LA FORÊT OS SÉNÀBT
Quinze jours après leur fête champêtre , tous les Troussard quittèrent Draveil sans dire même adieu à leurs voisins. Le dernier tour exécuté par le gros Théophile Minot leur tenait encore au cœur ; d'ailleurs, le jeune fashionable était retourné à Paris, et peut-être madame Troussard jugea-t-elle nécessaire de l'y poursuivre avec Thérésinette , qui languissait, et ne chantait plus assez haut depuis que son élève l'avait abandonnée.
Caroline se félicitait de voir sa société diminuée; car moins elle voyait de monde, plus elle trouvait de temps pour courir à Champrozay embrasser son fils, qui venait parfaitement bien, parce qu'une nourrice a toujours grand soin d'un enfant que l'on vient voir souvent.
L'été touchait à sa fin, et le fils du major Daverny n'était pas revenu chez M. de Melleval ; le colonel s'en affligeait. Il avait été plusieurs fois à Paris, il s'était informé du fils de son ami, et personne n'avait pu lui donner aucun renseignement sur son compte. Caroline, au contraire, se félicitait de ne plus avoir
|t« L'N JEUNE HOMME
à redouter les visites de ce monsieur, car elle pensait que, piqué de l'accueil froid qu'elle lui avait fait, M. Charles Daverny n'avait point l'intention de se présenter de nouveau chez son père.
Mais, vers les premiers jours d'octobre, une voiture, en s'arrétant devant la maison du colonel, annonça une visite. Bientôt, en effet, la porte du salon s'ouvrit, et M. Daverny se IMrésenta devant Caroline et son père, qui se trouvaient alors dans le salon, ainsi que mademoiselle Ophélie et son oncle.
Caroline est restée toute saisie en reconnaissant le jeune homme qu'elle a vu une seule fois , mais à une époque qu'elle ne peut oublier ; quant au colonel, pendant que Charles Daverny fait un profond salut à la société, et avant qu'il ait pro^ nonce un mot, il le fixe, fait un mouvement de joie, et se lève en s'écriant :
— Votre nom, monsieur, votre nom, s'il vous plaît?...
— Charles Daverny, répond le jeune homme en faisant quel* ques pas vers le colonel.
— Oh! je vous avais deviné.. • reconnu, mon cher Daverny 1 vous êtes le fils de mon vieil ami.
Et en disant ces mots, M. de Melleval avait ouvert ses bras à celui qu'il avait vu enfant, et le pressait avec joie contre son cœur.
-^ Ah çà, mon cher ami, dit le colonel lorsque les premières effusions d'amitié furent calmées, pourriez- vous m'expliquer pourquoi vous avez tant tardé à revenir nous voir?... Comment! vous vous présentez ici... j'étais en voyage; mais ma fille vous reçoit, elle vous dit que je serai bientôt de retour, et vous ôtes six mois sans revenir!... Diable! vous mettez de l'intervalle entre vos visites! Et pourquoi donc ôtre tout ce temps sans reparaître?... Est-ce que ma Caroline vous aurait fait peur?... U me semble cependant qu'elle n'est pas bien ei* frayante.
*— Oh! mademoiselle n'est pas faite pour inspirer un tel sen* tiroent! répond Daverny en jetant sur Caroline un regard indécis et embarrassé; mais je vais vous apprendre ce qui m'a privé si longtemps du plaisir de vous voir. Depuis longtemps j'avais formé le projet d'aller visiter l'Angleterre et l'Ecosse; une occasion se présenta, et j'en profitai. Je ne comptais pas faire un aussi long séjour chez nos voisins d'outre-mer, mais
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letir pays me plut... l'Ecosse surtout. Je ne pouvais me lasser de parcourir ces contrées si bien dépeintes par Walter Scott : en retrouvant ces vieux châteaux, ces vallées, ces précipices dont j'avais lu dans ses romans d'exactes descriptions, il me semblait voir aussi tous les héros de ces ouvrages qui ont fait mes délices. Je me retrouvais avec Warverley^ Claver-Hause^ Guy Marmering; je voyais Bob-Boy descendre des montagnes à la tôte de son clan, je pénétrais dans la grotte de la vieille Meg Merillies; enfin je n'étais pas seul un instant, car le génie de Walter Scott avait rendu la vie au passé, et il vivifiait tout autour de moi. Voilà ce qui me fît prolonger mon séjour dans la patrie de l'illustre romancier; voilà pourquoi je ne me présente qu'aujourd'hui devant vous.
— Allons, mon ami, nous vous pardonnons en faveur de Walter Scott, Mais maintenant que nous vous possédons, ce sera pour quelque temps, j'espère! vous passerez l'automne avec nous... nous jouerons au billard, nous chasserons... Aimez-vous, la chasse?
— Oui, monsieur.
— Très-bien. Ohl alors nous ferons des excursions dans les environs... et puis... nous parlerons de votre père... de ce brave Davemyl... que j'aimais tant... Allons, c'est décidé, n'est-ce pas?... vous resterez avec nous un mois, deux mois... le plus que vous pourrez I
Daverny semblait hésiter à répondre. Il jetait sur mademoiselle de Melleval des regards furtifs; on aurait dit qu'il voulait, avant de promettre de rester, s'assurer si cela ne déplaisait point à Caroline ; mais celle-ci tenait ses yeux baissés, et ne les portait jamais sur le nouveau venu. Le jeune homme se décide alors à répondre au colonel :
' — Monsieur, je suis bien touché de l'accueil que vous me faites... et certainement ce sera pour moi un grand plaisir de passer quelque temps près de vous... si toutefois cela ne vous cause aucun dérangement.
— Allons donc, mon ami, vous plaisantez 1 s'écrie le colonel; du dérangement I... mais ma maison est grande, Dieu merci. Écoutez, Charles, car désormais vous me permettrez de vous appeler ainsi ; un ancien militaire ne connaît point les cérémonies ; vous êtes ici chez celui qui fut le meilleur ami de votre père, vous devez dès à présent vous y regarder comme dans votre
famille. Caroline, va dire à Marianne de disposer une chambre au second pour Charles ; et vou^ mon ami, venez avec moi visiter mon jardin, nous causerons de votre père.
Le colonel prend le bras du jeune homme et Temmène ; ma— demoiselle Ophélie fait un mouvement d'impatience en murmurant :
— Monsieur de Melleval est étonnant 1... dès qu'il arrive quelqu'un ici, il s'en empare... il ne laisse môme pas aux personnes le temps de nous regarder... Mon oncle, comment trouvez-vousce monsieur?. . . mon oncle. . . trouvez-vous qu'il s'exprime élégamment?... Pas un mott... Décidément, c'est comme si je parlais à un mur.
Caroline s'est empressée d'aller trouver Marianne, à laquelle elle dit d'un air presque effrayé :
— Il est arrivé, ma bonne l
— Je le sais, mademoiselle; je l'ai vu descendre de voiture, . et je l'ai reconnu sur-le-champ.
— Ah I si tu savais combien la présence de ce monsieur m'a fait mal!... Je me suis tout de suite rappelé ce que tu m'as dit... et puis mon père lui témoigne tant d'amitié I... Il l'a déjà engagé à rester avec nous bien longtemps, plusieurs mois peut-être... Ahl Marianne, il me semble que je le hais, cet homme!...
— Allons, mon enfant, il ne faut pas vous tourmenter d'avance... D'abord, il n'est pas dit que ce monsieur s'amusera beaucoup ici... qu'il voudra n'en plus bouger...
• — Oh I je tâcherai qu'il s'y ennuie, moi ; je te réponds que je ne ferai rien pour l'amuser...
— Prenez garde, mamzelle, il ne faudrait pas non plus fâcher votre père.
— Ohl je serai polie... mais voilà tout; on ne pourra pas me forcer à être aimable, peut^tre... D'ailleurs, je ne le suis jamais à présent I... Encore un étranger ici!... encore quelqu'un qui nous gênera pour aller voir mon fîlsl... mon fils, qui devient si beau !... qui me souritl... qui m'entend, qui me parlera bientôt!
— Nous irons tout de môme à Champrozay, mamzelle. Pardi! ce monsieur ne sera pas sans cesse derrière nous... Je pense qu'il n'est pas venu ici pour nous espionner.
— Oh l c'est égal... j'aurais bien préféré qu'il ne revînt pas 1...
CHARMANT. lit
Ah! Marianne I... si, lorsqu'il vint la première fois, il s'élait aperçu!...
— Allons, vous êtes folle, mon enfant... Songez donc que rien depuis ce temps n'ayant trahi votre position, cette idée-là n'a pu venir à personne... Ceux qui l'auraient eue, même en vous voyant alors, penseraient s'être trompés.
— Tu me rassures, Marianne, et cependant... je ne sais si cela vient du souvenir de cette épocjue, mais je n'ose pas regarder ce monsieur. Il a l'air méchant, n'est-ce pas, ma bonne?
— Méchant!... dame... je ne sais pas trop... mais il a l'air sévère... 11 ne doit pas être gai, ce jeune homme-là I C'est égal, je vas toujours préparer sa chambre.
Caroline ne retourne au salon que le plus tard possible ; elle redoute de se trouver avec M. Daverny ; mais celui-ci, qui est allé faire une longue promenade avec le colonel, ne revient avec son hôte qu'au moment du dîner. A table, M. de Melleval fait placer Charles à côté de sa fille, et cet arrangement fait encore tressaillir Caroline, qui craint d'avoir à subir les soins empressés et la conversation de son voisin. Mais elle ne tarde pas à se rassurer; M. Daverny parle fort peu, et n'a près d'elle que les politesses d'usage dans la bonne société. Si quelquefois le regard du nouvel hôte du colonel se porte sur Caroline, il s'empresse de détourner la tête lorsqu'il croit que la jeune fille va lever les yeux de son côté. Enfin, écoulant les discours de mademoiselle Ophélie, qui est aussi près de lui, et qui est enchantée de trouver quelqu'un à qui elle puisse parler de Rome et de l'Italie, Charles Daverny est pour Caroline un voisin fort commode, car il semble craindre de lui parler presque autant qu'elle a peur de l'entendre.
Les soirs, le colonel joue au billard avec Charles et M. Dugrandet, et lorsque le vieux banquier n'est pas venu, M. de Melleval, qui aime beaucoup le jeu d'échecs, et qui a trouvé dans son nouvel hôte un digne adversaire, se place avec lui devant un échiquier, et n'en bouge plus de la soirée.
Caroline rend grâce au jeu d'échecs, tandis que mademoiselle Ophélie répète : — Il paraît que c'est pour lui seul que M. de Melleval désire garder ce monsieur icil... Je ne comprends pas comment un homme un peu galant joue aux échecs. . A la vérité, M. Daverny ne me semble pas encore être bien empressé près des dames!... Il parle très-peu... je le crois assez
ItO UN JBUNB fiOMMC
instruit... mais pour aimable, j'en doute fortl... Il a Tair trop réfléchi pour un jeune homme!... Il n'y a pas d'abandon... de désinvolture dans ses manières... 11 n'y a pas de poésie dans cet homoie-là !
— Vous préféreriez M. Théophile Minot? dit Caroline en souriant.
^ Aht ma chère amie! ne me parlez pas de cet étre-là, ou TOUS allez me donner dé& nausées ! Et ces Troussard qui sont partis au milieu de l'été pour courir après lui 1.. . n'est-ce pas trop drôle ! Certainement, il n'épousera jamais la grosse Thérèse.
— Pourquoi donc pas, s'il l'aime?
— Ah I au fait, il est assez stupide pour cela.
Pendant les premiers jours qui suivent l'arrivée de Charles Daverny chez le colonel, Caroline a été plus triste, plus sérieuse que de coutume; mais petit à petit elle s'habitue à la présence de son nouvel hôte, et comme il ne semble pas rechercher la sienne, comme il n'est jamais sur ses pas, et ne lui parle que comme à tout le monde, sans essayer de lier avec elle des conversations particulières, la fille du colonel pense que ses inquiétudes étaient mal fondées, car M. Daverny ne parait pas songer à lui faire la cour.
Cependant, lorsqu'on habite ensemble à la campagne, il y a mille occasions de se trouver en téte-à-téte même avec quelqu'un qu'on ne cherche pas. Ainsi plus d'une fois, en entrant dans le salon, Charles n'y trouve que Caroline occupée à travailler. Alors il semble aussi embarrassé que mademoiselle de Melleval, et après avoir fait quelques tours dans l'appartement, il ne man-^ que pas de trouver un prétexte pour sortir. Si c'est dans le jardin que Charles rencontre Caroline, aussitôt qu'il l'aperçoit de loin, il s'arrête, et après l'avoir considérée quelques moments sans qu'elle le voie, il prend une autre allée, comme s'il craignait de la contrarier dans sa promenade.
Caroline s'apercevait quelquefois de la singulière façon dont M. Daverny agissait avec elle, et elle se disait : — Oh ! tant mieux ! c'est que je ne lui plais pas!... et j'en suis bien contente!... Quelle différence de ce jeune homme-là avec Arthur!... Arthur est si bien!... il a une si jolie tournure, tant de grâces dans ses manières... tant d'assurance dans tout ce qu'il entreprend!... Il est si gai, si aimable!... Celui-ci... je ne sais pas trop comment est sa fig«re, je ne le regarde jamais, mais je vois bien qu'il n'a
CHARMANÏ. ai
pas Tair aimable... qu*il ne dit presque rieD... qu'il est sérieux... triste même; enfin qu'il n'a rien pour plaire I Mais Arthur !.•• qu'est- il donc devenu?...
C'est près de son ûls que Caroline allait chercher des distractions à ses peines, et toutes les fois que M. de Melleval allait à la chasse avec Charles Daverny, elle se rendait avec Marianne chez la nourrice du petit Paul.
Après un séjour de six semaines chez le colonel, M. Daverny annonça qu'il était obligé de retourner à Paris, où il avait à régler des affaires d'intérêt.
— Allez, dit M. de Melleval à Charles, mais songez, mon amii qa'ici vous serez toujours le bienvenu, que je vous attends avec impatience, que je me suis habitué à votre compagnie, et queje suis maintenant d'un âge où le bonheur ne se compose plus que d'habitudes.
— Je reviendrai vous voir cet hiver, dit Charles, car je senis bien ingrat si je n'étais pas sensible à tout l'intérêt que vous me témoignez.
En disant ces mots, le jeune homme fit un profond salut à Caroline, et il allait la quitter ainsi, lorsque le colonel lui dit :
— Eh bien!... vous n'embrassez pas ma fille?... Est-ce ainsi qu'on se dit adieu avec ses vrais amis?
Charles revient près de Caroline; il était pâle, et semblait trembler en s'approchant d'elle. Enfin ses lèvres effleurèrent les joues de la jeune fille, et il partit ensuite brusquement!
— Singulier garçon ! dit M. de Melleval en souriant; près des dames il est timide comme une jeune fille! Au reste, dans ce siècle-ci, où le contraire est poussé à l'excès, le respect pour les dames est devenu une qualité rare ; Charles ne ressemble pas aux jeunes gens du jour.
Puis le colonel se tourna vers sa fille, et lui dit :
— Ah çà, tu connais le fils du major maintenant; eh bien veux-tu me dire comment tu le trouves à présent?
— Mon Dieul mon père... je le trouve.., comme la première
fois que je l'ai vu...
— Ce jour-là tu m'as dit que tu ne l'avais pas regardé*
— S'il vous plait, mon père... c'est tout ce qu'il faut*
— Est-ce qu'il ne te plaît pas, à toi?
— Moi... mon père?... mais tous vos amis me plaisent*
I3t UN JBUNB HOIIMK
Le colonel fit encore un mouvement d'impatience, et s'éloigna de Caroline, qui se dit :
— Marianne avait-elle raison ?
L'hiver était venu, et alors il n'était pas aussi facile de se rendre à Champrozay, car M. de Melleval sortait peu, et lorsque sa fille parlait de faire une promenade avec sa bonne, il s'écriait :
— Il fait trop froid, je ne veux pas que tu sortes 1... pour t'enrhumer et retomber malade comme l'hiver dernier! Non, non... reste avec moi., ou cours dans le jardin, c'est bien assez.
11 fallait obéir à son père^ et rester quelquefois plus de quinze jours sans embrasser son fils; mais alors on trouvait des prétextes pour donner des commissions à Marianne, et la bonne fille, malgré la neige ou la glace, courait chez la nourrice ; elle voyait l'enfant, l'embrassait, et revenait dire à sa mère :
— Il se porte bien l il est de plus en plus gentil, il pousse comme un champignon! Patience... le printemps reviendra, et vous pourrez aller souvent l'embrasser I
Caroline versait des larmes, maudissait la longueur de rhiver, et murmurait :
— Quand donc pourrai-je garder mon fils près de moi?».. Marianne, tu m'as dit que lorsqu'il serait grand, tu trouverais un moyen pour l'introduire dans cette maison?
— Oui, sans doute; mais l'enfant n'est pas encore assez grand pour cela... Est-ce qu'on peut présenter au colonel un marmot qui n'a pas encore un an?... Quand il en aura deux... qull marchera bien, nous verrons, nous chercherons.
— Ah ! que de temps encore à passer I répondait la jeune mère en portant ses regards vers le côté de la campagne où était son fils.
Le vieux magistrat et sa nièce étaient retournés à Pans, quoique pour M. de Vieussec tous les séjours fussent égaux, pourvu qu'il eût une bonne table, un bon lit et un bon feu ; mais Ophélie s'ennuyait à la campagne, elle s'ennuyait aussi à Paris, elle aurait voulu retourner à Rome, en Italie, n'importe où! Il lui fallait du mouvement, du changement, peut-être même du bouleversement. Car ces gens qui ne sont heureux nulle part, et qui veulent toujours ce qu'ils n'ont pas, accepteraient des révolutions pour avoir des émotions, et des tremblements de terre par curiosité.
Pendant l'hiver, Charies Daverny vint trois fois chez le co-
CHARMANT. ItS
lonel; chaque fois sou séjour fut d'une semaine, et ses causeries avec Caroline furent toujours aussi polies» mais aussi froides et aussi réservées.
Enfin, les arbres recouvrèrent leur feuillage, la campagne redevint gaie, riante, animée; alors Caroline put sortir de grand matin avec sa bonne, et, sous prétexte de faire une petite promenade dans les environs, se rendre dans le village où l'on élevait son enfant. Le petit Paul avait un peu plus d'un an; il n'était point gros, joufilu et rouge comme la plupart des enfants de paysans; il était mignon et délicat comme sa mère ; mais du reste son teint rose et la vivacité de ses yeux annonçaient une bonne santé.
— Il ne sera pas fort, ce cher petit ! disait Caroline en contemplant son fils.
— £h 1 mon Dieu I mamzelle, répondait Marianne, ce ne sont pas les plus gros qui viennent le mieux... ceux-ci, au contraire, ne sont presque jamais malades. On n'a pas besoin d'être un Turc pour se bien porter.
L'enfant commençait à balbutier quelques mots.
— Lorsqu'il parlera, disait Caroline, je lui apprendrai a me dire maman...
— Gardez-vous-en bien, répondit Marianne; vous feriez là nne belle chose! et puis si nous trouvons un prétexte pour faire venir ce cher enfant chez votre père , il aurait l'habitude de vous appeler sa mère , et il vous nommerait comme c^ devant le monde!... Oh, non! il ne faut pas faire d'imprudence.
Caroline gardait le silence ; mais en elle-même elle se disait : — Il faut pourtant que j'entende une fois mon fils m'appeler sa maman... Je ne serai heureuse que lorsqu'il m'aura nommée ainsi.
L'été n'a point ramené Ophélie et son oncle à la campagne du colonel. La nièce de M. de Yieussec a fait accroire au vieux magistrat qu'il y avait dans les Pyrénées une source d'eau chaude qui rendait la vue, l'ouïe, et empêchait de tousser, et ronde d' Ophélie s'est laissé emmener vers cette source merveilleuse que sa nièce a résolu de chercher partout, alors même qu'elle aurait la certitude de ne la trouver nulle part.
La famille Troussard ne revient pas non plus habiter sa maison de campagne; mais vers le commencement de l'été
tous les notables de Draveil reçoivent une lettre de faire part du mariage de mademoiselle Thérèse Troussard avec M. Théophile Minot.
En recevant cette lettre et en la communiquant à sa fille , M. de Melleval lui dit d'un air presque chagrin :
— Tu le vois, Caroline, toutes les demoiselles se marient... car, enfin, il faut bien finir par là... et toi... toi seule, lorsque je te parle de mariage, tu boudes... tu pleures... ou tu ne veux pas m' écouter...
Caroline tâche de prendre nn air indifférent, en répondant :
— Mais, mon père... si je me trouve heureuse comme je suis, pourquoi changer de situation?... Et d'ailleurs... qui vous dit que personne voudrait de moi?...
— Qu'à cela ne tienne, ma chère amie ; je sais quelqu'un qui t'aime... qui t'adore... qui sera fière d'être ton mari...
— Qui donc, mon père?
— Charles Daverny.
— M. Daverny I Ohl vous vous trompez, j'en suis sAre... M. Charles ne pense pas à moi... jamais il ne m'a dit un mot... une parole qui puisse me faire croire...
— Parce que tu le traites toi-même si froidement, tu lui témoignes si peu d'amitié, que cela n'a pas dû l'encourager.
— Est- ce que ce monsieur s'est plaint de ma manière d'être avec lui?
— Non , ma fille , Charles est incapable de se plaindre de vous ; il ne m'a pas même dit qu'il vous aimait, et cependant j'en ai la certitude ; car, une seule fois, lui ayant demandé s'il voudrait être mon fils, il a pris ma main, l'a serrée avec force dans les siennes, et m'a seulement répondu : — Ce serait pour moi un grand bonheur... mais il faudrait d'abord que cela fit celui de votre fille. Voilà tout ce que Charles m'a dit, et c'est assez pour moi , qui le connais , qui l'apprécie, pour être certain qu'il vous aime et qu'il désire être votre époux. Mais à vous autres jeunes filles, il faut des jeunes gens galants, sémillants ou romanesques I Quand ils ne vous ont pas débité mille extravagances ôur leurs prétendus sentiments, quand ils ne vous ont pas dit qu'ils se tueraient si vous ne partagiez leur ardente passion, vous ne croyez pas être aimées, pauvres folles que vous êtesl... Les personnes qui aiment le mieux sont presque toujours celles qui le disent le moins ; il en est de l'amour
comme du coarage : les hommes qui se vantent beaucoup ne sont pas ceux qui en ont le plus.
Caroline ne répond rien, mais elle pleure, car jamais son père ne lui avait parlé aussi positivement de ses desseins sur elle. En voyant sa fille verser des larmes , le colonel ne peut plas conserver un ton sévère, il Tentoure de ses bras, et l'embrasse en lui disant :
— Eh bieni voilà que tu pleures à présent!... Ehl mon Dieu !... ne vas-tu pas te faire du chagrin, tè rendre malade, parce que je te parle de te marier?... Tu sais bien.que je ne te forcerai jamais à faire ce qui te déplairait... que je ne veux point te faire de peine... Allons... ne pleure plus... peut-être que toi-même... plus tard... tu rendras justice à Charles... Je veax que tu sois heureuse... mais je ne veux pas que tu pleures.
Caroline embrasse son père en le remerciant de sa bonté ; mais dès cet instant il lui semble qu'elle redoute encore davantage la présence de Daverny, et qu'elle doit haïr quelqu'un qui songe à Fépouser. Puis elle va rapporter à sa confidente sa conversation avec le colonel, et Marianne s'écrie :
— Vous voyez que je ne m'étais pas trompée... M. Daverny est amoureux de vous...
^ Amoureux de moi? mais ce n'est pas possible, ma bonne : ce monsieur me parle à peine, ne me regarde jamais, semble me fuir même.... car, lorsqu'il me voit dans une allée du jardin, il ne manque pas d'en prendre une autre. •• Est-ce que c'est ainsi qu'on se conduit quand on aime quelqu'un ?
— Apparemment que c'est sa manière de faire sa cour, à ce monsieur... elle est drôle quoique ça 1
— Non, il ne m'aime pas ! Mais peut-être son père désirait^il ce mariage, le mien lui aura aussi fait entendre qu'il serait content de le nommer son ûls, et M. Daverny... par politesse peut-être, aura répondu qu'il en serait bien aisel... et voilà comment on nous unirait.
— Se marier par politesse !... ce serait bien froid I
— Oh ! tu sais bien, Marianne, que cela ne sera jamais !..• &'ai-je pas mon fils... mon cher Paul?... Eh bien I s'il le faut... je me jetterai aux pieds de mon père en lui avouant ma faute.
*- Oh 1 mademoiselle... il ne faut en venir là que s'il n'y avait plus d'autre moyen.
'^ En attendant, je sens que la vue de M. Charles me sera
iSft UN JEUNE HOMME
encore plus insupportable .. A présent que je sais qu'il a parle de m'épouser, je n'oserai plus rester près de lui.
— Il ne faut, pas avoir l'air de rien savoir ; et puisqu'il ne vous souffle pas mot de son amour, vous n'aurez rien à lui répondre.
— Et je crois qu'il va bientôt venir... mon père l'attend... Et maintenant que nous n'avons plus ici ni Ophélie ni son oncle... que les Troussard n'habitent plus Draveil... que notre société se borne à M. et madame Dugrandet, qui ne viennent pas nous voir tous les jours , comment ferai-je pour ne point me trouver souvent seule avec ce monsieur ?
— Puisque vous dites qu'il vous fuit, et que de votre côté vous ne le cherchez pas, il est probable que vous ne vous rencontrerez guère.
•— Ah! c'est égal, ma bonne, je prévois que cet été je vais être bien malheureuse I
Charles Daverny ne tarde pas en effet à revenir s'installer chez M. de Melleval ; mais sa conduite avec Caroline est toujours la même. Si quelquefois il entre dans le salon lorsque la fille du colonel y est seule, s'il prend une chaise et se place non loin d'elle, Caroline ne manque pas de trouver un prétexte pour quitter l'appartement. Alors Charles la regarde tristement s'éloigner, ses regards ne se détournent pas d'elle tant qu'il peut l'apercevoir, mais il ne la suit point, et pendant le reste de la journée évite avec soin de la rencontrer.
Daverny avait plus d'une fois remarqué l'embarras de Caroline lorsque le colonel, s'apercevant de la longueur de ses sorties du matin, lui demandait de quel côté elle avait porté ses pas; il s'était aperçu que mademoiselle de Melleval préférait aller seule avec Marianne, à toutes les parties de promenade que son père lui proposait. Loin de chercher à être le cavalier de Caroline et à l'accompagner dans les environs, Charles avait toujours soin d'emmener de bonne heure le colonel , ou de le retenir par une partie d'échecs, lorsque celui-ci aurait pu remarquer l'absence de sa fille.
Vers le milieu de l'été, M. Troussard vint à Draveil ; mais il était seul ; on sut bientôt dans le pays qu'il n'était venu que pour mettre sa maison de campagne en vente ; c'est ce qu'il dit lui-même au colonel en allant lui faire visite et lui demander à dîner, un jour que celui-ci traitait M. et madame Dugrandet.
— Eh quoi 1 vous vendez cette maison que vous aimiez tant ? dit M. de Melleval à M. Troussard.
— Oui... nous la vendons, parce que mon gendre Minot n'aime pas la campagne*., surtout celle-ci! il a positivement déclaré qu'il n'y remettrait pas les pieds. Alors ma femme a dit : Si nos enfants ne viennent pas à notre campagne, moi, je m'y ennuierai, je ne veux plus y aller... vendons-la...
— Je voudrais bien savoir d'où vient l'antipathie de votre gendre pour ce pays? dit madame Dugrandet en regardant M. Troussard d'un air malin. L'ancien commerçant répond avec bonhomie :
— Je ne la comprends pas... mais quand on parle de Draveil à mon gendre Minot, il devient de mauvaise humeur et fait une singulière figure.
— Monsieur votre gendre a-t-il toujours son chien Castor qui rapportait si bien ? reprend madame Dugrandet en souriant.
— Non, il s'en est défait... il l'a donné, je crois... je ne sais pas pourquoi, car c'était un animal rempli de qualités.
— Et qui faisait de bien jolis tours avec son maître.
M. Troussard , qui a peu de mémoire , n'a pas compris la plaisanterie. 11 prend congé de ses anciens voisins de Draveil en les invitant à venir le voir à Paris; puis, craignant sans doute qu'on ne profite de son invitation pour arriver chez lui et y demander à diner, il revient sur ses pas dire à la société :
— Si vous venez à Paris nous Voir... que ce soit de bonne heure, parce que nous n'y sommes jamais dans la journée... nous dînons chez mon gendre... Nous ne tenons pas de maison... ma femme aime mieux cela... et moi aussi...
Le colonel sourit de la recommandation, tandis que madame Dugrandet s'écrie : — Il peut être tranquille, ce monsieur, nous n'irons pas le voir à Paris, c'était déjà beaucoup de le supporter à la campagne.
L'éti se passe sans amener aucun changement dans la situalion de Caroline. Charles Daverny était fort souvent à Draveil, mais il n'avait pas dit un mot à mademoiselle de Melleval touchant son amour ou son désir de l'épouser. Le colonel n'avait pas non plus reparlé à sa fille de cet hymen, il craignait do contrarier Caroline; il espérait que Thabitude de voir Charles et de vivre près de lui ferait naître entre les deux jeunes gens une intimité qui ressemblerait à de l'amour.
L'hiver revint avec ses jours tristes, courts et froids. Caroline dut encore se priver souvent du bonheur qu'elle allait goû* ter à Ghamprozay. Mais la santé du colonel devenait chancelante; sans être malade, il sortait peu; des blessures reçues au champ d'honneur le faisaient souffrir, et son plus grand plaisir était d'avoir sa fille près de lui. Celle-ci faisait céder ramour maternel à l'amour filial; d'ailleurs Marianne lui avait dit : — Voilà le petit Paul qui devient grand, qui marche seul; Télé prochain je chercherai une histoire... j'arrangerai les choses de manière à présenter Tenfant chez votre père comme le fils d'une de mes parentes morte sans fortune... On trouvera tout simple que j'en prenne soin... et M.-de Melleval me permettra de le garder chez lui. Alors vous le verrez tous les jours , à toute heure, vous jouerez avec lui tant que vous voudrez... on trouvera cela tout naturel ; mais il ne faut pas lui dire de vous appeler maman, car alors ça dérangerait toute mon histoire.
Caroline se taisait, mais le désir de s'entendre appeler de ce nom si doux à l'oreille d'une mère était plus fort que les raisonnements de Marianne; et tout en s' occupant en secret de faire des vêtements pour son fils, elle se disait : — Je tâcherai cet été d'aller une fois seule à Champrozay... et pendant que &Iarianne ne sera pas là, j'apprendrai à mon fils à m'appeler sa mère... mais je lui recommanderai bien de ne m'appeler ainsi que quand il sera seul avec moi. Mon fils a beaucoup d'esprit, il est très-obéissant, il fera tout ce que je lui dirai.
Ce temps si désiré par Caroline arrive enfin ; la santé du colonel, qui est meilleure dans les beaux jours, permet à la jeune fille de faire de fréquentes excursions vers le village où l'on élève le petit Paul ; mais Marianne veut toujours accompagner sa jeune maîtresse; car elle redoute sans cesse quelque imprudence de la part de Caroline, dont l'amour maternel semble augmenter encore chaque jour.
On est au mois de juillet, Marianne se rend à Paris. M. de Melleval l'a chargée de diverses commissions qui doivent l'y retenir deux jours, et à son retour il est convenu qu'elle parlera de l'enfant, qu'elle annoncera être le fils d'une de ses parentes.
Charles Daverny est arrivé depuis quelques jours chez M, de Melleval ; et comme il tient assidûment compagnie au colonel, Caroline veut en profiter pour aller embrasser son fils, pour Iç
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voir à son aise, sans que Marianne soit derrière elle à lui recommander la prudence. Le temps est magnifique, l'air doux, le ciel pur, Caroline sort après le déjeuner, et, enveloppée d'un ehâle léger, la tête couverte d'un grand chapeau de paille noué sous le menton par un simple ruban, la fille du colonel prend sa course vers Champrozay. Légère comme la biche, leste comme le chamois, son pied effleure à peine le gazon; il semble qu'elle vole au lieu de marcher ; car le plaisir donne des ailes, et Caroline n'avait jamais été aussi heureuse qu'en ce mo* ment.
En moins d'une heure, elle arrive au village chez la nourrice de son fils. Aux caresses que Caroline prodiguait au petit Paul, la paysanne devait depuis longtemps avoir deviné le secret de la naissance de l'enfant ; mais elle feignait de ne rien savoir, et on la payait trop bien pour qu'elle ne fût pas discrète et satis-^ faite d'avoir servi de nourrice à l'enfant.
Caroline trouve son fils jouant avec ses frères de lait, et tout fier de porter depuis quelques jours les vêtements de son sexe, elle prend son fils par la main, et, pour être seule avec lui, sort de chez la nourrice en se dirigeant du côté de la forêt qui n*est pas éloignée du village.
Caroline ne peut se lasser d'admirer son fils, qui lui semble encore plus gentil dans son petit matelot de garçon. Le petit Paul souriait à sa mère, qu'il connaissait déjà si bien et qu'il appelait sa bonne amie. Il lui quittait quelquefois la main pour courir devant elle et cueillir une fleur qu'il revenait lui montrer, ce qui lui valait toujours une nouvelle caresse.
Caroline entre avec son fils dans la forêt. La chaleur du jour faisait rechercher un ombrage épais. Arrivée au bord d'un sentier où le soleil ne pénètre pas, la jeune mère s'asseoit sur le gazon, prend son fils sur ses genoux, et lui dit :
— Ici, nous sommes seuls... le monde ne peut nous entendre... Écoute-moi, cher enfant, si tu m'aimes bien, il faut ra'appeler maman... car... je suis ta mère, moi!... Ils ne veulent pas que je le dise... mais je veux que tu le saches... Tu es mon filsl... mon fils, entends-tu?.,. A présent, dis-moi : Maman! chère maman!...
L'enfant regarde Caroline, et lui sourit en répondant : -^ Oui, ma bonne amie.
«* Mai3 ce n'est pas cela.., c'est maman qu'il fout dire... car
cela me rendra bien heureuse d'entendre ce nom sortir de ta. bouche!... Mon cher fils... tu es tout ce qui me reste... ton père m'a abandonnée... pour toujours peut-être!... mais, toi, tu me tiendras lieu de tout... Voyons, dis-moi : Maman, je t'aime bien...
Le petit Paul tend sa joue à sa mère en répondant : — Oui, ma bonne amie, je t'aime bien 1...
— Mon Dieu!... tu ne m'entends donc pas?... Il ne faut pas dire : Ma bonne amie !... il faut dire : Maman... Voyons, répète avec moi : Maman...
-^ Ma*man...
— Oh! c'est bien cela!... redis encore...
^ Maman...
— Oh! que je suis heureuse!... Dis encore : Maman... je t'aime bien!...
Le petit Paul répète la phrase que sa mère vient de hii apprendre, et celle-ci, transportée de joie, serre son fils contre son cœur et le couvre de baisers. Mais en ce moment une voix se fait entendre dans la forêt ; c'est celle de M. de Melleval, qui appelle Charles Daverny. Caroline, en reconnaissant la voix de son père, est demeurée comme frappée par la foudre ; bientôt ces mots arrivent à son oreille :
— Venez par ici, Charles, ce sentier nous conduira au village de Champrozay, et nous y rencontrerons peut-être ma fille.
Ces paroles bouleversent Caroline. Si son père va à Champrozay, elle se persuade qu'il verra la nourrice de son enfant, qu'il découvrira que depuis deux ans c'est là qu'elle se rend en secret; enfin elle voit déjà sa faute connue et son père la maudissant. Mais pour éviter ce malheur, si son père la rencontrait maintenant, il n'irait sans doute pas plus loin, et retournerait à Draveil. Ne sachant plus ce qu'elle doit faire, la tête perdue, et frémissant de crainte que son père ne paraisse tout à coup devant elle, Caroline assied son enfant au pied de l'arbre en lui disant :
— Reste là, cher petit... ne bouge pas... je reviendrai bientôt... je trouverai mille prétextes... Tiens, garde ce mouchoir... je reviendrai en disant que je l'ai perdu... Mais si mon père te voyait en ce moment, mon trouble lui apprendrait tout... Je vais l'éloigner.., reste là,., reste là! •••
Caroline dépose un baiser sur le front de Tenfant, et s'élance du côté où elle a entendu venir le colonel.
Le petit garçon reste un moment assis au pied de l'arbre ; mais, habitué à jouer, à courir, à gambader, il se lève bientôt pour aller cueillir une fleur qui lui semble jolie, un peu plus loin il en voit une autre qui lui plaît aussi, puis encore une autre dont les couleurs sont plus belles. Il les réunit, il veut faire un bouquet ; mais, tout en courant de fleur en fleur, il ne s'aperçoit pas qu'il s'éloigne de l'endroit où Tavait laissé sa mère. Enfin, lorsque, fatigué de courir, l'enfant relève la tête et regarde autour de lui, il voit bien de tous côtés de grands arbres, mais il n'aperçoit plus le tertre de verdure sur lequel on l'avait placé.
Un sentiment de crainte commence à s'emparer de l'enfant ; car plus il marche, et plus la forêt devient épaisse et sombre. Il porte de tous côtés ses yeux, dans lesquels brillent déjà des larmes, en s' écriant :
— Maman!... maman I .. je t'aime bien!...
Personne ne répond à la voix du petit Paul ; il croit entendre marcher loin de lui, il se remet à courir, mais il s'est trompé, il ne rencontre personne. Las de marcher, il s'assied au pied d'un arbre, et là, le cœur gros, la voix tremblante, balbutie de nouveau :
— Maman... je t'aime bien... viens donc... ma bonne amie !... Tu vois bien que je dis maman I...
Mais le silence le plus profond continuait de régner dans la forêt. L'eufant se remet à marcher au hasard ; bientôt la fatigue, puis l'appétit se font sentir, et les sentiers de la forêt deviennent plus sombres, car le jour commençait à baisser. Alors le petit Paul s'assied de nouveau au pied d'un arbre : il pleure, il appelle ; mais bientôt la fatigue qu'il éprouve amène le sommeil, et ses yeux se ferment, pendant que sa bouche balbutie encore :
— Maman... je t*aime bienl
ut UN JEUNE HOUUB