‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 14 sur 16 · COMMENT CELA SE JOUE · texte numérisé non relu

COMMENT CELA SE JOUE

— Si j y crois... Oh! oui, oh! oui... car moi-même je l'éprouve aussi... Continuez donc...

— Cette sympathie, madame, je Tai ressentie en me trouTant près de vous, en vous entendant parler, en vous regardant... C'est bien hardi, n'est-ce pas?

— Oh! non... allez toujoura...

— Je me'suis dit : Voilà la femme de mes rêves, mon idéal, celle près de qui l'existence serait une suite non interrompue de jouissances. .. dé plaisirs. •• de voluptés...

— Oh! allez toujours... ne vous arrêtez pas!...

— Eh bien, vous avez voulu le savoir, ce secret que je voulais renfermer au fond de mon âme. Je vous aime, madame, et j'ose vous le dire... Ah! je suis un insensé, un malheureux... bannissez-moi de votre présence, mais cela ne m'empêchera pas de vous aimer I

Bien loin de bannir La Bergerie de sa présence, la sensible Olympe lui tend une main qui presse la sienne, elle pousse coup sur coup plusieurs soupirs, pendant qu'il s'occupe naturellement à baiser cette main qu*on lui abandonne et qu'il finit par placer sur son cœur, parce que cela lui semble moins désagréable que d'avoir toujours ses lèvres dessus. Puis la riche veuve murmure :

— Ah ! si je pouvais vous croire... si en effet vous

éprouviez pour moi un sentiment vrai, durable...

— Ah ! madame, vous en doutez I que faudrait-il faire pour vous persuader... parlez ! l'eau, le feu, le fer.,, j'affronterai tout ! Que ne sommes-nous encore au temps où les preux chevaliers combattaient pour leurs belles!... avec quelle joie je me serais précipité dans Tarène en portant vos couleurs I

— Oui, ce devait être un bien beau temps pour Tamour et la galanterie!... Mais nous n'en sommes plus là... Monsieur de Senneterre, on m'a dit infiniment de bien de vous.

— Je ne le mérite pas, madame, j*ai une foule de défauts; je suis emporté... jaloux... oh! jaloux à l'excès .

— Cela ne me déplaît pas; la jalousie, est une preuve d'amour. J'avais un mari qui était là-dessus d'une indifférence choquante! mais il ne compre* nait pas les tendres sentiments.

— Ah I que vous étiez mal assortis alors ! car vous les comprenez, vous, madame, oh ! vous comprenez les passions, je lis cela dans vos yeux!...

— Ah! ne me regardez pas ainsi... vos regards me pénètrent... je suis toute bouleversée...

— Alors je vais vous reparler du Crédit foncier.. •

— Oh! non! oh! non!...

— Mais cependant vos fonds...

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— Je vais vous les remettre, vous en ferez ce que vous voudrez...

— Une telle marque de confiance. .. Vous me connaissez à peine...

— Si, je vous connais déjà beaucoup. •• car ainsi que vous... la sympathie agit sur moi...

— Il se pourrait... Ah! madame!... vous me faites entrevoir le paradis !

—Je veux vous laisser entrevoir bien autre chose... Je suis veuve, libre, riche!...

— Oh ! oui, beaucoup trop riche, hélas I

— Je ne vois pas que ce soit un malheur... Ma fortune ne m'empêche pas d'aimer.

— Mais elle empêche un pauvre diable d'oser aspirer à faire cesser votre veuvage.

— C'est un tort... J ai assez de bieu pour deux et il me serait doux au contraire d enrichir, d'offrir une belle fortune à celui que j'aurais choisi... Aussi ce n'est pas de la richesse que je lui demande, non, c'est seulement un cœur franc, bien épris, un cœur qui comprenne le mien, qui partage tnes plaisirs, qui ait mes goûts, mes penchants...

— Assez, madame, assez de grâce... Vos paroles me feraient espérer un sort dont je ne suis pas digne... Ah ! je n'ai pas la force de les écouter davaulagCé

180 PAPA BEAUPËRE.

Et La Bergerie, se levant brusquement, se met à marcher dans l'appartement, comme quelqu'un en proie à la plus yive agitation.

• • — Eh bien, où va-t-il donc? s'écrie Olympe en lui tendant la main qu'il a tenue longtemps sur son cœur. Voulez-vous revenir bien vite vous asseoir près de moil...

— Vous le voulez, madame.

— Oui, je le veux... et il £aut m'obéir. Venez là tout contre moi... A I4 bonne heure...

— Madame, le Crédit foncier...

— Ah ! taisez-vous I ce n'est plus de cela qu'il faut me parler ! Vous venez de me dire que vous m'aimiez, croyez-vous donc màintenantque je puisse entendre... écouter autre chose... Ah! je suis si sensible, si nerveuse... Voyons, écoutez-moi bien...

— Je vous écoute autant par le cœur que par les oreilles... Ahl je voudrais vous entendre toujours!...

— C'est gentil ce que vous me dites là... monsieur de Senneterre... J'ai oublié votre petit nom?

— 'Jules, madame. J'ai aussi un autre nom de famille... J'ai pris celui de Senneterre... pour raisons... politiques... mon père s'étant fait remarquer dans la révolution de juillet.

— Peu m'importe I Jules... J'aimerais mieux Ar-

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thur... J'adore le nom d'Arthur, voulez-vous que je vous appelle ainsi?

— Donnez-moi tous les noms que vous voudrez, madame, pourvu que vous m'appeliez souvent, c'est tout ce que je demande ...

— Eh bien... Arthur, je ne serais pas éloignée de songer à mettre fin à mon veuvage... bien des prétendants se sont présentés.

— Je le crois, ah! je le crois!... vous avez du faire bien des malheureux I

— Mais aucun ne m'offrait ce que je veux avant tout... un cœur passionné et qui comprit le mien... quelque chose me dit que vous étiez ce cœur-là... Je ne vous le cache pas, à la première vue, vous avez produit sur moi une impression dont je ne pouvais me rendre compte...

— C'est absolument ce que j'ai éprouvé en vous voyant... toujours la sympathie!

— Maintenant si nos goûts, nos caractères s'accordent... vous aimez la campagne?

~ Je l'adore !

— La vie de château ne vous ennuyerait pas!

— Jamais I près de la femme adorée.

— Vous n'avez rien qui vous retienne à Paris ?

— Au contraire, je serais enchanté de le quitter.

— Point de liaison intime... à regretter?

— Pas la moindre !

— Ah! songez que c'est surtout sur ce sujet qu'il faut être franc... A voire âge, il est impossible que vous n'ayez point aimé. . .

— Aimél noni j'ai eu des liaisons éphémères... j'ai fait des folies, j'en conviens... mais tout cela n'était pas de Tamour.

— Je vous crois, je suis heureuse de vous croire... Eh bien, il faut venir me voir tous les jours, le matin et le soir, je veux étudier un peu votre caractère...

— Cette épreuve sera-l-elle longue?

— Non... si, comme je le crois, vous êtes Thomme que je rêvais... eh bien... c'est vous qui mettrez fin à mon veuvage....

— Ahl madame I Ah! ravissante Olympe... C'est trop de bonheur pour un mortel... vous seriez à moi!... cette idée me suffoque!... Nous quitterions sur-lechamp Paris; nous irions dans votre château contracter cette union fortunée...

— Non, mon ami, nous nous marierions à Paris avant de partir...

— Pgurquoi donc pas à votre terre?

— Yous allez comprendre ma raison : j'en suis partie veuve, si je revenais avec un jeune homme, qui ne ser£t pas encore mon mari, cela ferait jaser ; on est si méchant à la campagne ! on n'a que ça à

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