LE TROUPEAU
Le sombre hiver avec la bise est sur la plaine. Un berger trahie au loin, derrière son manteau, Le groupement frileux d'un tout petit troupeau. Les moutons rapprochés grelottent dans leur laine.
Ils tiennent peu de place au chemin qu'ils ont pris Et s'en vont, tache errante, à travers l'étendue. Leurs pieds qui maintenant montent la côte ardue Ont des fourmillements légers sur le ciel gris.
Avant la nuit, déjà mêlée au crépuscule, Sous le souffle du vent qui courbe la forêt,
'.6 HEl'RES LOINTAINES
Là-haut, dans la tristesse immense d'un guéret, Passe le bêlement du troupeau minuscule.
Combien sont-ils, au ras des sillons ténébreux? Soixante à peine. Ils vont, roulant comme une vague, En leur forme tantôt précise, tantôt vague, Mais toujours plus lointains et toujours moins nombreux.
En des soirs que j'ai vus les monts et les vallées Sentaient de grands troupeaux sourdre, paître, marcher. Et voici qu'aux regards qui pourraient les chercher S'offre le front désert des terres désolées.
Car ce dernier pasteur qu'affuble un manteau noir, Ce maigre chien lancé vers le mouton qui bêle, Les brebis, les agneaux qui marchent pêle-mêle, Le bélier dont la tête émerge au fond du soir;
Tout cela prend l'aspect étrange des Chimères ;
C'est l'image réduite ou l'ombre du passé.
Tout le flot de la vie ancienne est effacé.
Les grands troupeaux n'ont eu que des jours éphémères.