‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 10 sur 16 · OU L'ON VEUT TOUJOURS EN TENIR · texte numérisé non relu

OU L'ON VEUT TOUJOURS EN TENIR

que le cocher ne voudra pas nous prendre tous les quatre!

Cependant les deux dames, suivies de M. Détraque, arrivent près de la voiture, et crient au cocher :

— Nous vous prenons, cocher I... Au bois de Boulogne... à Madrid... ouvrez-nous donc la portière!

Hais le cocher, qui était resté sur son siège, répond:

— Pas possible, mesdames, je suis loue 1

— Ah! oui, nous la connaissons celle-là I... c'est pour nous faire payer plus cher... eh bien on lâchera les noyaux...

— le vous répète que je suis pris, mesdames, et je ne le serais pas que je ne prendrais pas quatre personnes, et je vois bien que vous êtes quatre..'.

— Bah! d'abord ce petit homme-là ne compte pas, nous le mettrons sous nos pieds ; Fautre, à côté de vous, ainsi ça va tout seul... Détraque, ouvrez-nous donc cette portière, puisque cet entêté ne bouge pas... et ime fois que nous serons dans sa voiture, il faudra bien qu'il nous mène.

Détraque, qui veut être agréable aux deux femmes, court à la portière et essaye de l'ouvrir, mais Dorcelle la retenait et au même instant faisant une grosse voix, prenant un ton furibond, il crie de l'intérieur du coupé :

— Avisez-vous d'ouvrir cette portière et je vous brûle la cervelle!...

Détraque fait alors un tel saut en arrière, qu'il va tom ber sur Polydore dont il écrase les pieds ; quant aux deux dames elles se mettent à rire aux éclats» en disant :

ou L'ON VEUT TOUJOURS EN VENIR îib

— Ah! on est dedans!... les amoureux sont dedans! il fallait donc nous dire cela. Grand serin de cocher!... Excusez, monsieur et madame!... bien désolées de vous avoir interrompus !.. «

Et les jeunes femmes s'éloignent en chantant ce refrain tà connu :

Ne dérangeons pas le monde 1 Laissons chacun comme il estl

Leurs cavaliers les suivent; Polydore en boitant et en pestant après Détraque qui lui a écrasé les pieds, et celui-ci en jurant ses grands dieux qu'il n'essayera plus d'ouvrir les portières des voitures, même lorsqu'elles seraient sur une place.

Cet incident a fait passer le temps; le cocher riait encore de la peur qui avait saisi le petit monsieur et de l'énorme saut qu'il avait fait en arrière et qui eût mérité les louanges d'un saltimbanque, lorsqu'une voiture arrive par l'avenue Harigny ; il était à peine midi et cependant c'était Augustina : mais si l'exactitude est la politesse des rois, elle est toujours l'habitude des gens vraiment amoureux.

Dès qu'il a aperçu le fiacre, car c'est un modeste fiacre qui se dirige de son c6té, Dorcelle a sauté hors de son coupé, puis il attend, il guette; la voiture s'arrête à quarante pas delà sienne, une femme en descend, c'est elle, il n'en peut plus douter ; c'est la belle blonde, il a déjà recoimu sa taille élégante^ sa démarche, sa manière, enfin

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