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A UNE MÈRE

0 femme, qui passais tantôt dans le chemin, Par l'époux escortée et d'un enfant suivie, Mets ta jeunesse en fleur au-dessus de l'envie En la sacrifiant aux gloires de l'hymen.

Epouse respectée et mère encor demain, Aux lois d'un double amour qu'on te voie asservie, Et, consacrant ta force à l'orgueil de la vie, Prends une large part dans le bonheur humain.

l(>-2 VOIX DE LA GLEBE

Le fils à tes côtés croîtra comme l'arbuste. La fille héritera de ta beauté robuste. Présentant au Seigneur ta couronne d'enfants

Tu seras devant lui grandement honorée,

Femme au labeur fécond, mère aux jours triomphants,

Que les désirs mauvais n'auront point effleurée.

Or, le Seigneur a dit :

« Perpétuez les races, Croissez, multipliez en de féconds hymens. Aimez : je vois les cœurs. Allez : je suis vos traces Et ma paix descendra toujours en vos chemins.

« Et je vous bénirai, familles désirées; J'adoucirai le joug noblement accepté; J'enverrai l'abondance et la joie aux contrées Où fleuriront les fleurs de la maternité.

« Vous verrez, quel que soit le lieu, le temps ou Pombre, La justice attachée aux rigueurs de ma loi.

Par la soumission, par l'effort, par le nombre, Irrésistiblement vous monterez vers moi.

« Des labeurs et des maux j'ai mesuré la somme, L'éclat du ciel perdu reste sur l'avenir Et du ciel reconquis j'éblouirai tout homme Qui, libre, au plan divin tentera de s'unir.

« Oui, je vous recevrai dans ma gloire infinie, Vous, les exécuteurs des choses qui m'ont plu ; Vous tous qui, de mes lois complétant l'harmonie, Procréez l'être autant que mon cœur l'a voulu .

« Gardez bien le respect de vos prérogatives, Ne dénaturez pas l'acte où je vous admets, Car sur les volontés rebelles ou craintives Sachez-le, ma pitié ne descendra jamais.

« Mortels, aimez la vie et son profond mystère. Malgré la tâche rude où vos corps sont plies, Soyez forts et nombreux pour dominer la terre. Hommes de tous les temps, croissez, multipliez! »

C'est en vain, Seigneur Dieu, qu'à travers l'étendue Le verbe a retenti sur tous les horizons, Aujourd'hui dans les cœurs votre loi s'est perdue Et l'égoïsme abject dépeuple nos maisons.

La foi s'en va, l'amour s'éteint, la peur s'efface, L'hymen béni par vous s'accomplit contre vous, Et vous devez souvent détourner votre face Quand l'épouse, ô Dieu pur, s'approche de l'époux.

Les semeurs du néant ont avili leurs flammes; Transformant la demeure en quelque mauvais lieu, Ils ont refusé l'être et supprimé les âmes Oui déjà palpitaient dans le désir de Dieu.

Les sourires d'enfants aux clartés lihales Leur ont déplu; le nid repousse les oiseaux; Dans l'étonnant mépris des gloires familiales, Ils ont au foyer vide épargné les berceaux.

Ils ont d'un droit unique affligé l'héritage

Et le drap nuptial chez eux n'est qu'un linceul,

Car l'héritier, soumis à la loi du partage,

Ils l'ont rêvé tout seul, ils l'ont voulu tout seul.

D'autres, plus positifs, plus froids clans la révolte, Ont refusé l'enfant au désir éternel ; Ceux-là, gardant pour eux les champs et la récolte, Ont limité la vie à leur moi criminel.

L'homme, tueur du germe, a renouvelé l'acte Oui dans le lit funèbre éteint le doux flambeau. La femme, au flanc stérile, a fait, liée au pacte, Le refus de sa force au devoir le plus beau.

Alors Dieu, fatigué de tous ces misérables,

A voulu châtier la bête et son désir.

Le Maître a désuni les couples exécrables

Et mis le deuil chez ceux qui songeaient au plaisir.

L'existence inutile, inféconde et brutale

Veut que l'être agité porte ailleurs son tourment.

Lassitude ou dégoût, voici la loi fatale :

Le vice dans les cœUrs fleurit obscurément.

Après avoir joué de la vertu des femmes, Les hommes ont connu la honte et le remord A l'heure où, surprenant les rendez-vous infâmes, Contempteurs de la vie, ils ont donné la mort.

Vengeance ! Mais le nom garde une flétrissure ; Devant lui le vengeur ne s'est point acquitté. Vengeance ! Mais le cœur gardera la blessure Qui saignera toujours, toujours en vérité.

Et plus loin : le Seigneur a détruit la famille. In souffle qui passait vient d'emporter l'enfant. Le fils unique est mort, morte l'unique fille, Le deuil cruel succède au rêve triomphant.

Au poids du châtiment la vie est hien légère. L'enfant parle, tout rit, nul ne peut supposer Que déjà vers la mort penche la tête chère, vSi joyeuse au regard et si douce au haiser.

Quand l'ange de la mort a désigné ta porte Et marqué celle tête où vivait Ion orgueil,

Avec l'indifférent je n'ai point dit : Qu'importe ! Pauvre père, ton deuil est devenu mon deuil.

Mais, le jour où la fleur de ton sang s'est flétrie, J'ai connu des sanglots plus profonds que les tiens. C'étaient des cris d'alarme! Et c'était la patrie Qui demandait : Où sont mes fils et mes soutiens?

Où sont les bras? où sont les hommes pacifiques, Les moissonneurs penchés qui se redresseront Au pas envahisseur des peuples prolifiques? La patrie en danger, combien la défendront?

Peuple, si l'aigle noir plongeait son bec vorace Dans ta chair, nos destins seraient-ils termines? Soumettras-tu jamais ton génie et ta race? Céderas-tu la terre où tes aïeux sont nés?

Non! mais comment lutter, pays des foyers vides? France, les étrangers ont mal parlé de toi Et s'ils t'ont regardée avec des yeux avides, C'est <pie la loi du nombre, hélas! n'est plus la loi.

Et j'ai peur du péché qui t'a diminuée, Et j'ai l'effroi du mal qui décime les rangs, Juste à l'heure où là-bas monte vers la nuée Formidable et vengeur le cri des conquérants.

Li: LAIÏOUREUU

11 laboure, le corps penché, tenant l'araire A poignée, et le vent, qui passe en tourbillons, Ne hurle pas si haut qu'il puisse le distraire Du rude et lent travail d'où naissent les sillons.

Les chevaux, du même âge et du même pelage, Appliquent fortement au sol leurs pieds adroits, Et sous un double effort font gémir l'attelage, Quand le soc au rocher se heurte par endroits.

Pour la vingtième fois, ils ont gravi la côte,

Monté l'âpre versant qu'il faudra dévaler.

Le laboureur à ses chevaux parle à voix haute :

» Compagnons, nous touchons la crête, il faut souffler

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