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CHAPITRE XXIV

Maintenant laissons six mois s*ëcou1er, laissons Thiver faire place au printemps, et seulement alors retournons à Draveil, pour savoir ce qu'y font Caroline et sa fidèle Marianne.

Madame Daverny a renvoyé son jardinier, qu'elle n'avait plus le moyen de garder;. c'est elle et Marianne qui cultivent, qui soignent le jardin. Dès le matin, Caroline est au travail; ce n'est qu'en s'occupant sans cesse qu'elle parvient à se distraire de ses peines ; elle n'a pas oublié son enfant, mais elle se soumet à sa destinée, et se flatte qu'un jour Arthur, se souvenant de tous les sacrifices qu'elle lui a faits, lui rendra enfin son fils.

Caroline habite maintenant, à DràVeil, l'appartement qu'occupait Daverny; c'e^t de toute la maison la pièce oà elle se plaît le plus. En examinant sa nouvelle chambre à coucher, elle a lu son nom gravé sur les vitres de la croisée ; c'est son mari qui partout laissait quelque Souvenir de son amour; son mari qu'elle repoussait sans cesse, et qui, pour charmer sa solitude, se plaisait à tracer le nom de sa femme dans tous les endroits où il séjournait.

Mais, en cherchant â ^'entcmret de sotivenirs qui ont des charmes pour elle, Caroline a voulu aussi faire disparaître de sa detneure ce qui peut lui rappeler une époque et des circonstances qu'elle voudrait pouvoir k jamais iMtnnir de sa mémoire; c'est pour cela qu'elle a fait couper en grande partie )e petit bois qui était au fond du jardin, de manière que cette promenade n'est plus reconnaissable, et que rien là ne peut lui rappeler maintenant sa première faute.

Parler souvent de son fils, quelquefois de son époux, voilà les seuls plaisirs de Caroline^ qui, depuis son retour à Draveil, n'a pas mis le pied hors de sa demeure. Quant à Marianne, elle se trouve bien partout, pourvu qu'elle soit près de sa chère enfant;

d'ailleurs, elle aime la campagne, et elle se félicite de ne plus avoir à redouter les visites d'Arthur.

Mais un matin, par une belle journée de printemps, Caroline et Marianne, qui travaillaient dans une salle basse» entendent sonner avec violence à la grille d'entrée.

— Une visite 1 dit Marianne; qui peut venir nous voir?... voilà la première depuis que nous sommes de retour dans ce pays.

Caroline a tressailli ; cependant elle a toujours conservé au fond de son cœur Tespérance que son mari reviendrait la voir; d'ailleurs lui-môme le lui a promis lors de leur dernière entre* vue. Aussi se hâte-t-elle de courir près d'une croisée qui donne sur la route, dans l*espoir de voir celui que maintenant elle dé* sire toujours.

Mais un cri d'effroi échappe à Caroline en apercevant la personne qui se présente chez elle, car elle vient de reconnaître Arthur.

— Qu'est-ce donc, madame ? demande Marianne, qui s'aperçoit du trouble de sa maîtresse.

— C'est... M. Arthur...

— Se pourrait-il! encore lui!... Cet homme-là veut donc vous poursuivre partout?... Mais voyons, vqu^ âms trompez peut-être... Hélas 1 non... c'est bien lui... Oh! comme sa toilette est négligée!... un vieux chapeau... une redingote à laquelle il manque des boutons ! Mon Dieu ! mais il a donc encore dépensé tout ce que vous lui avez laissé? C'est un gouffre que cet homme-là. «. Que faut-il faire, madame?...

«** Il vient sans doute pour me parler de mon fils... je ne puis refuser de le voir... il faut lui ouvrir.

— Ah! j'étais si heureuse de ne plus voir ce monsieur!... Ma pauvre maltresse... vous feriez mieux peut-être de ne point lui parler.

— Mais s'il consent enfin à me rendre mon enfant?

•^ Vous voyez bien qu'il est seul... qu'il ne vous ramène pas votre fils...

^ N'importe... vu... Marianne... et demande-lui ce qu'il désire... S'il l'exige... je le recevrai.

Marianne court à la grille, et, avant de l'ouvrir, demande à Arthur ce qu'il vent. Arthur, dont la figure est sombre et fa-

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rouche, jette sur la domestique un regard de colère, en s'écriant :

— Je vous trouve plmsante avec vos questions !... sans doute ce n*est pas pour vous voir que je suis venu jusqu'ici. Allons, ouvrez-moi vite, et conduisez-moi près de votre maîtresse, je sais qu'elle habile maintenant cette maison, et j'ai besoin de lui parler.

Marianne se décide à ouvrir. Arthur entre et se dirige vers la maison, dont il connaît les localités ; la vieille bonne le suit sans refermer la grille , parce qu'elle espère qu'il repartira bientôL

Arthur se rend dans la salle basse où est Caroline, et, sans même la saluer, sans ôter son chapeau, se jette sur une chaise en s'écriant :

— Ouf! je vous trouve enfin! c'est bien heureux! il y a longtemps que je vous cherche... Au fait, j'étais un sot, j'aurais dû deviner plus tôt que vous étiez ici... dans votre ancienne demeure... Cette maison doit vous rappeler des choses agréables I ça fait plaisir, les souvenirs de jeunesse !

— Au fait, monsieur ! répond Caroline avec dignité. Que me voulez-vous?... Je pensais ne plus recevoir votre visite.

— Ce que je jpvs veux?... vous allez le savoir... Renvoyez cette fille...

— Marianne est mon amie, ma confidente ; je n'ai plus de secrets pour elle... vous pouvez vous expliquer en sa présence.

— Je ne m'expliquerai pourtant que quand elle ne sera plus là... Allons! la vieille, sortez!

Sur un signe de sa maîtresse, Marianne se décide à obéir; mais Caroline lui dit tout bas : Ne ^éloigne pas... Et la bonne fille va se placer dans une petite pièce contre la salle basse, d'où elle peut entendre tout ce qu'on dit en cet endroit.

— Parlez donc maintenant, monsieur, dit Caroline en se tenant à une grande distance d'Arthur.

— C'est ce que je vais faire... Oh! n'ayez pas peur... je ne vous prendrai pas de force!... vous n'avez pas besoin de vous tenir si loin de moi!... Ce n'est pas pour vous faire l'amour que je suis venu... c'est pour quelque chose de plus important...

— Et mon fils, monsieur?

— Votre fils se porte bien... il vient comme un champi-

gnoni ... Les enfants de Tamour sont toujours pleins de santé. Mais pour que je continue à lui donner tous mes soins, il me faut de l'argent... et je n'en ai plusl

— Que dites- vous, nionsieur?... Je vous avais abandonné ce qui me restait;., près de soixante mille francs!...

— Oui, oui, je le sais bien,., j'ai touché cela... mais je l'ai mangé, ou plutôt je l'ai perdu au jeu !... Que diable voulez-vous! ce n'est pas de ma faute 1... depuis quelque temps j'ai une chance infernale!.». J'y ai mis de l'entêtement, de la colère... et quand on ne joue pas de sang-froid, on perd toujours... £n6n je n'ai plus rien... Alors j'ai pensé à vous... je vous ai cherchée dans tout Paris... Je ne songeais plus à cette maison de campagne, je la croyais vendue I maià quelqu'un m*a appris, par hasard, que vous étiez revenue habiter Draveil. Oh I alors je me suis dit : Nous sommes des bons. . . Je me suis mis en route. .• et me voilà ! . . .

— Et que me voulez -^ous donc encore, monsieur?

— Eh! mon Dieu!... presque rien! de l'argent... Vous n'y tenez pas, vous, et je vous en fais compliment; mais moi, il m'en faut... car j'en fais une grande consommation.

— Ne savez-vous pas, monsieur, que je me suis dépouillée pour vous de tout ce que je possédais?... Je n'ai plus de fortune. .. plus d'argent... plus rien!...

— Ah ! permettez... vous allez trop loin... Plus d'argent placé, c'est possible ! mais vous avez encore cette maison, qui est une fort jolie propriété.

— Eh quoi! monsieur, voudriez-vous que je vendisse cette maison... où mon père est mort? cette maison... mon dernier asile... où du moins je puis vivre... loin de tous les regards!...

•— n y a mille endroits où l'on peut être solitaire... Cette maison, d'ailleurs, doit être trop grande pour vous et Marianne...

— Ah! monsieur, vous ne pouvez vouloir me réduire à la misère!

— Mol, je ne veux rien du tout!... mais ce sont les gens qui élèvent votre fils qui veulent absolument de l'argent... si je ne leur en porte pas, ils menacent de le chasser... de le mettre dans la rue...

— Ahl malheureux enfant !.••

— Je sais que vous êtes trop sensible pour laisser votre fils manquer de tout... aussi j'avais d'avance préparé un petit acte...

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pai* lequel vous me donne:^ plein droH dé* Vendre cette propriété... Signez-le... dès que je Taurai vendue, je vous donnerai la moitié... les trois quarts do la' soûnne... Jo sùië incapal>le de garder ce dont je' n'a'urais pas besoin !..•.

£n disant cela Arthur tire de sa poche tm* papM, qu^i! présenté k Garolfne; celle-6i le prend en tremblant, et efa^roche déjà d'une table sur laquelle il y a tout té qu'il» ftiwl; pour éerire. Mais Marianne sOt't dé la pièce où elle écoutaift ce que Fonr disait à sa maîtresse, et elle s'élance aâ-devaifit d'elle en s'écriewt i

— Qu'allez-vous faire, madame? vous dépouiHer éo dernier asile qui vous reste!... Ob! non, hon, croyez-moiy madasnel ne «îgnez pas cela!

Caroline reste infdécise; Arlhur frapper da pied avec colère, en décriant :

— Que venez-'YOàs fatre icf?... Depuis quand le» coisiBièreB viennent-elles se mélei^ des affaires de letrrs maîtresîv..

— MonsTètf r, Répond Mafriaftnè en relevant te tèt€P avéd fierté, je sufs ^t^ qif àne servante ponr madame, cHr je l'an vtte naître, je ne l'ai point <!f«dftée mt seiûl joar... J'ai partagé toute* ses peines... j'ai to^joi^rs été là potfr ]» conseil dans ses cbe^rins... Si je ne vetrt pàfs c(o'on \â èépamiDe de ce qui lui reaie..'* oe n'est pas, par crainte de manquer de quelque chose;.*/ ïfu pain! cela Dde suffît à moi 1* è1 d'ailleurs je sais hahitoée à travailler. Mais madame, faâdfâ-t-il qu'elle^ s'éptiise, qn'elle eonrame ses jours dans les veilles... et tout cela pour paye^ vos soMiaes, vos désordres?...

— Taisez-votidl taise^-voiiâl s'écrie Aribur en jetant sur Marianne un regard menaçant.

-^ Oh 1 vous ne me faites pas peur^ monsieur I repiénd la bonne fille ; je dois parlerai, je dois éclairer madame. i. C'est pour son fils, dites-vous, que vous voulez de l'argent.^, que voud en venez chercher.. < Mais qui nous dit que ce ftoit la vérité?... Où est-il, ce pauvre enfant? dites-le-moi, et j'irai surle-champ lui porter tout ce qu'il lui fant.rf^ Pourquoi ne Youlezvous pas nous dire où il est?

-^ Madanle, reprend Artbur, je ne suis pas venu iei pour répondre à votre servante. Si vous refusez de consentir à la vente de cette propriété... je pars... et quant à votre fila.^* je l'enverrai S un dépôt de mendicité..;

— Ah! jamais 1 jamais! s'écrie Caroline; ot courant aussitôt

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vers Ta table, eÏÏe s'apprête à signer î'acte qoî va la priver de soi» dernier asile. Mais en ce moment on ouvre brusquement la porte de là saïTe, et Davéîny paraît et s'arrête sut ï© seuil, regardant attentivement les persotines rassetnbléeîs là.

— Mon marî I s'ëcrie Caroline en fésîtârft iffimoKlé dé saisissement et comme partagée entre la crainte et TespëraDGe, tandis que Marianne pousse un cri de joie en disant :

— Notre maîtref... ahf tant mieuî!... cfest le ciel qui Fenjyoje î...

Arthur est devenu pâle... êfon front se rembrunit à Ta^pect de DavernJ; cependant M reprend bientôt avec un calme affecte t

— Êh bien, madame... signez donc... la présence de monsieur ne doit pas nons empêcher de terminer cette affaire.

— Pardonnez-moi, monsieur... dit Davemy en s'ftvançant et se plaçant entré sa ktùttie et Arthur; voas vous (rompez en croyant que ma présence ne changera fien ici... Et d'abord, madame rie signera pas cet acte... et n'achèvera pas de se ruiner pour vous... en croyant être utile à son fils... car jeeonnaiê toute la conduite de madame, je sais que sfi elle a consenti à vous recevoir chez elle, c'est uniquement dans l'espoir de revoir son enfant... éet enfant dont elle fut mère avant d'être épouse... par suite de Votre indigne séduction.

— Monsieur! s'écrie Arthur d'un air irritée

— Ohl né fn^înterrompez pas, de grâce, reprend Daverny avec un grand Sang-frokJ Ouï... je connaissais la faute de madame... je savais que dette faute avait eu des suites... je savais tout cela avant de l'épouser... et éela né m'a pas empêché d'ambitionner le titre de son mari...

— Gela prouve une grande philosophie ! dit Arthur d'un air inoqueur...

— Oh ! je conçois, monsieur, que vous ne compreniez rien à ma conduite... un amour pur... vrai, désintéressé, ne saurait être seniî pâi* Vous... Moî... je voulais avant tout faire le bonheur de Caroline... et à force dé tendresse... j'espérais lui faire oublier jusqn^â sa faute!... Maintenant, monsieur, je vous ai dit que je connaissais la conduite de madame, mais ce n'est pas tout... je suis tout aUsâi instruit de la vôtre...

•— Dé là mienne ! répond Arthur en s'efforoant de maîtriser éon trouble. Que prétendez-vous dire?

*- Je prétends dire à madame que vous êtes un miséraïjle,

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un homme sans honneur, sans délicatesse... que depuis qu'elle vous a revu pour vous supplier de retrouver son fils, de courir sur les traces de Jacques et des petits ramoneurs, vous avez indignement abusé de sa crédulité, de sa tendresse maternelle, afin d'obtenir d'elle cet or sans lequel vous ne pouvez satisfaire vos passions...

— Monsieur 1... vous me rendrez raison de ces injures!...

*— Laisses-moi parler d'abord ; je veux, ayant tout, faire savoir à madame que tandis qu'elle vous croyait à la recherche de son enfant, vous étiez toujours à Paris, au milieu de vos dignes amis... dans ces maisons de jeu... dans ces repaires où vous passez votre vie... que vous inventiez de nouveaux mensonges pour prolonger Terreur d'une malheureuse mère... que cet enfant... qu'elle croit placé par vous dans une pension, vous ignorez encore jusqu'à son sort, car jamais... jamais vous n'avez cherché à le retrouver...

— mon Dieu!... serait-il vrai?... s'écrie Caroline; il me trompait... il n'a pas mon fils?

— Votre mari en a menti! répond Arthur d'un air furieux...

— Misérable! dit Daverny en réprimant un geste prêt à lui échapper, avant que je châtie ton insolence, je veux achever de te confondre. Cet enfant, que tu n'as pas cherché à retrouver pour le rendre à sa mère, je l'ai cherché, moi... rien ne m'a rebuté pour parvenir à sécher les pleurs de celle dont tu as fait le malheur. Enfin... après de longs voyages, de longs ennuis... et des courses infructueuses, je suis parvenu à retrouver le pauvre enfant, et aujourd'hui je le ramène dans les bras de sa mère.

En disant ces mots, Daverny est sorti de la salle; il y rentre presque aussitôt, tenant par la main un petit garçon, mis avec beaucoup de soin ; et quoique la suie ne couvre plus son visage, quoique ses vêtements ne soient plus ceux d'un ramoneur, Caroline a reconnu celui qu'elle a soigné, logé; celui qu'elle aimait déjà avant de savoir quels liens l'attachaient à elle ; et courant à lui, elle le prend dans ses bra3, le presse sur son cœur, et le couvre de baisers et de larmes en s'écriant :

— Oh! oui, le voilà... c'est lui! c'est mon fils!

Arthur est resté confondu à l'arrivée de l'enfant; mais, se remettant bientôt, il enfonce son chapeau sur le côté de sa tôte, et, s'approchant de Daverny, lai dit d'un air dégagé :

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— Vous avez été plus adroit que je ne l'aurais cru... mais tout n'est pas fini entre nous... il me semble qu'il nous reste quelque chose à terminer?

— Oui, monsieur, et il y a longtemps que je désirais ce moment, répond Daverny à demi-voix; j'irai vous rejoindre dans une heure avec des armes... à l'entrée du chemin de la forêt.

— J'y compte, répond Arthur. Et faisant alors une demipirouette sur lui-même, il sort lestement de la salle et quitte la maison sans avoir jeté un regard sur Caroline et sur son fils.

Tout au bonheur qu'elle éprouve à presser son fils dans ses bras, Caroline n'a pas entendu les derniers mots que Daverny et Arthur se sont adressés. Marianne partage la joie de sa maîtresse; la bonne fille ne peut se lasser de considérer ce petit garçon qu'elle a vu naître et qu'ensuite elle a si longtemps pleuré, le croyant mort ou perdu à jamais. Lorsque ces premiers transports sont un peu calmés, Caroline, tenant son fils par la main, s'approche de Daverny et veut se jeter à ses genoux. Il l'en empêche en lui disant :

— Que faites-vous, madame?

— Mon devoir, répond Caroline en levant sur son époux des yeux où brillent à la fois la tendresse et la reconnaissance. Je dois me prosterner aux genoux de celui qui a sacrifié son existence à mon bonheur... de celui qui m'aima assez pour m'épouser coupable... Mais comment donc... aviez-vous appris?...

— Rappelez-vous ma première visite... ici... pendant l'absence de votre père.., malgré vos précautions... j'avais découvert la vérité. Je fus longtemps sans revenir... je croyais vous retrouver l'épouse d'un autre... et je sentais que je vous aimais déjà. Je revins... vous étiez libre... mais je savais que votre cœur n'était plus à vous. C'est pourquoi je condamnai mon amour au silence. Plus tard, votre père me proposa votre main... et vous savez qu'en vous épousant je reçus sans surprise l'aveu que vous me fîtes, que votre cœur n*était pas à vous. Depuis, je ne fus pas assez heureux pour vous plaire. Un premier sentiment ne s'était pas effacé de votre âme... celui que vous aviez tant aimé revint. Je crus en vous quittant... faire votre bonheur.

— Et dès cet instant, au contraire, dit Caroline, je reconnus combien j'avais été injuste à votre égard. Celui que j'avais aimé... dont le souvenir m'avait poursuivie sans cesse... je le

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retrouvai tel que j'aurais toujours dû le voir : iodigna de ma tendresse*., de mon estime même.** Et vous!... vous!... que j'avais repousse... méconnu l... Âh! je sentis alors... tout ce qu'il y avait de bonté, de générosité dans votre âme... Je me repentis amèrement de ma conduite... car j'aurais voulu,», obtenir encore votre amoun,. mais peut^tre,». il ifétait plus temps...

-«- Abl toujoursl.t. toujours.»* obère Caroline! répond Da^ verny en pressant tendrement sa femme dans ses bras, tan* dis que Marianne yerse des larmes de joie en contemplant ce tableau.

^ Vais où donc avez-vous retrouvé mon fils? reprend Caroline en embrassant encore son enfant.

-^ A une douzaine de lieues d'ici... pires de Chantilly... J'avais été bien loin... j'avais longtemps voyagé inutilement. Je faisais les recherches les plus minutieuses. Enfin, il y a dix jours, le hasard me fit retrouver dans un village Jacques et ce cher enfant. L'honnête homme qui a pris soin de votre filSj a versé des larmes de joie en apprenant que cet enfant allait retrouver sa mère. Pour qu'aucun doute ne puisse exister sur Ti* dentité de l'enfant, nous avons consulté, rapporté les dates, les époques; je me rappelais trop bien le jour où je vous avais trouvée évanouie dans la forêt de Sénart, et je ne pouvais douter que c'était alors que vous aviez perdu votre fils* Jacques avait conservé les vêtements que portait l'enfant qu'il trouva dans la forêt... il me les a remis.*, ainsi qu'un mouchoir que tenait aussi ce pauvre petit* Ce mouchoir, le voilà*** n'est-ce pas bien le vôtre?

-^ Oh! oui!.*, c'est bien celai.** a'écrie Marianne en examinant la marque du mouchoir. Quant à Caroline» elle se contente de presser encore l'enfant sur son cœur en disant : Je n'avais plus besoin de preuves,.* c'est mon fils.«. mon PauU** je le sens au fond de mon âme, il y a là quelque chose qui ne trompe jamais une mère.

— Vous êtes donc heureuse enfin 1 dit Daverny en contemplant Caroline avec un doux sourire» dans lequel se mêle pourtant un sentiment de tristesse. Tous mes vœux sont, remplis. •• et je puis vous quitter»

— Me quitter I s'écrie Caroline en fixant sur son mari des regards pleins di'amour; ah! monsieur..* vous voulez donc que je

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sois encore malheureuse?... vous ne m'avez donc pas entièrement pardonné?

Pour toute réponse, Daverny prend la main de sa femme, qu'il couvre de baisers^ et il reprend en affectant beaucoup de calme :

-^ Cette fois... je ne vous quitte pas pour longtemps... vous me reverrez bientôt... et j'espère qu'alors nous ne nous séparerons plus.

Portant encore à ses lèvres la main de Caroline, Daverny s'empresse alors de quitter la salle comme s'il eût craint de céder à l'émotion qu'il éprouvait.

Caroline a regardé son époux s'éloigner, puis elle est revenue vers son fils, qu'elle ne peut se lasser d'admirer, d'embrasseri auquel elle répète sans cesse :

*^ Tu m'aimeras bien, n'est-ce pas? Mais tout à coup ses re* gards se portent sur Marianne, et elle est frappée de l'exprès* gion d'inquiétude^ d'effroi qui se peint dans ses traits.

— Qu'as-tQ donc, Marianne? dit Caroline; tu ne semblés pas partager ma joie, en ce jour qui me rend mon ûlsl

— Madame, répond Marianne en hésitant, c'est que je pense... M. Daverny qui est parti si promptement...£t puis cet autre.. • avant de s'éloigner... ils s'étaient dit des mots tout bas.*. et.«. je crains.

— mon Dieu ! s'écrie Caroline, dans mon ivresse de retrouver mon fils... je ne voyais rien de ce qui se passait autour de moi. Mais... je me rappelle maintenant, en effet... des injures... une provocation... Oui... oui... tu as raison, Marianne... c'est un duel... c'est pour se battre que mon mari m'a quittée. Se battre I... Ah! malheureuse que je suisl... si j^étais cause de sa mortl... £t cet homme contre qui il va combattre... n'est-ce pas le père de?... Ahl viens, Marianne, viens... sortons, courons sur les pas de mon mari. Je me jetterai à ses genoux... je le supplierai de renoncer à ce duel... il cédera à mes prières. Oui... il ne voudra pas me condamner à des remords éternels. Viens. Ah 1 puissions-nous arriver à temps!

En disant ces mots Caroline prend son fils par la main, et, suivie de Marianne, sort de sa maison sans savoir encore de quel côté elle doit porter ses pas.

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