‹ ŒuvresChapitre 11 sur 70 · LE VIEUX LOGIS · texte numérisé non relu

LE VIEUX LOGIS

L'ombre du corridor, la nuit des cheminées

Par tant de feux ardents jadis illuminées.

Plus de réveils d'enfants : les rires sont éteints

Dont l'éclat répondait à l'éclat des matins.

Plus d'ordres, plus d'appels. En ces murs où nous sommes

Qui donc nous redira ce qu'ont voulu les hommes?

Devant ce crucifix, dans l'alcôve oublié,

Triste, au bord de la nuit, quelque femme a prié.

Peut-être que la chambre où tu pénètres seule

A vu la jeune fille incliner vers l'aïeule

Un front chargé de rêve et de crainte et d'amour.

Leurs secrets ont été le murmure d'un jour.

Rien n'est plus.

Descendons. Vois, la cour est déserte.

Ne trouble pas l*éelio que (a voix déconcerte. Les lieux déserts, témoins des âges révolus, Sont comme des tombeaux : l'homme n'y parle plus. Là des gens ont vécu dont nul ne sait l'histoire. Us ont mis sur la terre une ombre transitoire. Le grave enseignement qui nous vient du passé S'augmente en mon esprit du peu qu'il a laissé.

Viensprès demoi. Le temps détruit l'homme et la pierre. Malgré les pleurs amers qui brûlent ta paupière, Cherchons ensemble, autour des prochains horizons, Les visages éteints de nos vieilles maisons.

LF. MAUSOLÉE

Si pour moi, quelque jour, tu tais creuser la terre, Choisis au fond des champs, près du ciel solitaire, Ce lieu sauvage où l'herbe efface les chemins. Vois : le soir met là-haut dos ors et des carmins Et des flèches de feu glissent dans la ravine. Sous l'horizon, la mer est proche : on la devine. Te souviens-tu des bruits terribles d'autrefois? Mais la clameur des eaux ne couvre plus les voix : J entends la tienne et quand tu parles, mon amie, On dirait que la mer au loin s'est endormie.

La terre est douce, les chemins qui vont là-has Sont tranquilles, la mousse éteint le bruit des pas; Cet arbre, d'où l'orfraie au jour s'est envolée, Protégerait l'agreste et pieux mausolée De celui qui vécut dans les champs et les bojs.

HEURES EOI.VlAIiXES

Un mausolée? une humble pierre sous la croix. Fais-y graver un nom, indique la naissance Avec le jour prochain de l'éternelle absence. N'ajoute rien de plus, va, puisque tout finit. Laisse les grands espoirs à quelque vain granit, Car le temps rit dans les mensonges de la pierre. Garde au visage aimé l'abri de ta paupière. Là-haut, quand régneront le silence et l'oubli, Tu reviendras encor, de ton pas affaibli, Par les mêmes chemins, rêveuse, toujours seule, Et, sous ton voile noir, blanche comme une aïeule. Qui sait! Tu souriras peut-être à mon tombeau, En voyant de tes jours vaciller le flambeau, Sans qu'une ombre ait jamais terni la pure flamme Du vieil amour gardé saintement dans ton âme. lit tu diras : « Voici la fin de ce long deuil, Le mystère s'entr'ouvre et j'ai touché le seuil, Et des souffles divins ont effleuré ma bouche. »

Puis, lorsqu'elle étendra ses ailes sur ta couche, La mort, eu se penchant, trouvera dans tes yeux Un mausolée au fond des champs silencieux.

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