‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 11 sur 16 · OU L'ON VEUT TOUJOURS EN VENIR · texte numérisé non relu

OU L'ON VEUT TOUJOURS EN VENIR

tout ce qu'on remarque dans la femme que l'on aime et qui fait qu*on la distingue toujours entre mille : elle ne s*est pas fait attendre et elle est seule^ Dorcelle est au comble de la félicité, il va courir au devant d'Augustina, mais celle-ci lui fait signe de ne point bouger et d*ailleurs elle marche si vite, si légèrement, qu'en quelques secondes elle est devant le coupé, puis dans Tintérieur de la voiture, alors Dorcelle est bien vite à côté d'elle, il a refermé la portière, le coupé part et déjà il la tient dans ses bras et la presse contre son cœur avant d'avoir échangé avec elle un seul mot , mais il y a des moments où les actions valent mieux que les paroles.

La charmante femme s'est laissé enlacer, embrasser sans chercher à se défendre, ce qui prouve que ce n'est point une coquette et qu'elle partage l'amour qu'elle inspire ; alors à quoi bon faire une résistance qui doit toujours être vaincue, n'est-ce pas plus charitable de se rendre tout de suite?

— Où me conduisez-vous, dit enfin Augustina, lorsque son amant lui permet de parler.

— Soyez sans crainte. Je vous mène dans un endroit bien retiré, bien isolé et qui bien certainement a été fait exprès pour des amoureux... d'ailleurs vous vous fiez à moi, j'espère?

— Vous le voyez bien... Ah! vous m avez tourné la tête... Vous m'avez fait oublier... ce dont j'aurais toujours dû me souvenir... Mais enfin... la faute est faite... Je me repentirai quand je serai seule, mais avec vous je veux être tout à mon amour!...

ou L'ON VEUT TOUJOURS EN VENIR 217

Le cocher a suivi les instructions qu'il a reçues, il arrête la voiture devant la petite porte d'un jardin qui tient à une jolie maison que l'on aperçoit un peu plus loin. Dorcelle fait descendre sa dame, puis il ouvre la petite porte du jardin, on entre dans une allée bien ombragée qui conduit jusque derrière la maison, on monte un escalier dérobé, on trouve une grosse sonnette que l'on agite, et une jeune fille, qui remplace les garçons traiteurs habituels, vous ouvre une jolie chambre, où rien ne manque pour quelqu'un qui voudrait y loger, puis vous quitte en vous disant de faire votre carte, annonçant qu'elle ne reviendra que lorsque vous sonnerez. On voit que tout cela est réglé, établi, ordonné pour contenter ceux qui veulent s'entourer de mystère.

Augustina était vêtue d'une espèce de peignoir en mousseline, sa toilette était fort simple, mais elle avait assez de charmes pour se passer de parure. Un joli bonnet de dentelle emprisonnait ses cheveux blonds, de grosses boucles s'en échappaient de chaque côté de son visage, mais le bonnet était posé fort en arriére de manière à ce que le front fût entièrement découvert. Dans la voiture, la jeune femme avait seulement sur sa tête un voile assez épais pour envelopper et sa coiffure et une partie de son visage.

Dans la chambre du restaurant où l'on est comme chez soi, Augustina a bien vite jeté de côté son voile. Dorcelle veut aussi la débarrasser de son petit bonnet, afin de pouvoir tout à son aise admirer ses beaux cheveux, mais la jeune femme l'arrête en lui disant :

iQ

Page 1