‹ ŒuvresChapitre 5 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

PAMOI& DBS VHOHXltASIS BU HÀTIN.

La bonne Marianne était dans la chambre âe Gârolinej lorsque celle-ci s'y retire après avoir reçu le bonsoir de son père. Il y avait dans la physionomie de la jeune fille quelque chose qui laissait deviner l'agitation de son cœur; et Marianne, qui connaissait si bien sa chère enfant, s'en aperçut sur-le^hamp.

— Il y a donc du nouveau ici? dit la gouvernante pendant que Caroline se disposait à faire sa toilette de nuit< •

— Du nouveau, ma bonne?... oh I tu veux dire du monde*.. Oui, ce soir, M. Arthur, le neveu du capitaine Gervilliers, est arrivé avec un de ses amis... un gros jeune homme... qui a une drôle de figure.

— Est-ce l'arrivée de ces jeunes gens qui vous a contrariée, ' mon enfant? car vous avez quelque chose*., vous n'êtes pas gaie

comme à votre ordinaire.

— Mais non, ma bonne, je n'ai rien,., je t'assure que tu te trompes.

— Est-ce que votre père vous a grondée?.,, est-ce qu'on vous a taquinée ce soir?... Oh ! mais c'est que je ne veux pas que l'on fasse la moindre peine à mon enfant, moi !

— Je n'ai pas de chagrin, Marianne ; personne icî... je le crois au moins, ne voudrait me faire du chagrin.

En disant ces mots, la jeune fille prend une des mains de Marianne, qu'elle presse doucement dans les siennes, comme pour la convaincre de la vérité de ses paroles; et pourtant cette action produit l'effet contraire, car dans sa voix, dans son regard, et jusque dans la pression de sa main, il y avait je ne sais quoi de mélancolique qui démentait cette heureuse tranquillité que Caroline voulait feindre. Mais le cœur d une mère se trompe rarement, et Marianne était une mère pour celle qui depuis si longtemps n'avait qu'elle pour confidente; elle la regarda tristement, puis hocha la tète en murmurant :

— Ah ! vous avez beau dire 1... il y a queuque chose, mon en* faut, et ce n'est pas de ce soir seulement que je m'en aperçois...

CHARMANf. i^

mais, dame... je n*ai plus toule votre confiance, à ce qu'il parait I... ce serait bien mal pourtant d'avoir des secrets pour votre pauvre Marianne.

— Je n'en ai pas... je n'en ai pas, ma bonne!,., s'écrie Caroline en s'efforçant de sourire.

— Oh I vous aimez mieux dire toutes vos pensées à votre amie mamzelle Ophélie I... qui parle toujours de façon à ce qu'on ne la comprenne pas I... Drôle de manière d'être aimable 1... ça ne l'engraisse pas, cette demoiselle. Ah I ne l'imitez pas, mon enfant; vous parlez si bien, vous I tout ce que vous dites est si naturel, si facile à comprendre!... Vous ne cherchez pas vos discours dans les étoiles, dans les nuages... ça vaut bien mieux, car enfin nous ne sommes pas des habitants des nuages, nous autres.

r- Sois tranquille, ma bonne, je serai toujours la même, et je t'aimerai toujours autant.

— A la bonne heure... c'est parler ça... Il y a plus d'esprit là-dedans que dans tous les discours de mamzelle de Yieussec.

— Bonsoir, Marianne, va te coucher,

— Vous n'avez plus besoin de rien î...

— Non, merci.

— Ahl vous lèverez'vous de grand matin?... ferons-nous une promenade dans les champs avant le déjeuner?

Caroline hésite avant de répondre; ses joues se couvrent d'un léger incarnat; enfin elle balbutie :

— Demain... je ne sais pas si nous aurons le temps... il y a tant de monde à la maison !...

— C'est juste... et on se promènera sans doute dans la jour^ née; il ne faut pas vous fatiguer d'avance, mon enfant. AUons, au revoir; dormez bien.

Et Marianne se retire dans sa chambre, qui est tout près de celle de la jeune fille.

Bestée seule, Caroline reste longtemps plongée dans ses réflexions; elle est triste, elle s'en veut à elle-même de n'avoir pas été sincère avec Marianne. Ce secret que sa bonne lui de* ' mande, pourquoi n'ose- t-elle point le lui confier? pourquoi ne lui attelle pas déjà dit qu'Arthur lui parle d'amour, et que ses discours ont porté le trouble dans son âme, jusqu'alors si calme et si heureuse?

Caroline devinerait-elle que cet amour est une faute? Biais

est-ce donc un mal de répondre à l'amour que l'on inspire? Arthur ne lui a-t-il pas juré cent fois de la chérir toute sa vie? et ne mérite-t-il pas d'être aimé, puisque toutes les femmes le trouvent charmant?

Telles sont les réflexions, les pensées qui se croisent dans cette tête de dix-sept ans. Ce n'est pas l'âge de là raison... estil juste d'en demander beaucoup à ceux qui commencent la vie? Tant de gens arrivent au bout de leur carrière sans en avoir eu assez pour un jour?

Caroline se couche et cherche le sommeil ; mais l'image d'Arthur la poursuit, et le souvenir du rendez-vous pour le lendemain ne lui laisse que peu de repos. L'amour qui commence ne dort guère ! les passions nous fatiguent à la fois l'esprit, l'âme et le corps.

Cependant, la nuit s*est écoulée. Déjà le jour point à travers les Persiennes qui sont aux croisées de Caroline; déjà les oiseaux se font entendre, les oiseaux, si heureux, si bruyants dans un jardin où l'on ne chasse jamais, et qui viennent sans crainte près de ceux qui ne leur font pas de mal.

Caroline écoute, puis elle se lève et va regarder à travers ses Persiennes. Le temps sera beau; mais dans le milieu de l'été, le moment le plus agréable pour jouir de la campagne est celui où le soleil ne se montre encore que faible et doux. Caroline admire les fleurs du parterre, jamais elle n'a eu autant envie de respirer leur odeur. Elle s'habille, tout en se disant : — Je puis bien descendre dans le jardin... me promener là... devant la maison... je n'irai pas plus loin... je ne veux pas aller rejoindre M. Arthur... mais le temps est trop beau pour que je n'aille pas respirer l'air du matin.

Et au bout d'un moment Caroline était au jardin, et en passant devant la porte de Marianne, elle avait marché bien doucement, de peur de faire du bruit ; car sa bonne se serait levée et empressée de l'accompagner; mais cela eût gêné la jeune fille : probablement que la compagnie de sa bonne l'aurait empêchée de respirer aussi bien le parfum des fleurs.

Il est donc vrai que l'on se ment à soi-même quand on fait quelque chose que l'on sent être mal, à moins d'avoir perdu toute candeur, toute innocence, et d'être arrivé à ne plus pouvoir rougir. Il y a des personnes qui arrivent très-vite à ce decrc-là.

charma;nt. it

Après s*étre promenée quelques instants, rien qu'autour du parterre, Caroline fait involontairement quelques pas de plus. Bientôt un petit cri lui échappe : c'est Arthur qui vient de sortir de derrière une charmille, et accourt vers elle.

— Vous voilà donc enfin , charmante Caroline? dit le jeune homme en s'emparant d'une main de la jeune fille, qui tremble à la fois de plaisir et de crainte. 11 y a bien longtemps que je vous attends là-bas... près du bois.

— Là-bas?... mais je n'y allais pas... j'étais descendue seulement pour voir mes fleurs.

— Ahl je vous comprends, mademoiselle; c'est-à-dire qoo vous m'évitiez, que vous ne désiriez pas me rencontrer.

— Je ne vous évitais pas... mais il me semble que je ne dois pas vous chercher. ^ ,

— Ah! mademoiselle! est-ce ainsi que vous répondez à cet amour si vrai que vous m'avez inspiré?

— Vous m'aimez, monsieur Arthur, vous me le dites... et je vous ai cru... Mais, tenez, il me semble que notre amour ne devrait pas être un mystère... Est-ce que l'on cache ce qui n'a rien de criminel?... Pourquoi ne parlez-vous pas de votre amour à mon père?... Il faudra toujours bien le lui dire, pourtant.

— Oh oui! sans doute!... mais le moment n'est pas venu encore... M. de Melleval ne me connaît que depuis peu de temps. •• avant de lui faire part de mes sentiments pour vous, je veux gagner son amitié... En agissant autrement, je risquerais de lui déplaire!... il me faudrait peut-être venir moins souvent ici... vous voir moins souvent!... Ah ! Caroline, je serais trop à plaindre! Croyez-moi, jouissons de notre bonheur... le mystère ajoute aux charmes de l'amour; ne me privez pas de ces douces entrevues, où je puis vous répéter le serment de n'aimer jamais d'autre femme que vous !

Celui qui est aimé est bien éloquent, et le séduisant Arthur avait su captiver le cœur de Caroline. Mais ce n'était point assez pour lui de cet amour si pur, dont tant de mortels eussent été jaloux ; Arthur voulait un triomphe plus complet, et c'est pour cela qu'il donnait ses rendez-vous près du petit bois, où la jeune ûlle sensible et conQante se laissait entraîner par celui qu'elle regardait déjà comme devant un jour être son époux.

S8 UN J£L>N£ UO^JME

Les deux amants se promenaient depuis quelque temps; Arthur demandait toujours à s'asseoir sous un bosquet ou contre une charmille; Caroline trouvait que Ton pouvait tout aussi bien parler d'amour en se promenant; et Arthur, qui craignait d'effaroucher la pudeur de la jeune fille, se contentait de baiser sa main, et, en entourant sa taille, de presser de temps à autre contre son cœur celle qui se fiait à ses serments, qui souriait de plaisir à ses paroles de tendresse.

Tout à coup, au détour d'une allée sombre, un homme pa* rait devant les deux amants. Arthur a frémi... Si c'était le colonel!... Sa conscience lui dit que le père de Caroline aurait le droit de trouver fort mauvais cette promenade dans le petit bois.

Mais une exclamation a déjà rassuré Arthur : c'est Théophile Minot qui se trouve devant le couple amoureux. Caroline rougit et se sent embarrassée, pendant que le gros jeune homme s'écrie :

•— Tiens! déjà en promenade?... c'est comme moi... Mademoiselle, je vous souhaite bien le bonjour... Avez-vous bien dormi, mademoiselle?...

— Fort bien, monsieur... je vous remercie.

— Moi, j'ai très-bien reposé, mais je me suis éveillé de bonne heure^ parce que, quand on a l'habitude d'entendre beaucoup de bruit et qu'on n'entend rien du tout... ça réveille; voilà l'effet que me produit la campagne.

— > Que viens^tu faire par ici de si grand matin? dit Arthur en regardant son ami d'un air qui signifie : Imbécile 1 tu avais bien besoin de te trouver là!

— Ce que je viens faire? répond Minot, je viens chercher l'air de Joseph... tu sais ce bel air...

Vainement Pharaon dans sa reconnaissance.

•^ Mais, monsieur, dit Caroline, il ne fallait pas vous donner tant de peine^ nous avons cet airlà, il est ici.

— Mademoiselle, il a beau être ici, ça ne me l'apprendra pas si je l'ai oublié ! .. . Comme je ne sais pas la musique, je ne chante que ce que j'ai retenu entièrement... vous ne pouvez pas me ooufiler tous les passages, et j'aurais beau regarder les notes... je n'y verrais rien!... Ah si, pourtant! je vois quand ça monte 9t qu^/>d ça descend.

CkÂRlÉÂNT. h

-- Maladroit! qui viens tejeler au milieu de nous!... quand je suis seul avec cette charmante fille! dit tout bas Arthur à Théophile ; tu ne devines donc pas que tu es dé trop ici?

— Je vais aller chercher l'air de Joseph un peu plus loin, dit Minot en voulant s'éloigner; mais en ce moment on entend la voix de mademoiselle Ophélie et celle du capitaine; alors Arthur retient vivement son ami par le pan de son habit en murmurant:

— Où vas-tu?... il faut rester maintenant.

Et Théophile s'arrête en disant :

— Il faut rester... il faut m'en aller, tâche donc de savoir ce que tu veux.

La sociëiése réunit ;OphëUe se plaint de ses nerfs, elle a mal dormi, elle est souffrante. Voyant que M. Théophile ne lui offre pas son bras, elle. le lui demande, et s'appuie dessus comme si elle voulait se faire porter. Arthur a déjà pris celui de Caroline, et le vieux capitaine marche un peu en arrière, tout en fumant un cigare.

On fait ainsi quelques tours de jardin. Arthur et Caroline marchai toujours en avant, le capitaine en arrière, et mademoiselle Ophélie, se trouvant seule avec son cavalier, tâche d'amener la conversation sur un terrain où elle puisse donner l'essor à ses pensées*

— N'est-il pas vrai, monsieur, que l'on se sent doucement ému à l'aspect d'un arbre dont la cime élevée se balance avec majesté au gré du souffle impétueux des vents?... N'aimez-vous pas comme moi à vous promener sous des peupliers... quand leurs feuilles sont agitées?... Ce bruissement a quelque chose qui porte l'âme à la mélancolie.

-* Mademoiselle, répond Théophile, je préfère me promener tous des abricotiers, surtout quand ils ont de beaux fruito*.* J'adore les abricots... même en beignets*

«^ £hl mon Dieu, monsieur» on ne peut pAs toujours manger te fmital reprend la grande demoiselle en faisant un mouvep» ment de dépit; les arbres à fruits se mettent dans un potager.** Moi, je vous parle de ce qui est majestueux... gracieux... Jaime les saules pleureurs, les ébéniers à longues fleurs jaunes, les pins âpres et sauvages, dont la verdure a je ne saiâ quoi de sé^ tère; j'aime le platane qui s'élève vers la nue..* le mélèze aux

larges feuilles, le catalpa dont Tëcorce est si douce, si mince..* Mais des abricots... ah) fi donc!...

— Je sais bien tout le récitatif, dit Théophile, qui n'avait pas écouté Ophélie; mais c'est l'air ensuite que je ne sais plus^.. Attendez, il y a : Douce vallée et champ paternel.

Mademoiselle Ophélie quitte brusquement le bras du gros jeune homme en s'écriant : — Cela devient trop fort; j'aime encore mieux i;non oncle.

En ce moment la cloche du déjeuner se fait entendre, et le capitaine précipite le pas en disant :

— C'est le déjeuner... mon colonel nous attend... vite au quartier!...

M. de Melleval était toujours le premier à la salle à manger; il tenait à donner à ses hôtes l'exemple de l'exactitude et de la ponctualité. Le vieux magistrat arrivait, au contraire, le dernier, et le colonel le grondait toujours, ce qui n'empêchait pas M. de Yieussec d'être encore en retard au rei^s suivant.

La compagnie était en train de déjeuner; Arthur vantait les environs de Draveil, parce qu'il désirait que l'on fît une promenade afin de donner encore le bras à Caroline; mademoiselle Ophélie prédisait un orage; M. de Yieussec branlait la tête pour avoir Tair d'entendre ce qu'on disait autour de lui ; le colonel parlait déjà d'une partie de billard à quatre, et le vieux capitaine attendait l'avis de son supérieur pour l'appuyer, lorsqu'un petit paysan entra dans la salle à manger, et présenta une lettre au maître de la maison.

— C'est le petit jardinier des Troussard... dit Ophélie en souriant. Je devine ce dont il s'agit.

Le colonel prend le billet, l'ouvre, et lit haut :

« Monsieur et madame Troussard sont bien désolés de ne point pouvoir recevoir aujourd'hui M. de Melleval et sa société, ainsi que cela avait été convenu hier; mais un de leurs garçons se trouvant fortement indisposé, ils soAt forcés de remettre à un autre jour le plaisir qu'ils se promettaient pour aujourd'hui. »

— Cela suffit, dit le colonel au jardinier, nous nous tenons pour avertis.

— C'est singulier, dit le vieux capitaine , toutes les fois

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qu'ils invitent du monde à diner, un de leurs enfants tombe malade.

— Et qu*a-t-il donc ce petit bonhomme?... demande Ophélie en s'adressant au jeune paysan qui vient d'apporter la lettre ; estK» dangereux? a-t-on envoyé chercher le médecin?

— Le médecin!... pour qui?... pourquoi, mamzelle?... repond le jardinier d'un air hébété.

— Mais pour le petit garçon qui est malade, apparemment.

— Y gnia un garçon de malade*^... et où ça?

— Mais... chez vos maîtres, puisqu'ils nous le font dire.

— AhUdamel mamzelle, je n'en sais rien... Si les petits gars sont malades, il faut qu'il gni ait pas ben longtemps, car tout à l'heure encore ils se bourraient de prunes tous les trois, que ça laisait plaisir à voir.

— C'est bien, c'est bien, dit le colonel ; allez, allez, mon garçon, votre commission est faite.

— Mademoiselle Ophélie, vous êtes méchante, dit M. de Mellevai en souriant.

— Ma foi, monsieur, je trouve que l'on est trop bon d'avoir l'air de croire les mensonges des autres... Il y a comme cela une foule de gens qui passent leur vie à vous faire des invitations ou des offres de services, et qui seraient désolés qu'on les prît au mot... Ce n'est pas que je regrette le diner des Troussard, je n'y serais point allée.

— On s'amuse assez chez mon colonel pour ne point désirer aller ailleurs, dit le capitaine en se versant à boire ; et M. de Melleval, flatté de ce petit compliment, frappe sur l'épaule du vieux capitaine, en lui disant :

— Ahl capitaine!... vous êtes un flatteur... mais c'est égal, je vous prends avec moi pour nous défendre contre ces mes* sieurs... Allons, allons, au billard!

II n'y avait pas moyen de refuser. Arthur jette un triste 'regard sur Caroline, et suit ces messieurs à la salle de billard. On y passe une partie de la journée, le temps étant devenu trop mauvais pour la promenade. Le colonel jure après le capitaine quand celui-ci manque une bille, et toutes les fois que son supérieur a joué, .le vieux militaire s'écrie :

— Admirablement joué! je n'en ferais jamais autant.

Le soir réunit toujours la compagnie dans le salon. Les voisins viennent, excepté M. Troussard, qui est censé rester au--

A% UN JBUIfB HOMME

près de ses fils; mais mademoiselle Ophëlie assure qu'il doit être à sa cave. On joue, on cause, on fait de la musique; mais il y a deux personnes qui, sans presque rien se dire, se parlent plus que toutes les autres.

Plusieurs jours s'écoulent. Arthur maudit la pluie qui empêche les promenades du matin ; Théophile apprend par cœur sa partie dans un du(» qu'il doit chanter avec mademoiselle Troussard, dont il est toujours enthousiasmé, et mademoiselle Ophélie se trouvant isolée au milieu de ce monde qui ne la comprend pas, a la migraine tous les matins, et est de mauvaise humeur tous les soirs.

Mais le temps redevient beau ; le soleil se lève de nouveau dans un ciel ^sans nuages; les oiseaux chantent de plus belle sous les fenêtres de Caroline, et les doux ombrages, les verts gazons, les allées de feuillage ont un charme de plus^ car pendant quelques jours on n*a pu les visiter.

Caroline se lève encore avec le jour ; elle va encore regarder à travers sa fenêtre ses fleurs, son parterre; un combat violent se livre dans le cœur de la jeune ûUe, qui unit toujours par descendre bien doucement, en se disant :

«— Ohl je n'irai pas du côté du petit bois.

Mais elle est toujours certaine de rencontrer celui qui a juré de triompher de son innocence... La pauvre enfant ne se doute pas de tous les dangers qu'elle court en écoutant Arthur. Celui qu'elle aime lui jure si bien de toujours faire son bonheur; il est si beau, si séduisant, qu'elle est fîère d'être aimée de lui.

Pourtant Caroline revenait chaque jour plus rêveuse, plus inquiète de ses promenades avec Arthur; sans deviner le danger qui la menaçait, un secret pressentiment semblait l'avertir qu'elle devrait au moins se faire accompagner par Marianne, et lui avouer son amour pour le neveu du capitaine. Mais le jeune chomme suppliait ans cesse Caroline de ne mettre personne dans leur confidence; le temps n'était pas encore venu, disait-il, où ils pourraient hautement avouer leur amour.

Un matin, cependant, en sortant du petit bois, Caroline n'était plus la même, ses yeux étaient rouges de larmes ; elle vou« lait absolument aller se jeter aux genoux de s^n père, aller pleurer sur le sein de Marianne, et Arthur avait mille peines à la consoler, quoiqu'il prodi^t à la jeune fille les noms les plus tendres et les plus doux.

Mais Caroline était inconsolable; elle avait perdu le repos, le sommeil ; et lorsque la bonne Marianne la suppliait de lui apprendre le sujet de sa douleur, la jeune ûlle se jetait à son cou en s'ëcriant : — • Tu le sauras... je te dirai tout... Oh! mais pourvu que men père ne s'aperçoive pas que j'ai pleuré I

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