LES TRUANDS
Truands, voici l'hiver : recousez vos manteaux. Plus d'un richard frileux au coin du feu s'enrhume. Gueux des champs et des hois, des vallons, des coteaux, Drapez-vous dans le froid, dans la pluie et la brume.
Marchez! La terre et l'air ne vibrent qu'avec vous. Vous chantez quand le vent fouette vos durs visages. Marchez, nombreux, d'un pas sonore et montrez-nous La race flagellée au fond des paysages.
Au loin la terre était vide des grands troupeaux, Le soir abandonnait le ciel où vous surgîtes, Et l'ombre conseilleuse invitait au repos, l^t la nuit vous poussait, haletants, vers les gîtes.
Groupés devant les seuils à la voix des fermiers, Sur vos lèvres fumaient les soupes délectables. Puis, réchauffant la paille froide où vous dormiez, Des souffles d'animaux emplissaient les étables.
Malgré le sombre hiver, demain comme aujourd'hui, Affamés, harassés, vous marcherez encore, Aimant d'un âpre amour l'Heure qui vous conduit Courbés sous le couchant, redressés dans l'aurore.
L'aube éclaix-e là-bas les villages, les bourgs Et les clochers de neige où l'âme des dimanches ( >ffre ses carillons légers à vos pieds lourds, Pendant que le soleil rit sur les plaines blanches.
Les mères, les enfants parfois jettent des cris,
Les pères sont muets, mais les vieillards se plaignent.
0 pauvres gens, venez adorer Jésus-Christ :
Il vous attend Celui dont les divins pieds saignent.
De son Cœur jusqu'à vous s'épanchent des rayons. Le Ciel brille à travers les bardes déchirées,