‹ ŒuvresChapitre 30 sur 70 · SUR LA MORT D'UN AMI · texte numérisé non relu

SUR LA MORT D'UN AMI

Où disparaît ta vie, où notre foi trébuche, Où, partageant des tiens les affreuses douleurs, Tout un pays, en te nommant, versa des pleurs?

Ami, c'est au pays natal que tu reposes.

Pour la vie éternelle et ses métamorphoses

Nous devons lous dormir des temps mystérieux.

Et ton ombre hâtive a rejoint les aïeux.

Ton oreille a connu leur voix lointaine et tendre.

Ils sont bien près de toi : tu pourrais les entendre.

Par l'immortel amour informés à demi,

Enfant, peut-être bien que leur cendre a frémi

Lorsque le fossoyeur, en remuant la terre,

A découvert enfin le cercueil solitaire

Où, de ses doigts glacés, l'aïeul au petit-fils

Semblait montrer les bras divins du Crucifix.

Ne pleurons pas. Gardons des cœurs purs et fidèles. Que les tombes jamais ne nous trouvent loin d'elles. Que tout regard s'arrête et cherche des leçons Aux croix de la campagne aride où nous passons. Le temps brunit le fer, le temps noircit la pierre.

Près du village, entrons dans le vieux cimetière.

N'est-ce pas, que les plus anciens sont les plus doux?

Près du mur, dans la haie, on voit luire les houx,

Aux coins ahandonnés, dans l'air et le silence,

Leheau genêt fleurit, l'airelle se balance;

La ronce couvre en vain de ses maigres rameaux

Des noms de paysans connus par les hameaux.

Et pourtant à nos yeux, dans le soir, dans l'aurore,

Sur ces champs de l'oubli que la lumière doi'e,

Apparaît le néant d'un immense passé...

Que fera l'avenir de ce monde effacé?

Un jour, sous les genêts, les ronces, les airelles, Sous la terre où les yeux renaîtront, purs flambeaux, Les morts soulèveront la pierre des tombeaux De leurs têtes surnaturelles !

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