une heure qui s'enfuit, encore un jour qui se détache de la couronne de vos jours, encore un an qui s'achève, encore un pas vers celte demeure qui sera votre dernier asile, encore un degré descendu dans la route qui mène au tombeau, encore un signal qui vous avertit que la mort est proche et que Dieu ne tardera pas à vous appeler à lui. Cloche de Notre- Dame, mettez dans toutes les âmes ces profondes et mélancoliques pensées, qui sont toute la philosophie de la vie chrétienne.

La cloche marque les intervalles sacrés du travail, de la prière et du repos, et quand la semaine a ac-

compli dans Tordre des temps sa révolution mystérieuse, elle s'éveille avec plus d'éclat et de solennité pour annoncer le temps que Dieu s'est réservé pour son service. Vous entendrez cette messagère du dimanche. Elle vous convoquera à Téglise à coups redoublés ; elle vous pressera à plusieurs reprises de ne pas refuser à Dieu, ce jour-là, l'hommage de votre corps et de votre âme; elle vous avertira dès l'aurore, qu'il est temps de prendre l'habit de fête, de préparer vos enfants à entendre la sainte messe, et de joindre au précepte l'autorité de votre exemple en vous y rendant vous-même.

Mais le Seigneur ne se contente pas du sacrifice du matin. Ecoutez, la cloche vous appelle de nouveau à l'église. Levez-vous et venez au sacrifice du soir. Jésus va sortir de son tabernacle pour vous bénir; du haut de cet autel ses regards vous cherchent encore; ne vous lassez point de le visiter, puisqu'il ne se lasse point de vous donner audience. Et pour obéir véritablement à la voix de cette cloche, c'est à cette église que vous devez venir, c'est a l'église de votre paroisse que Dieu vous attend. La paroisse avant tout. Oh! que le dimanche est beau dans la paroisse où la cloche est entendue avec des oreilles chrétiennes, et où chaque office qu'elle annonce rassemble dans le lieu saint une foule attentive et recueillie. Mais quelle tristesse, quelle douleur, quelle désolation, quand elle n'est plus, dans une paroisse abandonnée et en ruine, qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante, qu'elle a perdu pour les uns son sens et son âme, et que les autres n'y voient plus qu'un avertissement importun ! Ah ! s'il en est parmi vous en qui la cloche

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n'ôvoillo plus la prir^ro, jo leur dcniando du moins de Ici laisser évoillor eu eux de salutaires remords. Oui, qu'ollo roUMilisso à leurs oreilles comme la voix d'une mûre; quand leur mère ne sera plus, qu'elle leur rappelle les jours écoulés d'une eiiTance chrétienne et les pieux dimanches [)assés on famille. Ou'elle les ramène enfin aux pieds du prêtre, du prêtre qui absout, h la table qui nourrit, et que ce son qui les importunait d'abord devienne aj^réable et doux à leur esprit, îi leur c(eur, i\ leurs sens, une fois qu'ils seront rentrés dans la voie droite. Cloche de Notre-Dame, soyez pour toutes ces âmes égarées la voix de Dieu même.

Mais ce n'est pas seulement la foi qui parle dans la langue des cloches. C'est aussi la charité. Elles font entendre les voix delà terre comme celles du ciel, la voix de l'homme après celle de Dieu.

Je ne veux point peindre la cloche comme une sentinelle attentive à tous les accidents qui peuvent mettre en péril la sûreté publique. Je ne vous dirai point qu'elle s'ébranlera pour vous avertir si l'ennemi se montre, si l'incendie éclate, si les fleuves débordent, et qu'au premier cri d'alarme poussé au milieu de vous elle répondra avec une vivacité qui pressera les plus indifférents. Sans parler de ces services qu'elle rend à la société, voyez comme elle contribue à répandre et à entretenir dans l'ordre rehgieux l'esprit de la charité chrétienne.

Elle rapproche et unit tous les membres de la grande famille de Jésus-Christ. Elle en fait dans cette enceinte comme un peuple de frères où tous les rangs sont confondus, et où ils se rappellent, en goû-

tant la même parole et en recevant le même Dieu, la communanté de leur origine et de leurs destinées. Le canon qui tonne du haut des murailles n'atteste que trop qu'il y a des haines, des défiances et des guerres; la cloche, en retentissant au sommet des tours, ne parle que d'union, de paix et de fraternité.

Ecoutez ces joyeux carillons. Ce son vous avertit qu'un frère naît à la vie, que l'humanité se renouvelle et qu'il y a une grande joie au ciel et sur la lerre^ parce qu'un enfant est venu au monde et que le baptême vient de le rendre semblable aux anges. Cloche de Notre-Dame, éveillez-vous pour saluer chaque baptême, et que chaque baptême soit dans cette paroisse un vrai baptême, un baptême catholique.

Voici la cloche du mariage. Elle célèbre la réunion de deux familles et elle salue, avec l'accent de la joie, toutes les espérances des jeunes époux, toutes les consolations des parents qui voient revivre leur nom et ranimer leur foyer. Cloche de Notre-Dame, n'annoncez que d'heureuses fiançailles et d'heureux mariages.

Quels accents ne trouve-t-elle pas le jour de la première communion? Quel souvenir ne grave-t-elle pas dans la mémoire de l'enfant ? Oh ! si le jeune convive de la table de Jésus-Christ vient à oublier ses promesses et ses serments, laissez la cloche les lui rappeler. Etudiant, soldat, marin, ouvrier, il s'arrêtera quelque jour devant une procession composée d'enfants au front pur et aux vêtements blancs, il se rappellera les émotions de sa jeunesse, et quand la cloche de la cité accueillera sur le seuil de l'église le pieux cortège, il retrouvera dans ces sons étrangers le son

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do la cloche iialalo. Sos genoux flcchironl, ses youx 80 mouilloronL do larruos ; il aura dos rogrots ot des vœux pour sa j)ar()isso, pour son pasteur, pour sa vieille mère, pour tout ce (jui, sur la terre, est vraiment (ligne do son souvenir. Cloche de Notre-Uame, poursuivez jusqu'aux extrémités du monde ces hrohis égarées et forcez-les de rentrer au bercail.

Un jour la cloche fera entendre pour vous les lugubres tintements de l'agonie. Vous serez alors sur le point de quitter la terre. A ce cri, vos parents et vos amis s'agenouilleront dans leur demeure; les anges et les saints s'empresseront autour de votre chevet; le prêtre versera Thuile des mourants sur vos membres déjà glacés, et les puissances redouta blés de Tenfer, conjurées contre votre âme, s'éloigneront avec les ténèbres qui font horreur et les flammes qui dévorent.

C'est encore la cloche qui annoncera à vos frères que vous avez cessé de vivre. Puis le lendemain, quand votre dépouille mortelle sera apportée dans le lieu saint, c'est la cloche qui avertira vos frères de venir vous rendre les derniers devoirs. Elle pleurera sur votre tombe avec l'accent de la charité ; elle éveillera dans le cortège qui entourera votre cercueil des pensées de recueillement et de foi ; elle fera monter la prière du cœur aux lèvres et des lèvres à Dieu. Cloche de Notre-Dame, puissiez- vous ne jamais retentir que pour des agonies consolantes et des morts pleines d'espérance !

Un moment viendra, il faut bien le dire, où vous n'aurez plus ici-bas ni parents, ni amis, ni demeure. Le temps aura fait un pas ; les derniers débris de

votre fortune auront passé à des mains étrangères, et les dernières lettres de votre nom seront etîacéessur le marbre ou le granit qui recouvrira votre cercueil. Kh bien! dans cet oubli universel, la cloche ne vous oubliera pas. Organe de l'Eglise, elle invite à prier pour les morts les plus oubliés et les cendres les plus refroidies. C'est à son appel que l'Eglise entonnera encore dans cette enceinte son Requiem et son Libéra, et votre âme, qui achèvera alors dans un autre monde le tribut de ses expiations, rachetée enfin par les mérites du saint sacrifice, verra le jour de la délivrance et de la gloire, et passera de l'Eglise où l'on soutïre dans l'Eglise où l'on triomphe; et cet heureux mystère s'accomplit tous les jours à cet autel quand la cloche éclate dans cette tour, et que la voix du prêtre redit à l'autel ce chant de votre repos : Requiem tibi dabit Dominus,

Ainsi, grâce à la cloche, l'homme ne peut naître, vivre, souffrir, mourir, sans qu'on donne un sourire à sa naissance, un souhait à son bonheur, un regret à sa souffrance, une larme et une prière à son tombeau. Elle est la voix de l'Eglise, parce qu'elle est la voix de Dieu et la voix de l'homme.

Mais je ne terminerai point sans vous dire : Aimez, aimez l'Eglise. C'est l'honneur de cette paroisse de prendre une grande part aux épreuves et aux combats du souverain pontife, comme à ses joies et à ses espérances. C'a été l'honneur commun du parrain et de la marraine d'avoir, il y a à peine un an, apporté leur nom et leur offrande au premier rang de ces généreux fidèles qui ont affirmé, par une souscription publique, leur foi chrétienne et leur sympathie pour

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la cause pontilicalo. J'inlorpràto donc vos moillours soiitimonls on vous clisanl : No confinez point voire vie chrôli(mno dans les limites étroites d'une [)aroisse et d'un diocèse; élevez [)lus haut vos pensées et vos cœurs. Songez, on entendant cette cloche, que deux cent mille cloches retentissent à Tunisson dans l'univers catholique; (|ue deux cents millions de fidèles prient et s'inclinent à cette invitation sacrée, que huit cents évèquos les excitent et les soutiennent, et qu'un cœur plus grand que tous les cœurs, celui de Pie IX, réunit dans sa paternelle effusion tous ces vœux pour les ofl'rir à Jésus-Christ, à l'auteur et au consommateur de toutes choses. 0 simplicité, ô grandeur, comme vous révélez bien la véritable Eglise, le vrai bercail et le bon pasteur ! Aimons-nous les uns les autres dans cette pensée de concorde, de salut et de paix. Soutenons-nous d'un bout du monde à l'autre par ces liens invisibles qui attachent Tune à l'autre les âmes chrétiennes, et en nous élevant ainsi au-dessus des choses du temps sur les ailes de la prière et de l'espérance, nous parviendrons ensemble aux tabernacles éternels.

l'oua

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