‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 9 sur 16 · OU L'ON VEUT TOUJOURS EN VENIR · texte numérisé non relu

OU L'ON VEUT TOUJOURS EN VENIR

soupire en regardant sa montre : toute une demi-heure à attendre et peut-être plus, car les dames ne sont pas toujours exactes. Le temps est un peu sombre et menace d'un orage, il y a peu de promeneurs, et Dorcelle, qui cherche des distractions en regardant par une portière, va se renfoncer dans sa voiture, lorsque deux couples, arrivant du côté de la place de la Concorde, se dirigent de son côté en doublant le pas. II n'a regardé qu'un moment, et dans les deux cavaliers il a déjà reconnu Polydore et Détraque. Ces messieurs ont chacun sous le bras des dames dont la toilette et la tournure sont extrêmement excentriques. Dorcelle s'empresse de baisser les stores de son coupé, puis enir'ouvrant à peine un rideau, il peut voir où le beau gandin et son inséparable veulent conduire leurs donzelles. Déjà les couples sont assez rapprochés pour qu'on entende leur conversation.

— Voyons, petit Détraque, dit une des dames, où est-il donc ton traiteur?... Est-ce que tu comptes nous faire trotter longtemps comme ça?... Pourquoi n'entrons-nous pas chez le Doyen, on y est très-bien?...

— Mesdames, soyez donc tranquilles, nous vouy menons dans un endroit délicieux et mystérieux... demandez plutôt à mon ami de Nanterre.

— Parbleu ! dit Polydore, ces dames doivent bien connaître l'endroit, à Madrid, dans le bois de Boulogne...

— Connais pas, et toi Élisa, connais-lu ce Madrid-là?..,

— S'il m'en souvient, il m'en souvient guère ! du reste je ne tiens pas au mystérieux, moi; je liens aux huîtres et auxécrevisses.,.

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— Vous en aurez, belles dames ; avec nous, les huîtres ne manquent j amais !

— As-tu fini, biribi ! . .,

— Mais est-ce encore loin votre Madrid?

— Pas mal.

— Alors vous ne comptez pas sans doute nous y faire aller à piedi

— Nous aurions déjà pris une voiture si nous en avions trouvé sur la place...

— Et c'est qu il faut nous dépêcher, il va faire de Torage... Tenez voilà ufle goutte d'eau qui vient de tomber sur le bout de mon nez...

— Ah ! mais pas de bêtises, messieurs : c'est que j*ai un chapeau tout neuf qui m'a coûté quarante-cinq francs... S'il est perdu il m'en faut un autre.

— Ahî quel bonheur! j'aperçois une voiture, dépêchons-nous, Élisa, que d'autres ne nous la volent pas sous le nez.

— Mais, mesdames, ce n'est qu'un coupé!...

— Coupé ou pas coupé, je m'en fiche pas mal! Arrivez donc, vieux Détraque.

— Mesdames, nous ne tiendrons jamais quatre là dedans...

— Laisse-nous donc tranquille, il y a toujours moyen de s'arranger, on se met les uns sur les autres. ..

— Ah ! au fait, comme ça, cela peut aller. . . c'est même un moyen qui doit rendre la roule fort agréable !

— Moi, mesdames, reprend Polydore, je vous répète

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