‹ ŒuvresChapitre 19 sur 37 · Sur Xénophon · texte numérisé non relu

Sur Xénophon

dans ce que je vous dis là. Je vous regrette tous, mes camarades : j'ai passé avec vous des momeats agréables. Cependant, pour avoir du bon temps, je crois qu'il vaut mieux être libre.

Le diable s'était mis dans mes affaires en France. Je demande un congé pour aller voir ce que c'était : on me le refuse. J'avais déjà demandé à passer en Espagne, comptant bien que je pourrais, en allant ou revenant, faire un tour au pays. Ah ! ah! on ne m'écouta seulement pas. Aujourd'hui c'est ma démission dont je régale Son Excellence, et pour cela je ne crois pas qu'il y ait de difficultés.

Vous me devez de l'argent : quand je dis vous, c'est le régiment. On a reçu sans doute depuis un an mon traitement de la Légion d'honneur: avisez, je vous prie, aux moyens de me faire toucher cela ici, vous m'obligerez. Adieu, major; adieu, Hasard et tous mes camarades connus et inconnus; adieu, mes amis : buvez frais, mangez chaud, faites l'amour comme vous pourrez. Adieu!

LETTRES INEDITES

A M. Akcrblad.

Milan, le 12 mars 1809.

Ma première lettre est pour vous; du moins n'ai-je encore écrit à personne que je puisse appeler ami : et ceci soit dit afin de vous faire sentir l'obligation où vous êtes de me répondre, toute affaire ou toute paresse cessante.

En arrivant ici, j'ai demandé un congé ; on me l'a refusé : j'ai donné ma démission. J'ai fait, comme vous voyez, ce que j'avais projeté : cela ne m'arrive guère. Je projette maintenant d'aller à Paris; mais j'attendrai pour partir que la neige soit un peu fondue sur les Alpes, et je veux les repasser avant qu'il en vienne d'autre : car je ne puis plus vivre que dans le beau pays ove il si siiona.

Ma lettre sans doute vous trouvera encore à Florence et au lit, je m'imagine : car voilà un retour de froid qui va vous faire rentrer dans le duvet jusqu'au nez : non tibi Svezia parcns.

Si vous étiez enfant du Nord, vous vous ririez de nos frimas, et tout vous semblerait zéphyr en Italie. Donnez-moi bientôt de vos nouvelles: partez-vous toujours pour Rome ? J'y serai, je crois, avant vous, si Dieu nous maintient l'un et l'autre dans les mêmes dispositions.

ECRITES DE FRANCE ET D ITALIE lyi

Lamberti a fini son Iliade, et il va la porter à l'empereur.

C'est un homme heureux, Lamberti s'entend. Il a, du métier littéraire, les agréments sans les peines; il vit avec ses amis, il travaille seulement pour n'être pas désœuvré. Son chagrin (car il en faut bien), c'est cette farine sur son visage.

Qui fait fuir à sa vue un sexe qu'il adore.

Aimez-vous les vers ? en voilà. Le pauvre Lamberti gémit de n'oser se montrer aux belles après s'être vu leur idole; bon homme au demeurant, d'un caractère aimable. Il sait assez de grec et beaucoup d'italien; il a un frère qu'on vient de faire sénateur du royaume : je ne doute pas qu'il ne le mérite autant pour le moins que Roland, qui était sénateur romain, au dire d'Arioste. J'ai appris, à cette occasion, que le royaume avait un sénat; mais je ne sais trop au vrai ce que c'est qu'un sénateur.

A une lecture de Monti (c'était encore Homère, traduit par lui, Monti; et toujours de l'Homère ! je crois que j'en rêverai), il a lu justement le livre où sont les deux comparaisons de l'âne et du cochon, et j'ai été témoin d'une grave discussion : savoir si l'on peut dire en vers, et en vers héroïques, asino et porco. L'affirmative a passé tout d'une voix, sur l'autorité d'Homère, appuyé de son traducteur et

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LETTRES INEDITES

de son éditeur présents. Notifiez cet arrêt à vos lettrés toscans et à tous auxquels il appartiendra : la chose intéresse beaucoup de gens, qui ne pourraient sans cela espérer de voir jamais leurs noms dans la haute poésie.

A M"*^ Dionigi, à Kome.

Milan, le 22 mars 1809.

J'ai reçu, Madame, vos deux lettres, adressées l'une à Livourne, l'autre ici, avec le programme du bel ouvrage que vous destinez au public. Je vous en demanderais pour moi un exemplaire, si je savais où le mettre, si j'avais un cabinet; mais j'habite les grands chemins, et ce qui ne peut entrer dans une valise n'est pas fait pour moi. Comptez cependant que je ne négligerai rien pour vous procurer de nouveaux souscripteurs. Cela me serait difficile ici, je ne connais personne ; mais à Paris je suis un peu plus répandu, et je pourrai là, quand j'y serai, c'est-à-dire bientôt, vous servir d'autant mieux que j'y trouverai force gens à qui votre nom est connu. Vous avez bien sans doute ici des admirateurs; mais comment les rencontre-

ÉCRITES DE FRANCE ET d'iTALIE lyS

rais-je si je ne vois pas une âme ? M. Lamberti, qui tient de vous la même mission, la prêchera beaucoup mieux, et annoncera aux Lombards les merveilles de vos œuvres, non pas avec plus de zèle, mais avec plus de succès que je ne pourrais faire.

Pour la traduction de votre Perspective ' , c'est mon affaire ; et le titre de votre interprète me plaît et m'honore également. J'y avais déjà mis la main, comme je crois vous l'avoir marqué ; mais je ne sais si je pourrai retrouver dans une foule de papiers ce que j'en avais ébauché. Si cela s'est perdu, j'y ai peu de regrets, car à présent je suis convaincu que, pour faire cette version d'une manière digne de vous, il faut que j'y travaille avec vous. C'est un bonheur que j'aurai, si Dieu me fait vivre, cet automne, car voici mon plan pour l'année courante, sauf les événements. Je vais en France donner un coup d"œil à mes affaires; je passerai là la saison des grandes chaleurs, et, au départ des hirondelles, le désir de vous voir et de vous traduire me fera repasser les monts, e non sentir Vaffanno.

Je ne suis plus soldat. J'ai demandé d'abord, mais je n'ai pu obtenir, qu'on m'envoyât en Espagne : j'espérais voir en passant la fumée de ma

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