PRONONCÉE DANS LA CATHÉDRALE DE NIMES
l'OUU
L\ Cl.O'rniK I)K I.A STATION \)V CAKKMK
10 avril 1887
Mon Uévkueni) Pèrk ',
Vous ino demandez de vous bénir, en terminant le cours de ces prédications. Je le ferai de grand cœur, mais après vous avoir adressé mes félicitations et mes remerciements. C'est sur ma parole que vous êtes venu jeter, du haut de cette chaire, les filets apostoliques sur cette assemblée sainte. Après avoir conquis en Sorbonne, à force d'érudition, la palme du doctorat, vous l'avez déposée aux pieds de la croix, ne voulant plus, comme saint Paul, que connaître, savoir et enseigner Jésus crucifié. Mais ceux qui prêchent comme vous Jésus crucifié, avec la langue de la grande théologie et du grand siècle, l'accréditent auprès des penseurs et des lettrés, et lui donnent des adorateurs comme Paul en trouva dans Athènes. Je me félicite d'avoir demandé pour cette cathédrale les
1 Le P. Eraond Bouvy, des Augustins de rAssompiiun.
prémices de votre savante et pieuse doctrine. Des chaires plus illustres vous attendent, et quand Paris vous appellera, nous ne cesserons de vous remercier du bien que vous avez fait à Nimes.
Laissez-moi maintenant, mes très chers frères, résumer dans deux grandes leçons toute la prédication de ce Carême. S'il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de Tamour du monde, celui du mercredi des Gendres a été assez inattendu et assez terrible. A rheure même où TEglise rappelait à ses enfants que Thomme n*est que poussière et qu'il retournera en poussière, un tremblement de terre justifiait cet oracle en ébranlant, d'un bout à l'autre, tout le long de la Corniche, le sol baigné par les eaux de la Méditerranée. Toute la nuit s'était passée en divertissements, et les hommes, au sortir du bal, secouaient encore dans les rues de Nice les grelots de la folie! Quel réveil! quelle stupeur! Le sol gronde, les animaux se troublent, les maisons s'écroulent avec fracas, d'autres chancellent sur leurs fondements, et ces chrétiens affolés, qui ont passé en une seconde de l'excès de la joie à l'excès de la terreur, dem-eurent longtemps comme stupides, n'osant jeter des regards fixes sur cette terre où Ton croit entendre encore le tonnerre qui Ta remuée jusqu'en ses fondements.
Eh bien ! qu'en pense la science humaine et quelle explication va-t-elle donner? Les journaux, les revues, les académies , toutes les Babels assemblées dissertent en face de ces ruines pendantes. Personne, malgré l'orgueil du siècle, n'imagine qu'on puisse empêcher le retour d'un pareil phénomène. Les plus
IMXin LA r.LOTlJRK l)K LA RTATION DU CARÊMR. 409
lianlis so (lomandnnt h poiiio si on [)0!it le prévoir; h |Kiino osonl-ils ospùrer (|ii'apn'»s de loii^iios ox()érioiicos ol (1(3 lon^^s calculs, ou Unira par doviner, qiiohpios niinulns avant, ra|)|)rocli(î du lonnorro soulorrain à c(M'tains signes avanl-courours.
IM'ôto donc l'oreillo, o science moderne; écoute, conseillo, d(»vin(\ pi'()|)h(';(,iso; lu dcmonreras toujours courlo par (piohpio endroit, ot tu n'arracheras ni riiommo à la mort, ni la terre à la ruine. Il est beau de te voir emprunter au soleil sa lumière, franchir sur un char de feu des espaces immenses, envoyer ton écriture <i travers les mors avec la ra[)idité de l'éclair, et t'enlrotonir avec tes semblables, par un fil métallique, comme s'ils étaient à tes cotés. Ce sont de prodigieuses conquêtes qui font grand honneur à ton génie, mais prends-y garde, ce Dieu à qui nous ne voulons plus croire a gardé tous ses secrets ; la mort est toujours le sergent de ses batailles; le ciel; son pavillon; lair, un domaine où il règne sans partage ; et la terre, qu'il a aflermie sous notre pas, lui obéit, quand il lui plaît, pour renverser nos palais et ensevelir dans le tombeau l'homme accablé sous les débris de ses fêtes et de ses inventions.
Ainsi a fait Dieu le mercredi des Gendres, le long de nos rivages. Ainsi fera-t-il à la veille du dernier jugement. Ce tremblement de terre qui n'a duré que deux secondes aura-t-il besoin de durer davantage pour anéantir, d'un pôle à l'autre, toutes les cités et bouleverser la face de la terre? Vous qui ne croyez pas à la fin du monde, vous êtes forcés de convenir qu'il peut se briser comme un verre entre les mains de celui qui Ta fait. C'est d'un mot que Dieu l'a créé ;
Ali) ALLOCLTlOPf
un mot suffira pour le détruire. La fragilité des choses humaines en présage la fin, cette fin viendra, et avec elle le jugement dernier.
Qiiantus tremor est futurus Qiiando jiidex est ventiirus, Guncta stricte discussurus.
Ceux qui ont passé par les angoisses du tremblement de terre se sont rapprochés de Dieu pour la plupart et viennent de mettre ordre à leur conscience. 0 mort! ton jugement est bon : 0 mors, bonum est judicium ^ui^m/ 0 Seigneur, que vous êtes rapide, que vous êtes terrible, quand vous voulez faire sentir sa dépendance à l'homme affranchi de vos lois!
Voilà par quel discours Dieu nous prêchait luimême, le mercredi des Gendres, le dogme de la fin du monde et du jugement dernier. Ce juge qui viendra un jour dévoiler tous les cœurs, et séparer les bons des méchants, fait entendre de temps en temps le bruit de ses pas pour ne pas nous permettre de nier toujours et notre néant et sa grandeur. A ceux qui se rient des dogmes, qui demandent des faits, et qui ne veulent croire qu'à ce qu'ils louchent, il fait voir l'abîme, il fait toucher la destruction et parler les ruines. Relevez maintenant vos maisons, consolidez vos monuments; appelez à votre secours toutes les sciences pour les étayer et tous les arts pour les embellir, mais n'oubliez pas qu'ils s'écrouleront encore, et que vous marcherez jusqu'à la fin entre la mort qui vous menace et le grand Dieu qui doit tous nous juger.
Cette station de Carême, commencée sous Tim-
IMM U l.A CI.OilKl. I)i; I.A SIAÏKIN UX, (.AUr.MK. ili
prossioii d'iino i^rnndo doulour, s'achrvo, comme il conviouL à volro |)i(;l('î, par iiiio grande ospùrancf;. Jésus est rossusciliî, voilà la nouvcîllc; du jour; ('fîllo résurroclion est lo [)r('îsa^ro do la nnlro. (liUle iiouvello console, émc^ut, ralVorinit depuis dix-huil siècles la société chrélieuuo. l/iinpiélé coulemporaine la nio loulo ranné(\ mais (juaud vi(uiL U) ^mmiuI jour do ri\(Iuos, vous répondez li celte néj^alion par un ac.le (le loi (jui la rél'ulo et (pii la détruit de la faron la plus victorieuse. Pour ressusciter avec Jésus, vous êtes allés hier vous courber sous la verge de la pénitence, et la vie de lu grâce est rentrée dans vos àraes. Vous avez reçu ce matin le gage de l'éternelle gloire par la communion. /l//r/^a'(rM//(»/i^/(f/lléjouissez-vous! LM/leluiaesl répété aujourd'hui dans les deux mondes. Il circule, le jour de Pàquos, je ne sais quel souille de joie, de jeunesse et de vie dans tout le peuple chrétien. On rencontre sur sou passage des consciences apaisées, des espérances ralfermies, des yeux où brille l'innocence, des fronts rassérénés par le repentir. Ces six mille hommes qui assiégeaient hier, dans notre ville, les tribunaux de la miséricorde, et qui, ce matin même, sont venus s'asseoir à la table sainte, répandent, au sortir de nos églises, la bonne odeur des vertus chrétiennes. Le père qui a conduit ses fils à la communion attache sur eux un regard attendri ; hi mère s'estime heureuse de leur avoir donné le jour; toute la famille est dans la joie, et la cité, renouvelée par de bonnes pâques, n'est plus elle-même qu'une grande famille. 0 frères séparés, quand nous donnerez- vous la main pour prendre part au même banquet; recevoir le môme Dieu, et chanter du même
ton V Alléluia du temps, respérarice de 1 éternité ?
Voilà l'espérance dans laquelle il faut nous reposer et nous réjouir. Nous disons à Jésus en chantant le Te Deum : Vous avez brisé Taiguillon de la mort et ouvert par là aux vrais croyants les portes du ciel. Tu, devicto mortis aculeo, aperuisti credentibus régna cœlorum. Ainsi chantaient aux fêtes de Pâques de 387, dans la basilique de Milan, Ambroise et Augustin, en présence de sainte Monique. Les larmes de la mère avaient racheté le fils et fourni l'eau de son baptême. Augustin ressuscitait à la grâce, Ambroise en chantait les triomphes, et les deux saints improvisaient ensemble le cantique le plus beau qui ait été chanté par la bouche des hommes, car le Gloria in excelsis est sorti de celle des anges. 0 mort ! où est ta victoire? 0 mort! où est ton aiguillon? Cieux, ouvrez-vous, et laissez-nous voir le royaume où nous serons un jour.
Je finis sur cette indomptable espérance que nous gardons au fond de notre âme, mais qui éclate chaque année, aux fêtes de Pâques, réveillée et affermie par le spectacle de votre foi et de votre piété. 0 vous qui ne croyez pas à un Dieu invisible, croyez-en du moins à la joie qui rayonne sur notre front et au sourire que Tespérance met sur nos lèvres. Nous portons dans nos consciences purifiées un véritable ciel, le royaume de Dieu est en nous, comme Jésus-Christ nous Ta dit lui-même : Regnum Dei intrà vos est. Ce royaume tout intérieur, ce ciel anticipé, cette conscience toute parfumée d'encens et de fleurs, est faite chez les uns d'innocence, chez les autres^de repentir; j mais les Augustin en jouissent comme les Ambroise J
poni i.A ci.onnK dk i.a station du CkHP.mv.. il3
ni Diou so |)on(*Jio du liaiiL du ciol pour onUindro aiijourd'liui, d'un bout du nioridn î\ l'aulni , ce coiicoi'l à deux voix Ibruié [)Jir les pécheurs convertis et les justes persévérants. Oui ([ue vous soyez, vous voilà démêlés uiaintenanl d(^ la [laillo destinée au feu et devenus le pur froment de Jésus-Christ. Vienne le jour où le Sei^jneur nous réunira, comme des gerbes de {gloire, dans les parvis d(î la bienheureuse éternité!
ALI.OGUTION
PRONONCÉE DANS LA CATHÉDRALE DE NIMES PO nu
Ik CLOTUUK l)K \A STATION I)[] CAUI'MK
1" avril 1888
Adieu cL au revoir, nous ililes-vous, mon Uévéreud Père ^ en terminant ces prédications si remarquables par la sùrelé de votre doctrine et les charmes de votre parole. Oui, à Dieu pour toujours et au revoir au ciel et sur la terre. Nous vous entendrons encore, s'il plaît à Dieu, et vous retrouverez bientôt au pied de votre chaire cet auditoire si pressé, si attentif, si sympathique, dont les flots débordent aujourd'hui dans nos rues el sur nos places. Mais pour vous remercier aujourd'hui, je ne veux employer que le mot du jour : Alieluia ! Dieu soit loué !
Dieu soit loué, nos très chers frères, pour cette belle fête de Pâques à laquelle notre éloquent prédicateur nous a préparés avec tant de zèle, et qui s'est terminée ce matin par une communion si belle et si édifiante. Alléluia !
Cel Alléluia, toutes les paroisses de Nîmes le chan-
1 Le P. Elisée, carme.
tent comme noire cathédrale. Tout le diocèse le répète, et ceux mêmes qui en ignorent le sens en goûtent la spirituelle douceur. Ils ont bien raison de dire Dieu soit loué! puisqu'ils sont ressuscites à la grâce par une bonne confession et qu'ils ont repu ce matin, dans le mystère de TEucharistie, le Dieu qui leur promet la vie éternelle. Alléluia ! Dieu soit loué !
Mais cette exclamation a, cette année même, un sens plus profond encore et un accent plus joyeux. Les pâques auxquelles vous venez de prendre part sont les pâques du Jubilé de Léon XIII. Nous assistons à la résurrection du pape et de la papauté dans le spectacle que le monde catholique nous donne aujourd'hui. Je vous en ai déjà parlé, je veux en parler encore, et je sais que je ne satisferai jamais assez le désir que vous avez d'entendre traiter un sigrand sujet.
Le vicaire de Jésus-Christ a eu dans le monde le sort de son maître. Depuis dix-huit siècles le monde ne cesse de l'enterrer, et il ne cesse de ressusciter pour la consolation des bons et la confusion des méchants.
Je me borne à vous signaler les quatre résurrections de la papauté dans le siècle même qui s'achève. Vous en avez été les témoins, vous en serez les apôtres et vous en raconterez le prodige à votre postérité.
Quand le pape Pie VI mourut à Valence, captif de la Révolution, l'impiété l'appelait le ci-devant pape, elle assurait qu'il serait le dernier pape et qu'il n'aurait pas de successeur. Cette assurance sembla d'abord prévaloir, mais dix-huit mois après, le conclave s'assemble à Venise, Pie VII est élu, la papauté sort du tombeau, elle vient couronner en France le chef d'un
POim LA CLOTHRK DK LA HTATIOPI DU CAIir.MI.. 417
nouvel (iiupiro, la l'VaiuK^ apprend (jikî, quand loiiL (diaii^m autour do TK^liso, souhî l'K^diso no rhan^o jamais, ol (|ue si lo pa[)0 uiourl couimo les autres rois, lo |)a|)0 soûl ressuscite. 0 mort, où est ta victoire? 0 mort, où est ton aiguillon ?
Pie VII hii-mùme en l'ut un nouvel exemple. Le vainqucuir do Marou'^^o et d'Austerlitz, devenu cruel dans son dcs[)otismo autant (|u'impio dans ses desseins, voulut à son tour condamner la papauté h l'esclavage et ù la mort. Il fondit, comme un aigle ravisseur, sur le vicaire de Jésus-Christ et le transféra de Savone à Fontainebleau, en redoublant, de prison en prison, les rigueurs de sa captivité. Il se débattait sous lanalhème en disant : Ce n'est pas l'excommunication qui fera tomber les armes des mains de mes soldats. Mais Celui qui sème la glace et la neige du haut des cieux le détrompa bientôt. L'incendie de Moscou éclaira son retour sans réchauffer son armée, il vit ses soldats jeter leurs armes le long des routes sans pouvoir sauver leur vie, il rentra seul et sans escorte, dissimulant sa défaite et se montrant plus cruel que jamais auprès du captif de Fontainebleau, dont il voulait faire le chapelain de son empire, pendant que cet empire se démantelait de toutes parts. Mais voilà que l'étranger envahit la France et qu'il faut renoncer à garder Pie VIL Vos pères Tont vu, ce vénéré pontife, traverser vos contrées, en courant de poste en poste, dans une voiture qui était encore une prison. On gardait le pape à vue, on écartait la foule comme pour dissimuler son passage, mais Napoléon lâchait sa proie, et l'heure de la résurrection était sonnée. 0 mort, où est ta victoire? 0 mort où est ton
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aiguillon? Pic VII sorlail do son tombeau, le pape élalL ressuscité !
Ce fut la destinée de Pie IX, après trois ans de bienfaits, d'être enfernné à son tour dans le Quirinal conrime dans un tombeau, et d'avoir pour gardiens les assassins de son fidèle ministre. Encore des cris de mort contre la papauté! Encore une heure de ténèbres pour le monde et de triomphe pour les méchants ! C'en sera donc fait, cette fois, de cette puissance qui s'était obstinée jusque-là à renaître de ses cendres. Mais l'ange qui délivra saint Pierre vient délivrer son successeur. Pie IX s'échappe et s'enfuit à Gaëte, les jours de l'exil sont abrégés, c'est la France qui rouvre à Pie IX les portes de Rome, la France qui le replace sur le trône, et tout l'univers acclame avec la France le pape triomphant et ressuscité.
Qu'inventerez-vous encore, enfants des hommes, qu'inventerez-vous pour mieux garder le pape dans sa tombe et l'empêcher de reparaître à la tête des nations? Ils ont dit : Dépouillons-le peu à peu de son patrimoine, et forçons-le de se condamner lui-même au néant de la captivité : que le Vatican soit une prison, et qu'il ne reste au vicaire de Jésus-Christ qu'un jardin pour promener ses regrets.
L'usurpation commence, une nation jusque-là Adèle et amie prête les mains à ce long et hypocrite attentat. La plume des scribes le prépare, l'épée de la maison de Savoie l'accomplit, la France replie son drapeau devant l'usurpation qui s'avance sous le nom de liberté. Le complot a réussi, et Pie IX, dépouillé de sa couronne, ne lègue à Léon XIII que le tombeau du Vatican. Tout est donc fini, le pape est bien mort, et
l»()l!U I.A (lOTlIllK I)K LA HTATH)Î1 DU CARftïK. 4IÎ>
inorL |)()ur toujours, (a' h Vsl |)lns (lu'ini nom .sans aulorilé (U sans [)rosli«;(î. Kli bini ! loiiruoz-voiis inain- ((Miaiit V(Ms lloiiio, ol (lil(3S si le loniboau tin Vatican ii'csl pas (lovonu, cornino c()\[\\ du Calvairo, la source (U\ la luniirrn vX <lr la vie-, !(' tljéàlre (Puno nouvelle résurrection. () mort! ou est la victoire? 0 mort, oii est ton aij^uilloir/ Le |)ape est ressuscité dans Léon MIL Toutes les nations lui envoient des pèlerins, tous les rois des présents, toute la terre reconnaît, acclame et bénit en lui le vicaire de Jésus-Christ, le docteur inl'aillibledes nations, le pape qui ne meurt pas, le pape ressuscité ! El ce mouvement, quia commencé à Noél» se continue après les i'étes de Pâques avec une merveilleuse ardeur. La France, la Belgique, les peuples slaves, l'Autriche, le Mexique, les deux Indes, vont avoir leur audience. Qui règne à Rome, si ce n'est le pape ? Qui remplit toute la cité de sa puissance et tout l'univers de sa gloire et de son nom ? Le pape ressuscité.
Le saint-père avait daigné, il y a quinze mois, quand nous étions à ses pieds, nous parler de ce Jubilé. On en entrevoyait à peine la popularité et la splendeur, et la réalité dépasse toutes les espérances. Vous venez de voir, Monseigneur ', Léon XIII dans toute cette gloire si inattendue et si consolante, vous avez embrassé ses genoux et reçu ses instructions, et vous quitterez demain la terre natale, tout plein et tout ravi de ce grand spectacle, pour aller le chanter dans Tîle lointaine dont il vous a donné le gouvernement. Que votre voyage soit heureux, que les bénédictions
1 M^' Fazet, évoque de Saint-Denis.
de Léon XIII servent d'escorte à votre navire et vous conduisent au port !
Et nous, ne nous lassons pas d'envoyer à Rome et nos prêtres et nos fidèles, tant que dureront les fêtes de cette résurrection jubilaire. Ne nous lassons pas surtout défaire, d'esprit et de cœur, ce pèlerinage glorieux, pour nous confirmer dans les résolutions de nos pâques. Vous êtes ressuscites. Messieurs, à la vérité, à la grâce, à l'honneur chrétien. Vous ne déchirerez plus dans le Décalogue ces deux commandements qui gênent le plus la nature : .Von mœchaberis, point d'adultère ni de fornication; iionfurtum faciès^ point de vol ni d'injustice. Vous n'oublierez plus que la messe du dimanche est pour vous, comme pour vos femmes et vos enfants, d'une stricte et rigoureuse obligation. Soyez chastes, soyez justes, observez le jour du Seigneur, et vous serez vraiment ressuscites.
Tout vous prêche vos devoirs dans cette solennité pascale. Voilà le cierge que nous avons allumé hier pour être le symbole vivant de votre foi, la laisserezvous s'obscurcir et s'éteindre dans les ténèbres de la corruption? Nous chantons ï Alléluia, \e Dieu soit loué ! à tout moment et à tout propos. Votre conduite démentira-t-elle vos discours ? Et direz-vous encore avec les impies : Faisons oubher le saint nom de Dieu et le saint jour du dimanche ? Nous allons chanter VOfilii et filix ! Ecoutez, répétez ce cantique, si plein de poésie, si doux aux lèvres qui l'entonnent et aux oreilles qui l'entendent. Que vos fils l'apprennent de vous, Messieurs; je voudrais les voir tous avec vous pour chanter le mystère de leur résurrection. Que vos filles l'apprennent de vous, Mesdames, et qu'elles
point LA Cl.orniK DK I.A station 1)U CAnÊMR. 421
(IcMiuMii'oiil, |);ir liuir (loiiccMir, [nir l(3ur modostin, piir l(Mir piôlo, toujours (li«^nios do coiiipHiiidrooL do bcriir co inyslrro do vio. 0 diocèso do Nlinos, ù ville si (diôm ;ui |):i|)(mU dont lo papo a tant de lois daiyné louor la foi d la «^^énérositô, soyez bonis an nom de liôon XIH dans ces fotos |)ascalos, (|iii sont his plus hi^llos dt^ l'annôo. Kvoijue, [)rotres, lidèles, marchons (Miscmblo, sous colto bénédiction, vers le terme de nos destinées; achevons noire pèlerina'^e ici-bas, les yeux tournés vers Rome et vers Jérusalem, les deux villes saintes de la chrétienté; mais portons-les [)lus plus haut encore, plus haut toujours, jusqu'à ce que l'anime de la mort les ferme aux ombres de la terre et (lu temps, pour les rouvrir au milieu des splendeurs du ciel et de l'éternité. Ainsi soit-il.
PRONONCÉE LE JOUH DE LA PENTECOTE, SUH lA PLACE DES CROISADES, A CLERMONT
A I. Or.CASloM