‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 4 sur 16 · MÉCHANCETÉS DE LA BARONNE · texte numérisé non relu

MÉCHANCETÉS DE LA BARONNE

— Eh! mon Dieu! ce n'est pas un mystère, je pense? quand on donne un soufflet à quelqu'un dans un endroit public, cela se sait tout de suite partout ; d*ailleurs, c'est le jeune Polydore de Nanlerre qui m'a dit cela, et il doit bien le savoir, puisqu'il a été un des témoins de votre duel.

— Quel infâme bavard que ce Polydore ! . . .

— Ah! vous ne vouliez pas que cela se sût!... je conçois ; c'est à cause de l'héroïne de l'affaire. . . une sauteuse ! une danseuse de chez Mabille... Ifais aussi comment un jeûne homme comme vous peut-il se faire le chevalier, le protecteur d'une femme comme celle-là? Mon cher ami, vous êtes impardonnable! Que l'on se batte pour une femme honnête qui trompe son mari. .. comme cela arrive tous les jours! à la bonne heure, c'est bien; c'est le devoir d'un amant... Quelquefois il tue le mari... c'est un malheur ! la femme se console bien vite... tout est pour le mieux. Hais aller exposer ses jours pour une de ces danseuses de cancan qui lèvent leur jambe à la hauteur de leur nez ! ... ah ! franchement, cela ne se comprend pas !.. .

Étourdi par ce flux de paroles que madame de Bréville débite avec ce plaisir qu'elle éprouve à dire des méchancetés et cette voix criarde qui se ferait entendre dans plusieurs pièces en même temps, Dorcelle ne sait que répondre; il est d'autant plus contrarié queh entendant parler d'un soulîlet, d un duel, tout le monde s'est approché, et Ton fait cercle autour de la baronne. Quant à la marquise, dès les premières paroles de madame de Bréville elle a tourné la tête de manière à ce que celte dame,

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ni Dorcelle, ne puissent voir sa figure, ni l'impression que lui cause ce qu*elle entend.

— Je suis surpris, madame, dit enfin Dorcelle en reprenant son assurance, que vous me fassiez un crime d'avoir pris la défense d'une personne de votre sexe!

— Mon sexe!... mon sexe!... ah! par exemple! est-^e que ces femmes-là sont de mon sexe?... des sauteuses, des bambocheuses... je vous remercie de me comparer à ces femmes-là!...

— Non, madame, je ne vous compare pas à la personne pour laquelle je me suis battu... et qui est de la plus grande beauté!...

— Ah çà, mais c'est presque une impertinence que vous me dites là, monsieur?... Voudriez-vous avoir un autre duel?...

— Je n'ai pas eu l'intention de vous offenser, madame; mais je serais charmé que vous voulussiez bien m'envoyer votre protégé, le jeune Polydore, qui vous a menti en disant qu'il avait été témoin de mon duel. . . Il est arrivé chez moi, à Paris, lorsque le combat avait déjà eu lieu à Saint- Mandé.

La baronne éclate de rire, puis reprend :

— Non, non, mon cher monsieur Dorcelle, je ne veux pas que vous vous battiez encore!... vous devez être fier de votre duel, cela doit vous suffire. Je vous accorde encore que cette femme est jolie, fort jolie; Polydore me Ta dit aussi. Elle se nomme Augustina, vous voyez que je suis bien renseignée, et on la surnomme la Belle-Blonde! mais si la beauté était tout le mérite d'une femme, où en

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serions-nous, grand Dieu! et quel monde serions-nous exposées à coudoyer dans nos salons! N*êtes-Y0us pas de mon avis, chère marquise? il faut autre chose à une femme que de la beauté pour trôner dans un salon... Elle est jolie! elle est belle!... Ces messieurs croient avoir tout dit quand ils ont ainsi fait le portrait de leur idole.;. Hais cela ne me suffit pas à moi ; je veux savoir si cette femme est bien née, si elle a été élevée convenablement, enfin si elle a un nom qui lui permet d'être admise dans la bonne compagnie et de s'asseoir près de nous... N'estce pas que j'ai raison, chère marquise?

La méchanceté, l'ironie éclataient dans les yeux de la baronne; il était facile de voir que c'était avec intention 'qu'elle s'adressait alors à la marquise. Hais celle-ci, comme une lionne qui vient de sentir enfin le plomb qui l'a blessée, relève fièrement la tête et, regardant avec fermeté madame de Bréville, lui répond, en accentuant ses paroles :

— En vérité, madame, je ne sais pas pourquoi vous vous adressez à moi pour être juge dans tout ceci. Vous devriez vous être aperçue depuis longtemps que nous n'avons pas la même manière de voir et de penser. Vous en voulez beaucoup aux femmes qui sont jolies!... je ne veux pas en rechercher la raison... mais je crois que vous aurez bien de la peine à les empêcher de plaire. Celles qui sont laides y parviendraient peut-être aussi si elles étaient aimables et bonnes; mais elles font tout le contraire. Vous blâmez H. Dorcelle parce qu'il a pris la défense d'une femme qui dansait à Habille; moi, je lui en fais compli-

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