‹ ŒuvresChapitre 23 sur 26 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

ou l'on revoit madàms passelacbt.

Marianne était fort inquiète de sa maîtresse, qui n'avait pas l'habitude d'élre si longtemps absente. En revoyant Caroline, elle devine, à l'expression de ses traits, qu'il lui est arrivé quelque événement ; elle va l'accabler de questions. Caroline ne lui eiK laisse pas le temps, elle lui fait le récit de sa rencontre au bois de Yincennes, de sa conversation, de sa longue promenade avec son mari ; elle s'appesantit avec complaisance sur les moindres détails, et Marianne ouvre de grands yeux en entendant sa maîtresse s'écrier :

— Ah! si tu savais comme Daverny est aimable... comme il a été complaisant pour moi... et... combien le temps a passé vite lorsque nous étions ensemble!...

— Ah! bah! vraiment! dit Marianne, comment!... votre mari est aimable... c'est singulier... et vous avez été près de six ans avec lui sans vous en apercevoir?...

— C'est qu'alors... j'étais avei^glée... prévenue... c'est qu'un souvenir remplissait mon âme et ne laissait point de places pour tout ce qui ne flattait pas mon unique pensée... Ahl Marianne, je le sens maintenant, on est bieu déraisonnable, bien injuste, quand on ne veut pas écouter son père... Tout le bien qu'il m'avait dit de Charles... de M. Daverny... tout cela était vrai... Il est bon... sensible... généreux... et puis... je ne sais pas comment je l'avais vu jusqu'à présent... ou plutôt je crois que je ne l'avais pas encore bien regardé... Moi, qui le croyais laid... qui me figurais qu'il avait l'air dur... désagréable! Mais, c'est qu'il est fort bien au contraire!... une figure distinguée, sérieuse, mais douce... et de beaux yeux... Ah! de bien beaux yeux... et un son de voix si agréable I...

S6t UN JEUNE HOMME

— Mon Dieu, madame, comme c*est dommage que vous ne vous soyez pas aperçue plus tôt de tout cela !

Caroline baisse les yeux en poussant un profond soupir et en murmurant :

— Ah ! pour me consoler, c'est maintenant surtout que j'aurais besoin d'embrasser mon fils I

Cependant, le temps s'ëcoule. Arthur vient souvent chez Caroline pour se faire donner des bons sur son banquier ; mais il se borne à dire à la pauvre mère que son fils se porte bien, qu'il profite de l'éducation qu'on lui donne ; et lorsqu'elle demande avec instance à le voir, à l'embrasser, elle ne reçoit pour toute réponse que de vagues promesses ou ces mots :

— Plus tard... il n'est pas encore temps.

Caroline, dont le cœur est vivement ulcéré, et qui ressent maintenant pour Arthur autant de mépris que jadis elle éprouvait d'amour, est quelquefois tentée de lui refuser cet argent qu'il dissipe comme sa propre fortune; mais le souvenir de son enfant, la crainte d'en être privée pour toujours, changent bien vite sa résolution, et la jeune femme laisse celui qui fut son séducteur consommer sa ruine, se préparant d'avance à toutes les privations, résignée s'il le faut à souffrir la misère, et regardant tous ces malheurs comme une juste punition de sa première faute.

Marianne ne sait pas encore ce que chaque visite d'Arthur coûte à sa maîtresse; mais comme Caroline semble toujours plus triste, plus abattue, après que M. Gervillier est venu lui parler, la bonne fille ne le voit plus arriver qu'en tremblant, et ce n'est que par respect pour madame Daverny qu'elle consent à obéir à cet homme, qui lui parle toujours d'un ton impérieux, affecte d'agir chez Caroline comme s'il était chez lui, s'y fait servir en maître, et s'y présente quelquefois pris de vin, sale, et dans une tenue qui semble accuser son désordre et sa mauvaise conduite.

Trois mois se sont passés depuis que Caroline a rencontré son mari dans le bois de Yincennes ; depuis ce temps elle n'a pas entendu parler de Daverny, et ne Ta point aperçu une seule fois, quoiqu'elle soit retournée exprès se promener à l'endroit où elle s'est assise avec lui, quoique cette campagne soit devenue le but de toutes ses promenades*

Souvent, en revenant de Yincennes, la jeune femme a les

yeux rouges et gonfles par les pleurs qu'elle a versés ; et lorsque Marianne demande à sa maîtresse si elle a rencontré son mari, Caroline répond en poussant un profond soupir :

— Non ].»» il ne vient plus se promener par là... Cependant, il doit bien deviner qu'il m'y rencontrerait encore... mais sans doute il ne veut plus me voir.», il m'abandonne à mon triste sort.

Et pourtant) quoique les feuilles soient tombées, quoique l'automne ait ramené les temps sombres et les jours pluvieux, Caroline va encore seule le matin dans le bois de Yincennea^ parce qu'elle espère toujours y revoir celui qu'elle a fui pendant six ans, lorsqu'ils habitaient sous le même toit.

Après une triste journée d'automne, suivie d'une soirée froide et pluvieuse, il était près de onze .heures, Caroline et Marianne se disposaient à se livrer au repos, lorsqu'un coup de sonnette très-violent annonça une visite.

-^ Qui peut venir si tard? s'écrie la jeune femme en regar** dant sa bonne avec un sentiment d'effroi.

^ Oh 1 pardi I madame, ça se devine ! répond Marianne en ho-> chant -la tète... Je reconnais la sonnerie! c'est M. Arthur I

^ Arthur!..* ohl non... il est venu avant-hier* et je lui ai remis... et... il ne peut rien avoir à me demander aujourd'hui* ^ Cependant c'est bien sa manière de s'annoncer..* Et tenez, entendez-vous?... Quel carillon I... il s'impatiente proba-* blement...

— Quel motif l'amènerait à cette heure?... Mais pourtant.*, s'il me ramenait enfin mon fils... Va voir, Marianne..» tu reviendras me dire ce que c'est.

La bonne femme court à la porte. Elle ouvre* C'est en effet Arthur qui a sonné; Arthur qui est étourdi par le punch et les liqueurs, et irrité par une perte considérable qu'il a faite au jeu dans la soirée ; mais il n'est pas seul cette fois. Un homme et une femme qui se donnent la main viennent derrière lui, et Marianne reste pétrifiée en reconnaissant Théophile Minot et madame Passelacet.

— Vous êtes bigrement longtemps à ouvrir I dit Arthur eh entrant : est^-oe que vous dormiez déjà?*., vous vous couchez comme les poules ici!... Alloi\^, entre, Minot, et donne la main à notre odalisque !*i.

— Mais^ monsieur, il est onze heures..» il me semble qu'on

peut bien se coucher à cette heure-là, répond Marianne en tremblant... Ma maîtresse ne reçoit pas ordinairement des visites si tard, et...

— Quand il serait une heure, deux heures du matin!... je viens quand cela me plaît, et on doit toujours bien me recevoir... Entendez-vous, vieille sibylle?

— Enfin, monsieur... est<ce pour parler à madame... que vous venez?... Est-ce quelque chose de pressé à lui dire?...

— Rien de tout ça : nous venons souper ici... moi et mon ami Minot... qui avons perdu ce soir tout notre argent dans un cercle très-fasbiouable... où j'espère bien prendre ma revanche incessamment... Nous n'avions pas de quoi aller chez le traiteur... Minot, qui ne voulait pas qu'on sût chez lui qu'il avait joué, n'osait pas y aller chercher de l'argent... Moi, j'aurais eu beau chercher chez moi, je n'en aurais pas trouvé... mais j'ai dit à mon ami : C'est égal ! je te paye à souper... car je sais un endroit où nous serons bien reçus... où l'on sera trop content de nous bien traiter I... où je suis comme le bourgeois! Suismoi dans le Marais... En chemin, nous avons rencontré madame Passelacet, qui sortait de son théâtre, où elle a figuré ce soir dans une pièce à sauvages, et je l'ai amenée avec nous, afin que le repas soit plus gai.

— Gomment, monsieur, balbutie Marianne, vous amenez ici... chez ma maîtresse!... Mais je croyais que madame était veuve d'un général, et donnait des leçons de danse dans des pensionnats?

— Ah l ma pauvre bobonne, vous avez donné là-dedans l s'écrie madame Passelacet en riant. Vous ne connaissez donc pas ce mauvais sujet-là?... 11 n'ouvre la bouche que pour mentir!... C'est un homme kpuff!.,. Oh ! le farceur!

— Taisons- nous, Dédelle!... et attendons le souper pour nous livrer à la fougue de notre imagination, répond Arthur. Allons... en avant, nous n'allons pas rester dans l'antichambre... qu'on me suive au salon... Donnez-moi cette lumière, Marianne, et occupez-vous du souper... qu'il soit splendidel... de bons vins surtout... Minot et moi nous avons besoin de nous refaire... et Dédelle mange un gigot en se nettoyant les dénis.

— Mais, monsieur, y pensez-vous?... souper ici !••• nous n'avons rien... et à l'heure qu'il est!...

— La ville est bonne! on y trouve ce qu'on veut à toute heure! Allons, morbleu I dépéchons-nous et ne répliquons pas!

En disant ces mots, Arthur arrache des mains de Marianne le flambeau qu'elle tenait; et ouvrant la porte du salon, il y entre avec la société qu'il vient d'amener.

Marianne court retrouver sa maîtresse. Caroline, ayant entendu plusieurs voix, était restée dans sa chambre à coucher, et attendait avec inquiétude le retour de sa bonne. En revoyant sa domestique pâle et toute bouleversée, elle s'empresse de la questionner :

— Qu*est-il donc arrivé, Marianne?... J*ai reconnu la voix d'Arthur.

— Oui, madame, oui, c'est M. Arthur... mais il n'est passent cette fois... il amène...

— Ahl Marianne, serait-ce...

— Eh non!... ce n'est pas votre fils!... Ah! bien, oui!... est-ce que cet homme-là est capable de faire quelque chose pour vous rendre heureuse?... Il amène son ami Théophile Minot... et une femme!... Ah! madame! si vous saviez quelle femme!... elle a l'air d'un tambour de grenadiers! et tout cela vient souper chez vous.

— Que dis-tu?... Arthur oserait... mon Dieu! mon Dieu! Mais il veut donc me perdre tout à fait?...

— Vous pensez bien, madame, que j'avais une furieuse envie de mettre tout ce monde-là à la porte! Mais M. Arthur a Pair si méchant.. • avec ça que je lui crois un peu la tête montée... il sent le punch à faire trembler... Il m'a arraché ma lumière des mains.*, ils sont entrés dans le salon... Que faut-il faire, madame?...

Caroline s'efforce de prendre un air calme, et répond à Marianne :

— 11 faut nous soumettre à la nécessité... Va, ma pauvre Marianne, voilà de l'argent... cours vite, tâche de trouver ce qu'il faut pour satisfaire M. Arthur... Encore un peu de courage... tout ceci ne durera pas... Mais, avant de sortir, dis à M. Arthur que je le supplie... de ne point me nommer... de ne point dire à l'époux de Thérèse que c'est chez moi qu'il l'a conduit... Toi... M. Théophile t'a si peu vue pendant son court séjour à la campagne, et il y a si longtemps de cela... il est probable qu'il ne t'a pas remarquée et ne te reconnaîtrait pas. Mais moi... s'il

26d UN JEUNE HOMME

sn doutait... il croirait que je me suis séparée de mon mari pour vivre avec Arthur... Oh! Marianne, je serais perdue...

*- Soyez tranquille , madame... j'aurai du courage aussi , moi!... Et après tout, il ne me mangera pas, ce monsieur. Quant à vous, madame, restez dans votre chambre... n'en bougez pas... Si M. Arthur demande à vous voir... je dirai que vous ôtes malade, que vous êtes couchée; enfin, que vous ne pouvez recevoir personne... Enfermez-vous et n'ouvrez qu'à moi.

— Tu as raison, Marianne... car je ne suis plus en sûreté ici... Va... quand ils auront tout ce qu'il leur faut... reviens me trouver... tu me parleras avant d'ouvrir; je reconnaîtrai ta voix.

Marianne quitte Caroline, et celle-ci ferme à double tour la porte de sa chambre à coucher, qui donnait dans un couloir conduisant dans la salle à manger.

Pendant que ceci se passait, Arthur était entre dans le salon, où il avait commencé par s'étendre sur le divan. Minot s'était jeté dans une causeuse, et madame Passelacet regardait autour d'elle en disant :

— Tiens, mais c'est propre ici... c'est joliment meublé!... Je voudrais bien avoir un mobilier comme celui-là!... C'est pas l'embarras, je ne le garderais peut-être pas longtemps... je ne peux rien garder, moi?

— Allons, Dédelle, allume-nous toutes les bougies qui sont sur cette cheminée, dit Arthur; grande lumière! grand feu! grande chère! bons vins!... Il nous faut tout cela pour nous faire oublier notre mauvaise chance de ce soir... n'est-ce pas, Minot?

— Oui, répond Théophile d'un air chagrin, je suis très-vexë d'avoir perdu mon argent!...

— Ah! bah! après tout, il faut prendre son parti... D'ailleurs, on perd un jour, on gagne l'autre... Tiens, moi, je n'y pense déjà plus I

— Combien donc que vous avez perdu? demande Dédelle tout en allumant les bougies...

*--* Moi, j'ai laissé au jeu... quatre mille francs que j'avais reçus avant-hier... et Minot... deux mille tout au plus !

-* Deux mille cent soixante-quinze! dit Théophile en poussant

un soupir; c*est lo montant d'une lettre de change que j*avais touchëe dans la journée....

— Eh bien ! tu n*as qu'à te figurer qu'on t'a fait banqueroute, voilà tout.

— Ah ! mon Dieu I peut-on perdre de l'argent comme ça au jeu 1 dit madame Passelacet ; vous auriez bien mieux fait de me le donnerl... Moi, je ne joue que le vingt et un ou le loto; mais quand j'ai perdu quinze sous, j'ai envie de pleurer.

— Dédelle, vous avez des sentiments bien petits pour une artiste I

— Des sentiments I je n'en ai pas du tout pour le moment; j'ai mis mon dernier à la porte ; c'était un joli garçon ; mais il suait des mains, je n'aime pas ça I

— Vous nous dites bien desbôtises ce soir... Tâchez donc de dissiper un peu la mauvaise humeur de ce gros Minotl... 11 est riche comme un Grésus et il pleure ses deux mille francs !..• Tandis que moil... prrroutl... je ne pense plus à ma perte...

^ Oh I mais toi, dit Minot, il parait qu'à présent tu as de l'argent à remuer à la pelle.

— Mais oui... je suis très à mon aise.», aussi, je ne me refuse rien...

-— Pourquoi donc alors que vous m'avez refusé un manchon? dit Dédelle; j'ai tant envie d'un manchon! c'est mon idée fixe.

— Minot t'en donnera un! répond Arthur en riant. Madame Passelacet prend un petit air coquet en répondant :

— Ah 1 par exemple !... Je ne suis pas assez liée avec monsieur... il ne me connaît pas, et puis... ce n^est pas qu'après tout on peut faire connaissance!...

Pendant que Dédelle fait la gentille près de Minot, Marianne entre dans le salon et s'approche d'Arthur auquel elle dit tout bas:

— Monsieur, est-ce que vous avez dit à ce monsieur chez qui vous le conduisiez?

— Non; pourquoi?

— C'est que je vous servirai à souper; jô vous donnerai tout ce que vous me demanderez; mais c'est à une condition...

— Une condition ! je vous trouve plaisante, vieille Marianne, de vouloir m'imposer des conditions!... Servez-nous vite, ou je brise tout ici.

tas UX JEUNE HOMME

— Brisez tout si vous le voulez, ma maîtresse me le pardonnera, j'en suis sûre... mais ne la déshonorez pas aux yeux du monde.

<— Qu'est-ce que vous me chantez, avec vos bavardages?...

— Je dis, monsieur, que madame vous supplie de ne pas faire savoir à M. Minot chez qui il se trouve... Ma maîtresse restera dans sa chambre, elle vous abandonne ce salon... vous pourrez y souper à votre aise ; mais, par grâce, ne la nommez pas!...

Arthur semble réfléchir un moment; ensuite il répond à Marianne :

— Que votre maîtresse reste dans sa chambre si elle le veut... j'y consens... Il eût été plus a:imable, cependant, de venir souper avec nous... mais puisqu'elle a si peur de se compromettre... c'est très-bien... on ne parlera pas d'elle... plus tard, d'ailleurs, j'irai m'expliquer avec Caroline. Maintenant, tâchez de nous donner un bon souper! du Champagne... beaucoup de Champagne!... et puis vous pourrez aller vous coucher, nous n'aurons plus besoin de vous!

Marianne ne répond que par un mouvement de tète; elle jette un coup d'œil sur madame Passelacet, qui est alors penchée sur le dos de la causeuse, et quitte le salon en levant les yeux au ciel.

— Qu'est-ce que vous avez donc à chuchoter avec cette domestique? dit Dédelle en se rapprochant d'Arthur. Est-ce qu'elle a été votre bonne amie?

— Ah ! madame Passelacet, vous devenez bien mordante, ma chère!... Mais je vous pardonne, parjce que vous ne savez jamais ce que vous dites.

— Est-il malhonnête! Au fait, chez qui sommes-nous ici? chez une de vos maîtresses probablement, mauvais monstre !

— Que vous importe, Dédelle! pourvu que vous soupiezbien et qu'on ne vous présente pas la carte à payer.

— Ce serait du galant... si je soupais avec deux hommes et qu'ils me fissent payer!... C'est pas l'embarras, ça m'est arrivé une fois chez Passoir, à la sortie d'un bal masqué; j'avais fait la conquête d'un Turc et d'un Pierrot; ils se disputaient à qui me payerait à souper; moi je leur dis : Ne vous disputez pas tant, je souperai avec vous deux. C'est très-bien, nous allons

chez le traiteur, nous soupons. Après le dessert, voilà le Turc et le Pierrot qui se disputent encore à qui payera!... pas moyen de les accorder.. Enfin, ils s'échauffent, se disent de gros mots, et sortent soi-disant pour se battre... Bref, ils ne sont pas revenus, et je suis restée trois jours en gage chez le traiteur I

— Ah 1 ah I Tanecdote est fort plaisante, dit Minot. Et depuis, vous n'avez jamais revu l'un de ces beaux masques?

— Oh ! si fait, je les ai rencontrés^ras dessus, bras dessous... J'ai su que c'étaient deux clercs d'huissier... ils avaient monté ce coup-là pour se venger... parce qu'une de mes amies, Aspasie Courtecuisse, figurante comme moi, les avait fait un peu aller... et ils croyaient que c'était par mes conseils.

— Courtecuisse 1 répète Minot, c'est probablement un nom de théâtre cela?,..

— Pas du tout, c'est le nom de famille de mon amie... son véritable nom propre.

. — Le met-on sur l'affiche?

— On ne met rien... elle ne fait que figurer... mais si elle avait un rôle, on ne mettrait qu' Aspasie,

— On aurait tort... l'autre nom feraitjde l'argent. Pendant que Marianne revient et dispose dans le salon une

table avec trois couverts^ Arthur s'approche de madame Passelacet et lui dit à l'oreille :

— Songe que si je t'ai emmenée avec nous, c'est pour que tu tournes la tête à Minot.

— Vraiment I et si je ne lui plaisais pas à cet homme?

— Il faut que vous lui plaisiez.

— Au fait, il aurait donc bien mauvais goût!... mais quelle est cette idée qui vous passe de vouloir que je fasse sa conquête?

— Cela ne vous regarde pas!

— C'est dommage que je devine tout!... Tu fais, je gage, la cour à la femme de ce monsieur... et tu veux que je l'occupe, afin qu'il ne surveille pas sa femme... Hein... n'est-ce pas que c'est ça?... Tu ris... libertin!... mais au moins tu me donneras un manchon...

— Chut! taisez-vous, Dédelle!... on pourrait nous entendre...

— Ma foi! je souperais bienl s'écrie Minot, qui commence

270 UN JBCNB HOMME

à oublier sa perte au jeu. Mais pourquoi donc ne met-on que trois couvertsf ... Dis donc, Arthur, est-ce que ta maîtresse, la femme chez qui nous sommes, ne va pas venir souper avec nous?

— Non... elle est malade... et vous prie de Fexcuser.

— Liberté 1 Hbertas! ditDëdelle; c'est seulement fâcheux que je n'aie pas su cela plus tôt, j'aurais amené mon amie Aspasie Gourtecuisse... qui est très'-aimable en société, et qui sait une foule de romances très^gaies, très-droZesgfues.

-« Et vous, belle Dédelle, est^e que vous ne chanterez pasT dit Minot en prenant la main de madame Passelacet.

— Ohl moi, d'abord je fais tout ce qu'on veutl... mais je suis toujours enrouée; c'est égal, je chanterai au dessert, entre la prune et l'abricot!

Le souper était servi, Marianne était parvenue en peu de temps à se faire apporter tout ce qu'il fallait pour composer un repas très-présentable, parce qu'à Paris, avec de l'argent, on peut à toute heure contenter ses désirs. Un panier de Champagne est placé près de la table, et Marianne dit à Arthur :

— Voilà tout ce que^vous avez demandé, monsieur.

-^ C'est très-bien. Maintenant allez vous coucher, nous n'avons plus besoin de vous.

Marianne ne se fait pas répéter cet ordre; elle se hâte de sor-* tir du salon. Mais au lieu de rentrer dans sa chambre, elle va retrouver sa maîtresse, qu'elle est bien décidée k ne point quit* ter de la nuit.

— A table! à table! dit Arthur dès que Marianne est éloignée; et vive la joie ! au diable la raison !

^ Oh! oui! s'écrie madame Passelacet; vive kl gaieté! le Champagne! la gaudriole! C'est ma vie à moi!

— Venez vous asseoir, belle Dédelle! dit Minot en présentant sa main à la figurante. Je veux être votre éohamon*

— Vous êtes bien honnête... Oui, nous dirons des chansons au dessert.^. Tiens, mais il est fort bien servi ce souper pour un repas impromptu... une volaille... un pâté... un homard... Ah! Dieu! quel dommage que Courtecuisse ne soit pas avec nous! elle qui rafîole du homard... c'est-à-dire qu'on lui ferait faire des tours de force pour du homard ; et la matelotte d'anguilles doncl... Un jour nous avons dtné toutes les deux à la

CHABMANT. t7fl

Râpëê. Nond Youlions nous régaler, nous avons demandé de hi matelotte d'anguilles. Aspasie en a mangé vingt tronçons I

— Je vais vous servir, moi, dit Arthur. Dédelle, voulez-vous du homard?

j «^Ahl cette question! Donnez-m'en beaucoup... donnez-

, m'en trop.

j — £t toi, Minot» débouche donc ce Champagne.*, fais donc quelque chose.

•^ Volontiers. Est-ce que nous commençons par le Champagne?

— £h oui!... ça nous mettra plus vite en gaieté!

— Peste! quel luxel... Il paraît que la cave est bien montée ici... Je suis fâché que ta maîtresse soit malade... j'aurais été curieux de la voir.

— Tu la verras une autre fois.

— Sais*tu que c'est fort agréable d'avoir de bonnes connaissances chez lesquelles on peut mener ses amis... et leur donner à souper.

— Cela doit toujours être ainsi quand on est aimable. Mais toi, mon pauvre Théophile, tu es un niais ; tu te laisses mener par ta femme et ta belle-mère... tu n'oses pas être ton maître. On .te gronde quand tu rentres talrd.

— • Aussi tu vois que ce soir je ne rentre pas du tout!

— Va! va! envoie promener tout ce monde-là l... jouis de la vie! fais comme moi, tu t'en trouveras bien.

Pendant que ces messieurs causaient, madame Passelacet fat sait disparaître avec une étonnante promptitude ce qui garnis sait son assiette. Enfin, elle tend son verre en disant :

— Est-ce que vous n'avez pas bientôt fini de parler politique? Donnez-moi donc à boire, vous me laissez m'étoufferl

— Pardon, belle Dëdellel Aimez-vous la mousse?

— Non, vraiment, pas si bête!... A votre santé, messieurs I Excellent Champagne ! ... Ah I ma pauvre Courtecuisse, où es-tu?. . • elle en boit plein un bocal sans reprendre haleine.

— Il parait que c'est une personne douée de mille talents... elle est actrice?

— Non, elle figure comme moi. Oh ! mais moi, je joue à présent... j'ai attrapé un rôle dernièrement... il n'était pas long, mais enfin c'était un rôle... je parlais... je disais deux lignes.*.

171 UK JEUNE HOMME

Eh bien ! je ne sais pas comment cela s'est fait, mais j'ai trouve h moyen de me tromper.

— Cela ne m'étonne pas. Qu'est-ce que tu avais à dire?

— Je faisais une suivante, et je devais dire : Madame, je viens de voir un homme qui se 'promène autour du château* Moi, je répète longtemps ma phrase en moi-même. Je n'avais pas peur du tout; j'entre bravement en scène, et je dis : Madame, je viens de voir un homme qui se promène; il entoure le château!.,. Là-dessus ils se sont tous mis à rire... comme si ça en valait la peine.

— Mais non , cela semblait seulement annoncer que ce monsieur avait les bras longs, voilà tout.

— C'est égal, j'ai fait une conquête dans ce rôle^là... Oh ! mais j'ai reçu une lettre un peu jolie... pas comme l'autre fois, ce monsieur qui m'avait envoyé une déclaration d'amour qu'il avait écrite chez mon portier sur une forme d'empeigne... Celle-ci est venue par la poste... et affranchie... Tenez, voulezvous la lire?... elle est curieuse... je l'ai justement dans ma poche.

— Voyons Dédelle, montre-nous ce poulet... j'aime beaucoup à lire les déclarations d'amour. .. surtout depuis que je n'en fais plus!

Madame Passelacet tire de dedans son corset une lettre un peu chiffonnée, qu'elle passe à Arthur ; celui-ci lit en riant le billet suivant :

« Mademoiselle,

« Jusqu'à se jour, j'ai put contenir un passion dont je ne pourais vous dire aquelle accet je pourais me porter plus d'une fois j'avais mis la main à la plume mais ma timidité m'empôches de vous écris, une raisponce de votre main me rendrai le plus heureux des hommes, je n'equesige pas votre raiponce mes je vous en pris, je me trouverez demain à votre thèate à la troisième galerie a droite, votre raiponce au non de i'amoure adieu cherre amie, excuse si j'ai payé le port c'est pour vous évité le dérangement,

c Tourniquet* »

— La lettre mériterait d'être lilhographiëe pour le style et l'orthographe, dit Arthur en passant le billet à Minot.

— Et avez-vous répondu à M. Tourniquet?

— Ah! par exemple l... pour qui me prenez-vous?... Si on voulait répondre à tous ceux qui nous courtisent... on aurait trop à faire... Il y a aussi un monsieur qui vient tous les soirs à Torchestre... il se met derrière la petite flûte, et il ]a bourre de gâteaux pour savoir ce que je fais... qui je connais... où je vais... La petite flûte avale les gâteaux et me rapporte tout çai Et puis un autre, qui m'écrit qu'il m'attendra à la porte pour m'emmener promener; il mettait sur sa lettre : Vous reconnaîtrez mon cabriolet à mon cheval alezan. Est-ce que je suis obligée de savoir comment est fait un alezan I Si j'étais chez Franconi, à la bonne heure!

— Êtes-vous montée dans le cabriolet? dit Minot en passant son bras autour de la taille de sa voisine.

— Vous êtes bien curieux!... Donnez-moi à boire... Ne faites donc pas mousser!...

— Vous êtes belle comme un astre, madame Passelacet.

•— Vraiment!... Je vous fais cet effet-là aux lumières... mais au jour vous ne m'en diriez peut-être pas autant !

— Je vous le dirais en plein soleil... au clair de lune, dans l'obscurité... Ahl Dieu! l'obscurité et vous... comme ça serait voluptueux!...

— Eh bien!... voulez- vous finir avec vos mains!... vous vous piquerez. •• j'ai des épingles partout.

— Ça m'est égal, je me risque!... Ma foi, il faut convenir que l'existence est une chose bien agréable!

— Ah I voilà Minot en gaieté, dit Arthur en versant du Champagne à son ami. A la bonne heure!... je t'aime comme cela!... Dédelle, vous faites de terribles yeux à mon ami!

— Pas du tout, c'est lui qui me pince, qui me fait des bleus ! Ah ! quel démon que cet être-là ! Voyons, messieurs, je vais vous chanter une dcôlerie... mais à condition que vous chanterez ensuite.

— C'est convenu.

Madame Passelacet chante des couplets fort gaillards; ses deux voisins répètent le refrain en buvant ; c'est ensuite Minot qui veut à toute force dire un grand air ; mais il ne peut l'acbe-

iU UN JBtKE HOMME

Ter, le Champagne lui ôte la voix et la mémoire. Arthur entonne alors une chanson bachique, et il est à son quatrième couplet, lorsqu'il s'aperçoit que Dëdelle s'est endormie sur le dos de sa chaise, et que Hinot est sur le point d'en faire autant.

Arthur cesse de chanter, il se lève de table. Les vapeurs dd Champagne font naître dans sa tète de nouveaux désirs. li prend un flambeau, et se dirige vers la chambre de Caroline.

Marianne était restée près de sa maîtresse. Après lui avoir feit le récit de ce qu'elle avait vu dans le salon, elle avait essayé de ht consoler en lui faisant espérer que le point du jour les dé-» barrasserait de M* Arthur et de sa société. Mais Caroline sem^ blait en proie à une profonde douleur, qui ne pouvait écouter aucune consolation. Elle est décidée à rester levée toute la nuit, et Marianne s'établit dans un fauteuil près de sa maîtresse. Mais au bout de quelque temps la fatigue ferme les yeux de la fidèle servante, et elle s'endort près de Caroline, qui la voit avec plaisir goûter un peu de repos.

Il était trots heures du matin, lorsque Caroline entend marcher. Bientôt on s'arrête devant sa porte, que l'on essaye d'ouvrir ; mais la jeune femme s'était enfermée*

— Qui est là? demande Caroline d'une voix tremblante.

— C'est moi... Arthur... ton^amant... Allons, chère amid, ouvre-moi... Il est fort ridicule de me laisser là-bas... tandis que je puis passer la nuit avec toi L..

— Retirez-vous, monsieur 1 éloignet-vous, je vous l'ordonne 1 fépond Caroline avec forée; car l'indignation lui a rendu son courage.

-~ Comment? nous sommen donc toujours ridicule! .44 mais je veux entrer, moi... j'ai le droit de coucher avec vou&r

— Marianne est près de moi, monsieur... ne réveillez paâ pair

— Ottvreï*moi, vous dîs-je, ou j'enfonce la pcwtô.

En ce moment, la serrure semble violemment ébranlée par Arthur ; aussitôt Caroline ouvre sa fenêtre, en s'écriant avec l'accent du désespoir :

— Si vous forcez cette porte, monsieur^ je me précipite à Tinslant par cette croisée; car j'aimerais mieux la mort que de me retrouver dans vos bras.

CHARMANT* ti^

Arthur murmure quelques mots que Caroline ne peut entendre ; puis, au bout d'un moment, il s'éloigne, retourne dans le salon, s'y jette dans un fauteuil, s'y endort; et la jeune femme n'entend plus aucun bruit.

Après avoir attendu longtemps pour être certaine que tout est calme, Caroline éveille Marianne, en lui disant à voix basse :

— Ma bonne. *, il ne faut plus dormir^., nous n'avons pas de temps à perdre... il faut nous préparer à partir... il faut fuir cet homme infâme 1... fuir avant qu'il soit ëv^llé.

— Comment, madame? qu'y a-t-il donc? demande Marianne en se frottant les yeux.

— Fais vite un paquet de nos effets les plus précieux... je vais moi-môme rassembler mes bijoux... tout ce que je veux emporter... Oh î Marianne!... je dois fuir cet homme... il veut mon déshonneur!... l'espoir de revoir mon fîls ne doit point me faire tomber dans Tétat avilissant où cet homme veut me réduire!... Non... par respect pour M. Daverny... pour moi-môme... je ne le verrai plus! C'est ma fortune qu'il veut... je vais lui laisser ce qui me reste... Je ne garderai que la maison de mon père... car il me semble que ce serait un crime de la lui donner!

— Comment, ma chère maîtresse, vous voulez vous dépouiller pour M. Arthur? y pensez-vous?

— Mais tu ne sais pas, Marianne, que déjà cet homme a dissipé la moitié de ma fortune... toujours en me menaçant de ne pas me rendre mon ûls, si je lui refusais cet or nécessaire à ses passions!

— mon Dieu! il serait possible!..*

— Je vais lui faire l'abandon de ce qui me reste... mais je ne veux plus qu'il me poursuive de sa présence... je ne veux plus qu*il fasse de ma demeure un lieu de débauches... Je lui recooH manderai encore mon fils... et puisqu'il ne veut pas me le rendre, puisqu'il le refuse à ma tendresse, peut-être qu'en faveur de l'abandon que je lui fais il prendra plus de soia de on pauvre enfant.

— Mais, madame» qu'aHop-vous faire? Sacrifier votre fortmid à un joueur... à un débauché!... Réfléchissez, avant!.*.

— Tout est réfléchi... Marianne, mon parti est pris... je saîÀ irrévocablement décidée... Dans cet écrit que je lafêse pour

276 UN JEUNE HOHUE

M. Arthur, il trouvera une autre lettre pour mon banquier... En lui abandonnant mes biens, je le supplie d'avoir soin de mon filsl... ce sera la dernière prière que j'adresserai à cet homme. Mais hâte-toi, Marianne ; car je mourrais de honte et de douleur si je n'étais pas partie avant le réveil de ces gens qui dorment près de nous.

Marianne n'essaye plus de faire aucune remontrance à sa maîtresse ; car elle voit bien que rien ne pourra changer sa résolution. Pendant qu'elle fait quelques paquets, Caroline écrit à Arthur la lettre suivante :

Monsi^r,

<c Pendant longtemps, Tespoir de revoir mon fils m'a fait consentir à vous recevoir, et cependant je n'aurais pas dû me retrouver avec vous; je ne devais plus vous parler, depuis que M. Daverny m'avait donné le titre de son épouse. Quoique nos entrevues n'aient point été coupables, je sens que je le deviendrais si je consentais à me trouver encore avec un homme qui ne rougit pas d'amener chez moi ses compagnons de débauches. Je vois que je ne (}ois plus compter sur la promesse que vous m'aviez faite de me rendre mon fils! mais» en faveur de cet enfant, je vous laisse tout ce qui me re^te de ma fortune passée. Disposez>en, monsieur; mais du moins, je vous en supplie, que mon fils ne manque de rien ; c'est le dernier vœu de celle doirt vous avez fait le malheur. »

Caroline signe cette lettre et y joint un pouvoir, afin qu'Arthur puisse disposer des fonds qui lui restent chez son banquier.

Tout étant terminé, Caroline et sa bonne se disposent à partir. Le jour commençait à poindre; elles marchent avec précaution pour ne pas faire de bruit. En traversant la salle d'entrée, il leur faut passer devant la porte du salon, et elles voient avec effroi que cette porte est restée ouverte ; elles s'arrêtent, elles tremblent d'être aperçues; cependant Marianne avance doucement la tète, les bougies brûlent toujours sur la table où l'on a soupe, et leur clarté permet de distinguer les objets. Mi* iiot est endormi la tête appuyée sur l'épaule de madame Passelacet, qui, en ronflant, imite parfaitement le son du serpent ; un

CHARMANT. t77

peu plus loin, Arthur est étendu sur le divan et dort aussi profondément.

Marianne fait signe à sa maîtresse qu'elle n'a rien à craindre. Caroline se hâte d'ouvrir la porte du carré ; elles descendent à tâtons. Marianne frappe doucement au carreau du portier. Celui-ci est longtemps à ouvrir, et Caroline tremble toujours qu'on ne descende et qu'on ne la poursuive; enfin le portier a tiré le cordon^ la porte de la rue est ouverte, les deux femmes peuvent sortir, et Caroline respire plus librement en se trouvant dehors.

— Gagnons une place de fiacres, dit-elle à Marianne, nous attendrons qu'il en arrive un et nous le prendrons.

— Où irons-nous alors, madame?

— Ne le devines-tu pas, ma bonne? nous retournerons à Draveil, puisque cette demeure est tout ce qui me reste de ma fortune passée ; nous y vivrons seules, sans domestiques ; les produits- du jardin suffiront à nos besoins, et avec le superflu des fruits et des légumes nous aurons de quoi nous acheter le nécessaire.

— D'ailleurs, madame, s'il faut travailler, est-ce que je ne serai pas toujours là, moi?

— Ma chère Marianne 1... Oh ! tes sentiments pour moi ne se sont jamais démentis.

— C'est que ce n'était que de l'amitié, madame; mais je croyais que le séjour de Draveil vous était pénible.

— Oui... je m'y rappellerai avec regret que j'y ai commis une faute... qui influe sur toute ma vie... Mais pour me consoler, je penserai aussi que c'est là que je suis devenue sa femme. Ah! Marianne, Draveil aur^ aussi quelques charmes pour moi.

Les deux femmes ont atteint une place de fiacres, une voiture y arrivait; elles y montent toutes deux, et, en donnant au cochef tout ce qu'il leur demande, le font consentir à les mener jusqu'à Draveil.

lê

iU ijN jËUjffi homms

Page 1