GOMMENT GBU SE JOUE
— Mes fonds I... Ahl mon Dieu, je n^y pensais plus!
-— Le placement qui me semble le plus sûr, le meilleur, c'est à mon avis les obligations du Crédit foncier.
— Ahl vraiment... avez- vous été au théâtre hier?
— Non, madame, j'y vais peu. Quand je vais au spectacle, je veux être aux premières places, sans quoi je ne m'y plais pas; et les premières places sont chères... surtout pour un pauvre agent de change marron; et puis hier j'étais trop préoccupé, le spectacle ne m'aurait pas amusé. Je vous disais donc que les obUgations du Crédit foncier donnent droit à des lots et il y a quatre tirages par an...
— Ah ! vous étiez préoccupé hier... et qu'est-ce donc qui causait votre préoccupation...
— Madame... de grâce dispensez-moi... en vérité je n'oserais pas vous le dire... Il y a donc quatre tirages par an et des lots pour les obligations...
— Ah ! laissons là le Crédit foncier... Je suis trèscurieuse; je veux savoir ce qui vous préoccupait tant hier, et surtout pourquoi vous n'osez pas me le dire.
— Madame, vous m'embarrassez beaucoup ! Je ne suis cependant pas timide... J'aime à aller droit au but ; mais il y a de ces aveux que l'on ne saurait
faire... surtout lorsqu'ils peuvent offenser celle à qui on les adresse.
— Mon Dieu, comme vous devenez mystérieux...
Vous craignez de m'ofTenser... Je vous fais donc bien peur... vous me croyez donô bien sévère...
— Vous ! me faire peur... Ah ! bien loin de là... C'est un autre sentiment que vous imposez... mais je m'égare... Madame, il y a un tirage tous les trois mois, et de fort beaux lots à gagner...
— Ah ! je vous en prie. . . ne changez pas la conversation ! ... Je veux que vous me disiez ce qui vous préoccupait tant hier soir. . . Je le v«ux, entendez-vous !. ..
— Madame, puisque vous l'ordonnez... mais vous allez me chasser de votre présence I...
— Enfant i Ah ! ne craignez pas cela I parlez • donc...
— Eh bien, madame, c'était vousl...
— Moi...
— Oui, vous... je ne vous connaissais que depuis quelques heures, et déjà votre image ne sortait pas de ma pensée... Ah ! vous avez voulu que je parle... eh bien, je parlerai maintenant... au risque d'exciter voire colère... II y a, il me semble, une secrète sympathie qui nous entraîne sur-le-champ vers l'objet auquel nous voulons vouer notre vie... Croyez-vous à la sympathie, madame?