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Ouvrage de M""* Dionigi sur la perspective, en italien

LETTRES INEDITES

chaumière. J'ai voulu depuis avoir un congé pour des intérêts très-pressants ; on me l'a refusé de même, et je donne ma démission. Je ne pouvais guère, ce me semble, quitter de meilleure grâce, ni plus à propos, un métier dans lequel il ne faut pas vieillir. Dès que les neiges des Alpes seront un peu fondues, je partirai pour Paris. Mais c'est bien à regret, je vous assure, que je tourne le dos à l'Italie; et je ne resterai là-bas que le temps qu'il faudra pour m'arranger de manière à n'y revenir de sitôt : car désormais, Madame, ce n'est qu'en Italie que je trouve de la douceur à vivre. L'inclination, comme vous savez, se moque de la nature, ou plutôt devient une seconde nature La patrie est où l'on est bien , où on a des amis comme vous; et, si mon bonheur est à Rome, il est clair que je suis Romain. Ceci a un air de raisonnement; mais, soit raison ou autre chose, je ne puis plus vivre que dans le beau pays ove il si suona.

J'ai vu à Pise M. le professeur Santi, qui m'a fort prié de vous présenter son respect. Lamberti me donne la même commission : il achève un trèsbeau livre, qui sera dédié et présenté à l'empereur. C'est un Homère savamment revu et corrigé par lui, Lamberti, et imprimé par Bodoni.

Il y a ici un peintre que vous connaissez, Madame, qui du moins se vante de vous connaître. Il se nomme M. Bossi, et copie maintenant pour le

ÉCRITES DE FRANCE ET d'iTALIE Iy5

gouvernement la fameuse Cène de Léonard, entreprise qui demandait un homme à talent. Ce Léonard ne se laisse pas copiera tout le monde; mais, pour comprendre le mérite de ce cjue fait Bossi, il faut voir comment il a su rétablir dans sa copie les parties de la fresque détruites parle temps, et elles sont considérables. Ma foi, sans lui nous n'aurions qu'une idée bien imparfaite de ce beau tableau, dont il ne reste presque rien, et qui allait être dans peu totalement perdu. Mais comraent retrouvet-oii une peinture effacée? Voilà ce qui vous surprendrait : il a découvert, je ne sais où, les cartons et les études de Léonard même. Pour la couleur, il s'est aidé de certaines copies faites dans le temps que l'original était entier. Bref, c'est comme une nouvelle édition de la Cène. N'aimez -vous pas mieux. Madame, cet ancien chef-d'œuvre, ainsi reproduit, que tant de nouveaux tableaux tout au plus médiocres ? Quant à moi, cela me plaît fort, et je voudrais quelque chose de semblable pour vos belles fresques de Rome, où l'on ne voit tantôt plus rien.

J'ai assisté à une grande lecture de poésie. C'était encore Homère, et traduit par Monti. Je pensais vraiment en rendre compte à M"' Henriette; mais à elle je ne puis lui parler que d'ellemême , au risque toutefois d'un peu de désordre dans mes idées. Si je m'embrouille, après tout,

je n'étonnerai personne, étant coutumier du fait, soit que je parle à elle ou d'elle ; enfin je veux lui demander des nouvelles de ses mains, que je me figure à présent bien maltraitées par le froid. C'est un cruel mal que ces ge/oni', comme vous les appelez : ces tyrans de Sicile ne respectent rien. Voyez-vous, Madame? déjà je commence à déraisonner : le mieux sera, je crois, que je m'en tienne là, et que je finisse en vous assurant de mon très-humble respect.

A M. Sylvestre de Sacy, à Paris.

Milan, le 1 3 mars 1809.

Monsieur, les tristes présages que me donnait votre lettre du 3 du courant sur la maladie de M. de Sainte-Croix, ne se sont que trop vérifiés, comme on me le marque aujourd'hui de la part de M™' de Sainte-Croix. Je n'ose encore lui écrire; mais je vous supplie. Monsieur, de lui présenter mon respect et de lui dire, si cela se peut sans irriter sa douleur, toute la part que j'y prends.

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