‹ ŒuvresChapitre 28 sur 70 · LA CROIX ROUGE · texte numérisé non relu

LA CROIX ROUGE

Tout se tait. Les calices brillent. Dieu descend. Les prêtres ont mangé le Corps et bu le Sang. Sous les chasubles d'or que vos mains ont brodées Ils portent maintenant d'immortelles idées. Mystiques nourriciers, Dieu les charge d'offrir Le froment de la vie à ceux qui vont mourir, Car la vie éternelle est au fond des ciboires. Les Sacrificateurs remontent dans les gloires De l'autel ; puis leur geste envoie aux bataillons Le signe auguste et fort des bénédictions.

Tout à coup, les canons feront trembler la teiTe; Mais le soldat qu'aura toucbé le signe austère, Eût-il la vision terrible du trépas, Debout, face aux canons, ne reculera pas. Ce chrétien-là, plus grand que le païen stoïque, Vous le verrez tomber dans le soir héroïque. On entendra son cri d'amour et de douleur. La nuit, d'un voile froid, couvrira sa pâleur. Alors il se perdra dans l'obscure pensée Du pays, de la mère ou de la fiancée... Qu'importe! il a souffert, il a voulu souffrir!

Et l'ange de pitié qui l'entendra mourir,

Prenant l'âme en ce corps de glace où rien ne bouge,

Sur le front d'un Élu tracera la Croix Rouge.

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