‹ ŒuvresChapitre 16 sur 70 · LE DIX-CORS · texte numérisé non relu

LE DIX-CORS

Des coteaux étages gagnant les sommets clairs, Le cerf monte. Il descend. La sueur et la brume Assombrissent les poils de son manteau qui fume. Il passe, le col haut et les yeux pleins d'éclairs,

Il détale, bondit, la ramure couchée ; Le fourré ploie ou craque aux élans de son corps. Au loin la meute aboie, au loin sonnent les cors, Mais le cerf n'entend plus l'ardente chevauchée.

Il regagne un sommet, voit tout un grand pays, Tend l'oreille : pas un galop, pas un murmure. De l'animal sauvé l'orgueilleuse ramure Maintient sa triple fourche au-dessus des taillis.

Puis il vient tout entier s'offrir à la lumière. 11 croit la forêt calme. Et dans le jour pâli, Au milieu des clameurs d'un sombre hallali. Le vieux dix-cors sera couché dans la bruyère!

Les hameaux qui l'ont vu sur le ciel des matins, Les bardes, sous la brande épaisse retirées, Vont entendre le long hurlement des Curées Et les appels du cor, terribles et lointains.

À ce drame le Soir mêlant son agonie Fuira, louche et sanglant, par les bois anxieux. Puis bientôt, dans la nuit, gémiront les Adieux, La dernière fanfare et sa plainte infinie.

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