‹ ŒuvresChapitre 29 sur 70 · SUR LA MORT D'UN AMI · texte numérisé non relu

SUR LA MORT D'UN AMI

De tes amis, de tes parents, de ton épouse, De ton jeune bonheur la Mort était jalouse. Elle a voulu, soudaine, horrible, sans pitié, Couvrir d'un double deuil l'amour et l'amitié. Va, de nos cœurs meurtris la blessure est si vraie Qu'il y saigne le sang échappé de ta plaie ; Et si la vie encore entrait dans ton repos Tu sentirais nos yeux ouverts sur tes yeux clos ; Tu percevrais, au fond du tombeau, selon l'heure, Ou le pas qui te cherche ou la voix qui te pleure. La femme vient trouver son époux endormi, La mère son enfant et l'ami son ami.

(1) Emile Cotrel La Satjssaye, mort accidentellement le 22 novembre 1900.

La terre aimait ton âme et quand le ciel l'a prise, Le monde a tressailli de douleur, de surprise. Nul ne pouvait comprendre un aussi noir trépas. Ceux qui veulent compter les jours n'admettaient pas Que l'épouse à vingt ans prit un voile de veuve. Et la foi de plusieurs se troubla dans l'épreuve.

Enfant aimable et doux, jeune homme gracieux,

Qui marchais le sourire aux lèvres sous les cieux;

Qui t'en allais, d'un pied affectueux et ferme,

Sans songer au malheur et sans prévoir le terme;

Parmi tant de. chemins, toi qui ne semblais voir,

Au-dessus des plaisirs brillants, que ton devoir ;

Jeune homme au geste franc, à la parole chaste,

Que tous les biens trouvaient sans orgueil et sans faste;

Bon juge, conseiller discret, cher confident;

Etre méditatif, qui venais cependant,

Suivant l'occasion heureuse ou malheureuse,

Mêler aux autres voix ta voix judicieuse;

Qui donc s'étonnerait de notice désespoir

Quand la mort te frappa dans les ombres du soir?

Après qu'elle eut dressé la ténébreuse embûche

Page 1