‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 107 sur 175 · Aiai.cey · texte numérisé non relu

Aiai.cey

Maintenant je ne saurais vous dire sur quel grand chemin je serai quand vous recevrez cette lettre; mais quelque part que je sois, il se passe peu d'heures que je ne pense à vous, et comptez qu'à l'instant où vous lisez ceci, je me rappelle toutes vos bontés. Vous jugez bien, madame, que dans ces continuelles courses, si j'ai eu le temps de lire, comme j'ai fait, avec grand plaisir votre ouvrage1, je n'ai pu songera le traduire. Ce n'est pas un travail à fane currente culamo, moins encore currente scriptore. Pour y apporter tout le soin et l'attention nécessaires, il faut du repos, il faut ne penser à autre chose. Puis, vous traduire c'est un plaisir, et tous les plaisirs je les veux goûter à mon aise. Je m'arrêterai bientôt à Pise, à Livourne ou ailleurs, et, dès que j'aurai posé le pied quelque part, j'entrerai en fonctions comme votre interprète, et ferai de mon mieux pour transmettre à nos Français vos charmantes leçons.

J'ai vu Lamberti à Milan. Nous causâmes fort de vous; il avait reçu vos lettres, et il voulait que je lui montrasse votre Perspective. Je l'aurais satisfait, sachant que c'était votre intention ; mais le cahier était dans ma malle, et ma malle était en chemin. Lamberti est bien a cette cour, bien logé, bien payé, bien vu de tout le monde; il doit être heureux, et il le mérite.

Ne tardez point trop, je vous prie, à me donner de vos houvelles ; et si vous êtes paresseuse, comme je le crois, ne vous déplaise, faites-moi écrire par quelqu'un de vos secrétaires. C'est de tous mademoiselle Henriette dont je lis le mieux l'écriture. Ses vers m'y ont accoutumé, car je les lis souvent, et je les montre aux gens que je veux étonner. J'espère que ses mains ne souffrent plus, et vont reprendre cette plume dont tous les traits sont divins. Si elle a composé quelque chose de nouveau, employez, je vous prie, votre autorité, pour que cela me soit envoyé.

Youdrez-vous bien, madame, présenter mon respect à madame Caroline? li faudrait m'étouffer si j'oubliais jamais le

Page 1