‹ ŒuvresChapitre 31 sur 70 · L'HOMME QUI PASSE · texte numérisé non relu

L'HOMME QUI PASSE

Le crépuscule est fait de pourpre et d'améthyste.

L'homme, seul, lentement, au loin, dans le soir triste,

Marche. Il s'en va, d'un pas pesant et mesuré,

Vers le gîte inconnu, vers le but ignoré.

Courbé sous le fardeau des labeurs ou des peines,

Il n'a pour compagnons que les oiseaux des plaines.

Il les voit, le Désir nocturne étant sur eux,

Entrer d'un vol puissant dans les bois ténébreux;

Il les suit de ses yeux fermés, comme en un songe.

La campagne est déserte et la route s'allonge,

Grise dans la lueur du soir agonisant.

Et l'homme, seul, s'en va, s'en va, d'un pas pesant

Et l'horizon douteux met à chaque enjambée

Toujours un peu plus d'ombre en sa tête absorbée.

Passant de mon pays, je ne te connais pas, J'ignore où va ton cœur, j'ignore où vont tes pas, Je ne sais rien du mal qui courbe vers la terre Le corps exténué du marcheur solitaire.

0 toi, dont les pieds las traînent sur les guérets, Es-tu l'homme des champs ou celui des forêts? Dans la vallée immense et qui semble endormie, Rejoins-tu quelque enfant? Aurais-tu quelque amie Dont le falot tremblant, élevé sur le seuil, Te promette de loin les douceurs de l'accueil? Pour toi, tout près de l'àtre, a-t-on dressé la table? Regagnes-tu la ferme ou cherches-tu l'étable? N'es-tu que la Misère au fond du ciel lointain? Vieux fantôme du soir, verras-tu le matin? Des pas que tu dois faire encor Dieu sait le nombre. Déjà ta forme lutte et s'abîme avec l'ombre : Pour la perdre à jamais, que faut-il? Un moment. Tout s'efface.

Oh! que l'homme a passé tristement...

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