G8 HÉGHANCETÉS DE LA BARONNE
je ressemblerais beaucoup à votre conquête, n'est-ce pas? Laissons là cette ressemblance qui n'existe que dans votre imagination, et répondez donc avec franchise à ce que je vous demande : aimez-vous véritablement cette femme? Dorcelle hésite un moment, puis tout à coup cédant, comme malgré lui, à ce qu'il éprouve, il répond :
— Eh bien, oui, madame, je Taime, je l'adore, j'en suis fou!...
— Eh ! allons donc, monsieur ; on a bien de la peine à vous arracher cela !...
La marquise a dit ces derniers mots comme si elle venait de remporter une victoire. Mais en ce moment son mari s'avance et prend le bras de Dorcelle, qu'il emmène dans une autre pièce, en lui disante l'oreille :
— Mon cher, je viens d'apprendre votre discussion avec la baronne ; j'espère que vous ne m'accusez pas de vous avoir trahi. Je n'avais soufflé mot à personne de ce que vous m'aviez confié ; mais il paraît que votre ami Polydore a été moins discret... C'est lui qui va colporter partout votre amour pour une femme galante et votre duel, dont il prétend avoir été l'un des témoins...
— Mon cher marquis, je ne vous ai pas soupçonné un seul moment. Polydore est une portière, et il enjolive son récit de mensonges, car il n'a pas été mon témoin. Au reste, si madame de Bréville s'est tant soit peu moquée de moi, madame votre épouse a pris ma défense, et je vous avoue que je tiens beaucoup plus à l'estime de madame la marquise qu'à celle de la baronne.
— Mon cher ami, quand les femmes nous attaquent