DANS LE CIMETIERE
C'est la fleur de la Mort qu'avec l'eau de son flanc
Le Christ ai-rose et fait renaître et qu'il déploie
Pour que l'homme l'adore et pour que Dieu la voie;
La fleur de l'Espérance aux immortels parfums.
Heureux si vous avez dans l'ombre, ô chers défunts,
Jadis dans le secret des terrestres misères,
Versé toute votre àme et des larmes amères,
Les pleurs de vos chagrins les plus mystérieux
Sur l'arbre qui porta le Mystère des Cieux.
Heureux ceux dont les cœurs brûlaient comme les cierges
Sur des autels fleuris. Bienheureuses les vierges
Qui tenaient, pour le temps et pour l'éternité,
En de fragiles mains, les lis pleins de beauté,
Pleins de grâce, avec leurs corolles renversées
Et pâles sous le poids des célestes pensées.
Du champ des morts j'ai vu la terre des vivants.
La moisson qui frémit aux caresses des vents,
Haute, droite, sans bruits, demeurait immobile
Dans la lueur du soir magnifique et tranquille.
Pas un vol, pas un cri ne partait des sillons.
Dans le lointain, les chars manquaient, mais aux rayons
Hue le soir envoyait, les croix souriaient toutes A l'étrange abandon de la plaine et des routes. Du champ des morts, là-bas, à l'occident vermeil, J'ai vu, dans l'agonie énorme du soleil, S'évanouir les bois le long des étendues Et disparaître, au fond des campagnes perdues, Un noir fourmillement de troupeaux qui fuyaient. Seules, devant la nuit proche, les croix brillaient, Car l'ombre, qui semblait couvrir la terre entière, L'ombre laissait survivre, autour du cimetière, Pur et d'autant plus doux sous le ciel attristé, Comme un reflet de gloire et d'immortalité.
LE PHT1SDJUE
Les flammes du foyer retirent leur lumière
Du visage de l'homme assis dans la chaumière.
L'être immobile a la pâleur des moribonds.
Ses tristes yeux, gênés par l'éclat des charbons,
Regardent la fenêtre et les lointains villages.
L'air ne fait même pas chuchoter les feuillages,
Et les grands peupliers sont tout droits dans la nuit.
Sous la lune les champs déserts n'ont aucun bruit.
Seuls des pas rapprochés résonnent sur la route,
Des gens parlent entre eux et le malade écoute.
Dans le câline effrayant de l'immobilité
Il recueille les sons avec avidité.
Les pas troublent son cœur, des mots lui font envie.
Qui donc passe devant la maison? C'est la Vie.
L homme est jeune, il voudrait eucor franchir les monts,
Gagner la plaine : un mal horrible en ses poumons
Détruit le souffle : il peut s'éteindre à chaque haleine.
Il ne reverra plus les coteaux ni la plaine,
Et les hauts peupliers, noirs et mystérieux,
Comme des cierges d'ombre, au fond des tristes yeux
Vont se planter, tout droits, sans que rien les balance
En des vallons d'oubli, de mort et de silence.
Les arbres des vallons, sonores autrefois,
Bruissaient, frémissaient aux vents, telles des voix
Orchestrales au loin, profondes, sans pareilles,
De mille bruits légers emplissant les oreilles.
Les arbres chantaient bien... Pourquoi sont-ils muets?
Près du jardin la lune a d'étranges reflets...
Voici que l'homme a peur... 0 nuit, 6 solitude!
11 désire la main qu'il presse d'habitude.
L'affectueuse main promise aux derniers jours,
Il ne peut la chercher : ses bras, devenus lourds,
Restent collés aux flancs que le râle soulève.
Et l'homme, vei^s le ciel ouvrant ses yeux de rêve,
Par la vitre où la lune, ample et soudaine, a lui,
Croit voir- la mort descendre et ricaner sur lui.