ALLOCUTION PRONONCÉE AL MARIAGE DE M. DE LORDAT
nos sacrifices, nos vertus, cet avenir où la ville d'Alais aura sa part dans la gloire commune. Je termine sur ce vœu si naturel à un évêque, pour TEglise, pour la France, pour son diocèse, pour cette cité qui est un des trois fleurons de sa couronne. Que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob nous entende et nous exauce dans le temps et dans Téternité!
A M. LE CIlANOIiXK OOIFFON
DIRECTEUR DE LA « SEMAINE RELIGIEUSE » • avril 1888
Mon cher Chanoine,
En vous nommant directeur de la Semaine religieuse de Nimes, pour remplacer M. le chanoine Carie, qui va porter sur une terre lointaine les trésors de son érudition, je n'ai pas trop présumé de vos forces et je sais avec quelle science, quel goût, quel tact et quel esprit de foi vous remplirez votre tâche. Permettez-moi de vous dire comme je la comprends
Cette publication modeste a son importance. Elle marque, semaine par semaine, les événements qui intéressent en particulier la religion d'un diocèse, mais sans négliger ceux qui regardent la catholicité tout entière. A ceux-ci deux ou trois pages suffisent, pourvu que le style soit clair, ferme et sobre, qu'on cite exactement les faits, qu'on les juge d'un mot, et qu'on leur donne leur date précise. Ce sera un excellent mémorial auquel on pourra utilement recourir. Mais les annales propres de notre diocèse demandent plus de développement. Donnez-leur la première
place. C'est par là que chaque paroisse conservera sa propre histoire, et que TEglise do Nimes apparaîtra tout entière dans votre revue avec la variété des monuments, des fêtes, des traditions et des mœurs qui la caractérise. En parcourant des bords du Rhône au sommet des Gévennes cet héritage si divers par la langue et les coutumes, mais dont toutes les parties sont si bien soudées Tune à l'autre par le lien d'une commune foi, j'ai observé bien souvent que l'unité religieuse s'était raffermie et consolidée dans les troubles suscités par l'hérésie et dans les épreuves de la révolution. Le besoin de défendre la vraie foi a inspiré partout le même courage et suscité partout le même dévouement.
Que doit faire une Semaine religieuse pour favoriser cet excellent esprit? Peu ou point de politique. D'abord on ne nous consulte pas, on nous écouterait encore moins, et nous remuerions, comme disait Chateaubriand, la poussière des trente-six Capets, qu'il n'en sortirait pas une voix qu'on voulût entendre aujourd'hui. Personne n'est tenu à un acte inutile, encore moins à un acte qui serait mal compris et qui tournerait au détriment de la bonne cause. Il vaut mieux ne pas descendre de la région sereine et lumineuse où nous placent nos croyances. C'est de cette hauteur que l'on domine les événements et qu'on peut les expliquer. La croix qui nous abrite sera, dans la presse, notre seule arme non pas offensive, mais défensive. Elle suffit pour réclamer la liberté du ministère et de l'apostolat, soutenir les écoles chrétiennes, faire connaître le pape et l'Eglise, réclamer contre toutes les oppressions, et mettre en
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roliof le vrai, le l)i(Mi el le beau. Ce n'est qu'au poidg (le la croix qu'on doit |)Oser les actions des hommes nt juger leur ni(';rito. Tout le reste s'évanouira comme la fumco (In temps, mais tant qno nous vivons dans le temps et dans l'ombro, il nous faut bien com[)ter avec l'opinion, avec les hommes, avec les circonstances, et parler de nos semblables avec tous les égards que commandent la justice et la charité. C'est par là (lue la |)rosse religieuse doit se distinguer de la presse mondaine. I^a criti(juc acerbe ne lui est point [)ormise; il faut qu'elle se l'interdise à tout prix.
Ce n'est pas communément dans cet excès que {)cut tomber une Semaine religieuse. Mais l'excès des louanges l'envahirait facilement et la rendrait insupportable c\ lire, si on n'y prenait garde. L'encens ne doit être offert qu'à Dieu. Ne le prodiguons pas quand il s'agit de l'homme. Le pape, lesévêques, les prêtres, n'en ont pas besoin pour faire leur devoir. Il faut réformer sur ce point les mœurs publiques. A peine un prêtre a- t-il débuté dans la chaire chrétienne, que des amis maladroits se croient obligés de publier, à son de trompe, ses premiers succès. 11 a le génie de l'aigle de Meaux et la blancheur éblouissante du cygne de Cambrai, en sorte que Bossuet ne serait que la moitié de ce jeune vicaire, et que Fénelon en serait l'autre. Personne n'y croit, mais le débutant peut s'y tromper, car la louange est un vrai poison, le plus subtil et le plus dangereux de tous. On se met alors à improviser avec une abondance de paroles qui dégénère vite en disette. Au risque de déplaire à ces thuriféraires dangereux, n'acceptez jamais leurs articles. Mieux vaut avoir peu d'abonnés que de se mettre
aux gages de la vanité et de trahir le sens commun.
Vous recevrez sur les fêtes religieuses de longues pages dont il faut retrancher beaucoup avant de les livrer au public. Communément on s'étend en compliments sans fin sur les fanfares et les chorales, sur les chantres et les organistes. On n'oublie que le suisse et le sonneur. Ces comphments sont toujours les mêmes. Ils s'adressent « au jeune et sympathique curé, » à la musique « qui a joué les plus beaux morceaux de son répertoire, » à l'orateur qui a parlé « avec cette éloquence dont il a le secret. » L'enthousiasme est toujours <( indescriptible, » la fête toujours (c splendide, » l'harmonie toujours <c ravissante. » Encore est-ce merveille quand les hommes et les choses n'ont qu'une épithète. Le plus souvent on élève chacune de leurs vertus sur quatre adjectifs comme sur quatre tréteaux. Eteignez la moitié de ces lampions qui répandent leur clarté fumeuse autour des idoles que la complaisance laisse fabriquer pour ne pas perdre un abonné ou ne pas contrister un ami. Que restera-t-il de tant de héros, de saints, d'orateurs, de poètes préconisés de leur vivant ? Pas même un nom, encore moins un livre ou un discours. On a dit que les Semaines religieuses rendraient facile la tâche de l'historien futur de nos diocèses. Gela est vrai, si cette tâche est bien remplie, et si l'excès des louanges ne gâte pas d'avance les jugements de l'histoire. Mieux vaudrait n'avoir aucun document que des documents mêlés de tant de rhétorique et de coups d'encensoir.
En résumé, point d'injures ni de compliments. L'un vaut l'autre, et on ne sait lequel des deux est le plus
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langereux. Voua diroz la vùrilc sans (ItHour ol sans exagération ; vous Milnioroz lo vico et l'orrour sans ^'ous (MU[)orlor ou vous aigrir ; vous louerez avec niouiro, ol toujours les actions plutôt ((ue les personnes ; ^'ous ileniourorcz dans cette assiette lran(|uille où /olre noble caractère vous a placé, que vos travaux l'érudition vous ont rendue chère, et qui convient si 3ien à la modestie d'une Semaine rclifjicuse.
Pour donner de l'intérêt ;\ une telle publication, il l'est pas nécessaire de recourir à des rébus ou à des îharades, encore moins à des tours de physique et ides expériences de chimie. Une belle i)agc empruntée aux Pères de l'Eglise, k Bossuet, à Bourdaloue, quelques réflexions sorties de la plume de Joseph le Maistre, une éloquente revendication des Montaembert, des Falloux, des Dupanloup, des Veuillot, 311 faveur de l'Eglise et de ses libertés, des mots heureux et bien choisis que vous fourniront nos classijues anciens et modernes, et que vous appliquerez mx questions du jour pour les relever et les éclaircir, ians ce déclin de la langue, des idées et des institutions, servent bien mieux l'Eglise et les âmes que des farces de la foire ou des caricatures de mauvais goût.
Nous avons besoin de nous détourner du spectacle de notre décadence littéraire, rehgieuse et morale, pour nous réfugier dans un passé meilleur que le présent. Les pleurs et les lamentations énervent les aommes ; le rire serait amer ou ridicule ; il faut, pour 'éprendre force et courage, retremper sa plume ians le commerce des grands siècles et des grands lommes.
Vous n'omettrez pas les traits édifiants ni les vies des saints. La partie la plus intéressante du Pèlerin est la vie du saint qu'il publie chaque semaine. Ce morceau est d'ordinaire bien écrit et presque toujours intéressant. Pourquoi ne choisiriez-vous pas, dans le calendrier du diocèse de Nimes, un saint dont vous étudieriez la vie avec cette parfaite compétence qui distingue votre érudition? Vous en feriez chaque mois le sujet d'une lecture pieuse, en quatre pages, et vous le donneriez en supplément. Au bout de peu d'années, on aurait un volume d'une grande variété et d'une réelle édification, qui intéresserait toute la contrée et qui apprendrait aux familles chrétiennes les traditions de leur pays. Si on laisse descendre l'ombre et l'oubli sur nos antiquités, avant la fin du siècle on ne saura plus rien. Et ce n'est pas l'instruction laïque, gratuite et obligatoire qui fera regretter à notre postérité la perte de ce cher trésor.
La Semaine religieuse est revêtue d'ordinaire d'une approbation épiscopale. Cette approbation engage celui qui la donne. Mais celui qui la donne ne peut ni tout lire ni tout vérifier. Il appartient au directeur nommé par Tévêque de retrancher sans pitié, dans les morceaux qu'il accepte, tout ce qui blesserait la foi, la morale et le goût. Il a aussi le devoir de contrôler les annonces et de refuser toutes celles qui peuvent induire en erreur ou en tentation les lecteurs de la Semaine. Ne recommandez ni les vins de messe, ni les remèdes secrets, ni les livres défendus ou suspects, et défiez-vous de l'art avec lequel on dresse dans une feuille d'annonces des pièges à la crédulité publique. Que répondre aux gens quand ils viennent
s'ùlonnor OU 80 |)lain(lm do corlainos complaisances ou (lo corlainos distractions? Wum plus que los journaux quolidioiis, los Semaines rclif/icuses ont charf^o dViuios. La |)rcsso liobdomadairo a six jours pour poiisor cx) (|u'ollo dit rX vôrillor co (|u'ollo roconnmando. Kl (juaiid ollo so présonto sous los auspices do la vraie religion, ollo n'en est que plus responsable dos louanges (|u'ello décerne et dos livres qu'elle patronne. lUus elle inspire de confiance, [)lus elle doit la mériter.
Ce sera votre modeste gloire, mon cher chanoine, et par là vous ajouterez encore aux services que vous avez déjc\ rendus à notre diocèse par la publication du Bullaire de saint Gilles, du Dictionnaire des paroisses, et de tant de monographies pleines d'intérêt, qui vous ont valu non seulement les suffrages de TAcadémie de Nimes, mais encore ceux de l'Institut de France.
Je ne terminerai pas sans vous remercier du désintéressement complet avec lequel vous entendez donner à notre Semaine religieuse le reste d'un temps que tant de devoirs disputent à tant d'études. Vos collaborateurs veulent imiter votre générosité, et si la Semaine a des lecteurs, leur abonnement sera désormais une bonne œuvre, dont la gloire retournera tout entière à Dieu, et le profit à nos séminaires et à nos écoles chrétiennes.
C'est dans cette espérance que je vous offre, avec mes plus sincères remerciements, mes vœux les plus empressés et mes plus affectueuses bénédictions.