Commandant de l'artillerie de l'armée
2. Courier avait été envoyé par le général Reynier à Tarente pour y prendre l'artillerie nécessaire à l'armement des côtes qui font face à la Sicile.
mon opération, et a mis de telles barres dans mes roues que rien ne marche à présent. Je faisais quelque chose des Tarentins, et pendant huit jours j'en obtins tout ce que j'en voulus : on allait audevant de mes demandes; on iravaillait comme des forçats, sur le port et à l'arsenal. Mais sitôt que le roi parut, il ne fut plus question que de lui baiser la main ; et, ceux qui l'avaient baisée la voulant baiser encore, il n'y eut ni maire ni adjoint, pas un ouvrier de la ville, du port^ de l'arsenal, que je pusse faire démarrer de l'antichambre ou de l'escalier tant qu'a duré ici le séjour de Sa Majesté. Un bon usage à faire du sceptre dans cette occasion, c'eût été d'en casser le nez à tous ces friands du leccazampa. Mais point : tout le monde, hors moi, prenait plaisir à cette sottise. J'eus beau crier, jurer, me plaindre, le baise-main l'emporta toujours sur une misère comme était celle d'armer toutes les places et les côtes de la Calabre. Le roi s'en allant à la fin, je me croyais quitte des niaiseries et des tracasseries de cour ; mais c'eût été trop bon marché : en partant, on acheva de me rompre bras et jambes. Vous savez que je n'ai pas un sou, et qu'il me faut tout arracher par réquisition. Eh bien! on me défend toute réquisition. Je ne m'en suis pas moins emparé, aujourd'hui encore, de vingt paires de mulets, bœufs ou buffles, que je ne rendrai qu'à bonnes enseignes, et qui enfin feront
mes transports. On me dénoncera, mais vous êtes là, et vous empêcherez que je ne sois livré aux bêtes pour avoir fait, malgré le roi, ce que le roi veut et qui importe au salut de l'armée.
Voici bien autre -chose, vraiment : lisez, lisez, mon général, une lettre de M. Jamin, aide de camp du roi, ci-jointe; lisez-la, quelque affaire que vous ayez.
Je ne vous ferai, mon général, sur cela aucun commentaire : la chose crie ; vous en serez révolté comme moi, et vous approuverez le parti que j'ai pris d'envoyer promener ce monsieur l'aide de camp (qui n'est pas, me dit-il, aide de camp d'un général de brigade) et d'aller mon droit chemin. Lisez, s'il vous plaît, ma réponse ; il parle fort de sa mission : de tels missionnaires ne sont bons qu'à me faire donner au diable. Pour accélérer cette besogne, depuis un mois tant de soins n'étaient pas nécessaires : le roi n'avait seulement qu'à tenir sa main dans sa poche, la cour s'aller faire f — et me laisser agir. Je compte sur vous, mon général, pour empêcher que tout ceci ne tourne contre moi. Vous savez si j'ai d'autres vues que le bien du service, et on met ma patience à de cruelles épreuves.
Entre nous, tout dans l'armée est conduit de cette manière : projets dont aucun ne s'exécute, secrets que tout le monde sait, ordres que personne n'écoute.
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Je suis convaincu, je jurerais qu'à Messine on a su mon départ de Reggio et le pourquoi avant que je fusse en chemin ; je vis le roi à minuit, et partis le matin. Grand mystère! âme ne devait
savoir Comme je montais à cheval, prenant
congé de mon hôte, il me dit : «Vous allez chercher de l'artillerie à Tarente. » Je pensai tomber de mon cheval et rester. C'était le mieux, car il fallait deux choses pour ce que j'allais faire, secret et promptitude : le premier manquant d'abord, il
était clair que l'autre, Non, je ne pouvais pas
deviner le baise-main.
Je sais bien que Dieu est pour nous, qu'avec le génie de l'empereur nous vaincrons toujours partout, quelques fautes que nous puissions faire ; mais un peu de bon sens, d'ordre, de prévoyance, ne nuirait à rien, ce me semble.
J'ai reçu votre billet joli et trop aimable, auquel je ne réponds pas maintenant, parce que, en vérité, je suis d'une humeur de dogue : ce sera pour demain, si vous le trouvez bon. Cependant, croyezmoi, vos affaires ne vont point si mal. On vous écoute; c'est beaucoup : femme qui prête l'oreille prêtera bientôt autre chose.
1£TTRES INEDITES
A M. Chlewaski, à Toulouse.
Tarante, le 8 juin 1806.
Monsieur, j'apprends que vous êtes encore à Toulouse, et je m'en félicite, dans l'espoir de vous y revoir quelque jour : car j'irai à Toulouse si je retourne en France. Deux amis, dans le même pays, m'attireront par une force que rien ne pourra balancer. Mais, en attendant, j'espère que vous voudrez bien m'écrire et renouveler un commerce trop longtemps interrompu, commerce dont tout le profit, à vous dire vrai, sera pour moi, car vous vivez en sage et cultivez les arts. Sachant unir, selon le précepte, l'utile avec l'agréable, toutes vos pensées sont comme infuses de l'un et de l'autre. Mais moi, qui mène depuis longtemps la vie de don Quichotte, je n'ai pas même, comme lui, des intervalles lucides : mes idées sont toujours plus ou moins obscurcies par la fumée de mes canons. Vous, observateur tranquille, vous saisissez et notez tout, tandis que je suis emporté dans un tourbillon qui me laisse à peine discerner les objets. Vous me parlerez de vos travaux, de vos amusements littéraires, de vos efforts, unis à ceux d'une société savante, pour hâter les progrès des
lumières et ralentir la chute du goût. Moi, de quoi pourrai-je vous entretenir? De folies, tantôt barbares, tantôt ridicules, auxquelles je prends part sans savoir pourquoi : tristes farces qui ne sauraient vous faire qu'horreur et pitié, et dans lesquelles je figure comme acteur du dernier ordre. Toutefois il n'est rien dont on ne puisse faire un bon usage : ainsi, professant l'art de massacrer, comme l'appelle La Fontaine, j'en tire parti pour une meilleure fin, et d^un état en apparence ennemi de toute étude je fais la source principale de mon instruction en plus d'un genre. C'est à la faveur de mon harnais que j'ai parcouru l'Italie, et notamment ces provinces-ci, où l'on ne pouvait voyager qu'avec une armée. Je dois à ces courses des observations, des connaissances, des idées que je n'eusse jamais acquises autrement; et, ne fût-ce que pour la langue, aurai-je perdu mon temps en apprenant un idiome composé des plus beaux sons que j'aie jamais entendu articuler? Il me manque à présent d'avoir vu la Sicile; mais j'espère y passer bientôt, et aller même au delà, car ma curiosité, entée sur l'ambition des conquérants, devient insatiable comme elle; ou plutôt c'est une sorte de libertinage qui, satisfait sur un objets vole aussitôt vers un autre. J'étais épris de la Calabre, et, quand tout le monde fuyait cette expédition, moi seul j'ai demandé à en être. Maintenant je lorgne
72 LETTRES INEDITES
la Sicile, je ne rêve que les prairies d'Enna et les marbres d'Agrigente : car il faut vous dire que je suis antiquaire, non des plus habiles, mais pourtant de ceux qu'on attrape le moins. Je n'achète rien, j'imite le comte de Haga, chc tutto v€de,pococompra e meno paga. Cette épigramme ou cette rime fut faitepar lesRomains, le plus malin peupledumonde, contre le roi de Suède, qui passait chez eux sous le nom de comte de Haga. Je n'emporterai de l'Italie que des souvenirs et quelques inscriptions. C'est tout ce que l'on trouve ici. Tarente a disparu; il n'en reste que le nom, et l'on ne saurait même où elle fut sans les marmites dont les débris, à quelque distance de la ville actuelle, indiquent la place de l'ancienne. Vous rappelezvous à Rome Monte Testaccio (qui vaut bien Montmartre), formé en entier de ces morceaux de vases de terre qu'on appelait en latin testa, ce que je puis vous certifier, ayant été dessus et dessous. Eh bien, Monsieur, on voit ici, non pas un Monte Testaccio, mais un rivage composé des mêmes éléments, un terrain fort étendu, sous lequel, en fouillant, on rencontre, au lieu de tuf, des fragments de poteries, dont la plage est toute rouge. La côte, qui s'éboule, en découvre des lits immenses. J'y ai trouvé une jolie lampe : rien n'empêche que ce ne soit celle de Pythagore. Mais dites-moi, de grâce, qu'était-ce donc que ces villes dont les pots cassés
formaient des montagnes? Ex ungue konem. Je juge des anciens par leurs cruches, et ne vois chez nous rien d'approchant.
Prenez garde cependant qu'on ne connaissait point alors nos tonneaux; les cruches en tenaient lieu : partout où vos traducteurs disent un tonneau, entendez une cruche. C'était une cruche qu'habitait Diogène, et le cuvier de la Fontaine est une cruche dans Apulée. Dans les villes comme Rome et Tarente, il s'en faisait chaque jour un dégât prodigieux, et leurs débris, entassés avec les autres immondices, ont sans doute produit ces amas que nous voyons. Que vous semble. Monsieur, de mon érudition? Vous seriez-vous imaginé qu'il y eût eu tant de cruches autrefois, et que le nombre en fût diminué?
Je vois tous les jours le Galèse, qui n'a rien de plus merveilleux que notre rivière des Gobelins, et mérite bien moins l'épithète de noir que lui donne Virgile :
Qua niger humectât flaventia culta Gaksus. Il fallait dire plutôt :
Qiia piger humectans arentia culta Galesus.
Au reste, les moissons sur ses bords ne sont plus blondes, mais blanches, car c'est du coton qu'on y recueille. Le dulce pdlitis ovibus Galesi est devenu
LETTRES INEDITES
tout aussi faux, car on n'y voit pas un mouton. Je crois que le nom de ce fleuve a fait sa fortune chez les poètes, qui ne se piquent pas d'exactitude, et pour un nom harmonieux donneraient bien d'autres soufflets à la vérité. Il est probable que Blanduse, à quelques milles d'ici, doit aux mêmes titres sa célébrité; et, sans le témoignage deTite-Live, je serais tenté de croire que le grand mérite de Tempe fut d'enrichir les vers de syllabes sonores. On a remarqué, il y a longtemps, que les poëtes vantent partout Sophocle, rarement Euripide, dont le nom n'entrait guère dans les vers sans rompre la mesure. Telle est leur bonne foi entre eux : pour flatter l'oreille et gagner ce juge superbe, comme ils l'appellent, rien ne leur coûte. Ainsi, quand Horace nous dit qu'il faut à tout héros, pour devenir immortel, un poëte, il devrait ajouter : et un nom poétique, car, à moins de cela, on n'est inscrit qu'en prose au temple de Mémoire. Et c'est le seul tort qu'ait eu Childebrand.
Lorsque vous m'écrirez, Monsieur, dites-moi, s'il vous plaît, une chose : allez-vous toujours prendre l'air, le soir, dans cette saison-ci par exemple, sous ces peupliers au bord du canal? Ah! quelles promenades j'ai faites en cet endroit-là! quelles rêveries quand j'y étais seul! et avec vous quels entretiens! d'autant plus heureux alors que je sentais mon bonheur. Les temps sont bien chan-
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gés, pour moi du moins. Mais quoi! nul bien ne peut durer toujours : c'est beaucoup d'avoir le souvenir de pareils instants et l'espoir de les voir renaître. Un jour, et peut-être plus tôt que nous ne le croyons, vous et moi nous nous retrouverons ensemble au pied de ces pauvres Phaétuses. Saluezles un peu de ma part, et donnez-moi bientôt, je vous en prie, de leurs nouvelles et des vôtres.
A M. ***, ofpcier d'artillerie, à Cosenza.
Monte-Leone, le 21 juin 1806.
J'arrive*. Sais-tu ce qu'il médit en me voyant : « Ah ! ah ! c'est donc vous qui faites prendre nos canons? » Je fus si étourdi de l'apostrophe que je ne pus d'abord répondre; mais enfin la parole me vint avec la rage, et je lui dis bien son fait. « Non, ce n'est pas moi qui les ai fait prendre; mais c'est
I. Courier quitta Tarente après sa mission terminée, et il emmena avec lui un dernier convoi de canons qu'il ne put dérober à la poursuite d'un brick anglais. Il gagna alors la côte, et, après bien des péripéties au milieu desquelles il faillit être assassiné par des brigands calabrais, il arriva à Monte-Leone, où se trouvait le générai Reynier.
moi qui VOUS fais avoir ceux que vous avez. Ce n'est pas moi qui ai publié un ordre dont le succès dépendait surtout du secret; mais je l'ai exécuté malgré cette indiscrétion, malgré les fausses mesures et les soties précautions, malgré les lenteurs et la perfidie de ceux qui devaient me seconder, malgré les Anglais avertis, les insurgés sur ma route, les brigands de toute espèce, les montagnes, les tempêtes, et par-dessus tout sans argent. Ce n'est pas moi qui ai trouvé le secret de faire traîner deux mois cette opération, presque terminée au bout de huit jours, quand le roi et l'état-major me vinrent casser les bras. Encore, si j'en eusse été quitte à leur départ! Mais on me laisse un aide de camp pour me surveiller et me hâter, moi qu'on empêchait d'agir depuis deux mois, et qui ne travaillais qu'à lever les obstacles qu'on me suscitait de tous côtés; moi qui, après avoir donné de ma poche mon dernier sou, ne pus obtenir même la paye des hommes que j'employais. Et où en serais-je, à présent, si je n'eusse d'abord envoyé promener mon surveillant, trompé le ministre pour avoir la moitié de ce qu'il me fallait, et méprisé tous les ordres contraires à celui dont j'étais chargé? Ce ne fut pas moi qui dispensai la ville de Tarente de faire mes transports; mais ce fut moi qui l'y forçai, malgré les défenses du roi. En un mot, je n'ai pu empêcher qu'on ne livrât,
par mille sottises, douze pièces de canon aux ennemis; mais ils les auraient eues toutes si je n'eusse fait que mon devoir. »
Voilà, en substance, quelle fut mon apologie, on ne peut pas moins méditée, car j'étais loin de prévoir que j'en aurais besoin. Soit crainte de m'en faire trop dire, soit qu'on me ménage pour quelque sot projet dont j'ai ouï parler, il se radoucit. La conclusion fut que je retournerais pour en ramener encore autant, et je pars tout à l'heure. Cela n'est-il pas joli? Par terre, tout est insurgé; par mer, les Anglais me guettent. Si je réussis, qui m'en saura gré? si j'échoue, haro sur le baudet. Ne me viens point dire : « Tu l'as voulu. » J'ai cru suivre un ami, et non un protecteur; un homme, non une Excellence. J'ai cru, ne voulant rien, pouvoir me dispenser d'une cour assidue, et, dans le repos dont on jouissait, goûter à Reggio quelques jours de solitude, sans mériter pour cela d'être livré aux bêtes. Mais enfin m'y voilà ; il faut faire bonne contenance et louer Dieu de toutes choses, comme dit ton zoccolante.
Toi, cependant, tu fais l'amour à ton aise : j'en ferai autant quand j'y serai, en bon lieu, comme toi, s'entend; maintenant je suis démonté de toute manière. Adieu. Guérin te remettra ceci, fais pour lui ce que tu pourras.
•jS LETTRES INÉDITES
Au Même.
Crotone, le 2 5 juin 1806.
J'arrive de Tarente, et j'y retourne : bonheur ou malheur, je ne sais lequel. Je t'ai marqué, dans une lettre que Guérin te remettra s'il ne la perd, comme on m'a reçu. Il m'a fallu livrer bataille, sans quoi on me campait sur le dos la perte des douze canons. Cela arrangeait tout le monde, si j'eusse été aussi benêt qu'à mon ordinaire; mais j'ai refusé la charge et regimbé, au grand scandale de toute la cour. L'anima/ à longue échine en a fait, je m'imagine, de belles exclamations avec ses fidèles. Je sais bien la règle : Sans humeur, sans honneur. Mais enfin il faut faire le moins de bassesses possible. Celle-là n'eût servi de rien, car ma disgrâce est sans retour; et, après tout, je ne suis pas venu sur ce pied-là. Pouvant restera Naples et me donner du bon temps, je suis venu ici comme ami; j'en ai eu le titre et les honneurs : je ne veux pas déroger.
C'est vraiment une plaisante chose à voir que cette cour, et comme tout cela se guindé peu à peu. Les importants sont D..., plus chéri que ja-
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mais; Millet, et à présent Grabenski, qui commence à piaffer.
Mais d'où vient donc, dis-moi? quelque part qu'on s'arrête, en Calabre ou ailleurs, tout le monde se met à faire la révérence; et voilà une cour. C'est instinct de nature : nous naissons valetaille. Les hommes sont vils et lâches, insolents, quelques-uns par la bassesse de tous, abhorrant la justice, le droit, l'égalité; chacun veut être, non pas maître, mais esclave favorisé. S'il n'y avait que trois hommes au monde, ils s'organiseraient; l'un ferait la cour à l'autre, l'appellerait Monseigneur, et ces deux unis forceraient le troisième à travailler pour eux: car c'est là le point.
Au reste, on ne lui parle plus. Il y a des heures, des rendez-vous, des antichambres, des audiences. Il interroge et n'écoute pas, se promène, rêve; puis tout à coup il se rappelle que vous êtes là. Il cherche les grands airs, et n'en trouve que de sots. Ce n'est pas un sot cependant, mais un petit zéphyr de fortune lui tourne la tête comme aux autres.
8o LETTRES INÉDITES
A M. ***, officier d'artillerie, à Naples.
Cassano, le 12 août 1S06.
Si Maisonneuve t'a remis ma lettre de Matera, tu sais comment je suis venu ici.
J'ai rejoint Reynier. Enfin nous l'avons retrouvé avec les débris de sa grandeur, les Milet, les D..., les Sénécal (Clavel est tué : je te l'ai marqué), tous en piteux équipage et de fort mauvaise humeur, eux du moins, car, pour lui, le voilà raisonnable, abordable. On lui parle: il écoute à présent, et de tous c'est lui qui fait meilleure contenance. Il renonce de bonne grâce à la vice-royauté; mais eux, après le rêve, ils ne sauraient souffrir d'être Gros- Jean comme devant, et ils s'en prennent à lui du bien qu'il n'a pu leur faire. Ceux qu'il produisait, qu'il poussait, lui jettent la première pierre. C'est un homme faible, irrésolu, tête étroite, courte vue; il devait faire ceci et ne pas faire cela. Chacun après le dé vous montre. S'il n'eût pas attaqué, il n'y aurait qu'un cri, et les grands brailleurs seraient ceux qui ont fui les premiers. Lebrun dirait : « Quoi ! voir des Anglais et ne pas tomber sur eux! » Maintenant, ce n'était pas son avis.
Sotte chose, en vérité, pour un homme qui commande, d'avoir sur les épaules un aide de
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camp de l'empereur, un monsieur de la cour, qui vous arrive en poste, habillé par Walter, et portant dans sa poche le génie de l'empereur. Reynier s'est trouvé là, comme moi àTarente, avec un surveillant chargé de rendre compte. La bataille gagnée, c'eût été l'empereur, le génie, la pensée, les ordres de là-haut. Mais la voilà perdue : c'est notre faute à nous. La troupe dorée dit : « L'empereur n'était pas là. » Et comment se fait-il que l'empereur ne puisse former un général?
L'aventure est fâcheuse pour le pauvre Rejnier. Nulle part on ne se bat, les regards sont sur nous. Avec nos bonnes troupes et à forces égales, être défaits, détruits en si peu de minutes ! Cela ne s'est point vu depuis la révolution.
Reynier a tâché de se faire tuer, et il court encore comme un fou partout où il y a des coups à attraper. Je l'approuverais s'il ne m'emmenait. Moi, je n'ai pas perdu de bataille, je ne voulais point être vice-roi, et tout nu que me voilà je me trouve bien au monde. Les fidèles nous laissent aller, et survivent très-volontiers à leurs espérances. Que les temps sont changés depuis Monte- Leone, en quinze jours! Au lieu de cette foule, de ce cortège, c'est à qui se dispensera de l'accompagner : il n'y va plus que ceux qui ne peuvent l'éviter. Je les trouve de bon sens, et je ferais comme eux. Je le pourrais, je le devrais, et je le
Courier. IIL «4
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veux même quelquefois, quand je me rappelle sa cour et ses airs. Mais dans le malheur il est bonhomme; nos humeurs se conviennent au fond; l'ancienne belle passion se rallume, et joint le malheureux Sosie au malheureux Amphitryon. Bien entendu qu'au moindre vent qui le gonflerait encore, nous ferions bande à part, comme la première fois. Ne me trouves-lu pas habile? Si je m'attache aux gens, c'est seulement tant qu'ils sont brouillés avec la fortune. Le résultat de tout ceci, c'est qu'il perd et son ancienne réputation, qu'on n'avait pu lui ôter, et un crédit naissant dans ce nouveau tripot : il revenait sur l'eau, et le voilà noyé.
Morel a une blessure de plus, qu'il ne donnerait pas pour beaucoup : c'est une balle au-dessus du genou. Il admire son bonheur. En effet, la croix, s'il l'obtient, aurait pu lui coûter plus cher; et c'est bon marché, certes, quand on n'apasd'aïeux-
Masséna, et les nobles, et tous les gens bien nés, sont à six milles d'ici, à Castrovillari; sa troupe dorée à Morano. M. de Colbert aussi est là, qui trouve dur de suivre le quartier général sans sa voiture bombée. Il a bien fallu la laisser à I.ago-Negro et faire trois journées à cheval. Il prétend, pour tant de fatigues et de périls, qu'on le fasse officier de la Légion, et je trouve sa prétention bien modérée pour un homme qui s'appelle M. de Colbert.
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Le trait tie ton Dedon ' est bon : je le savais déjà. Tu crois que le scandale de l'affaire lui pourra nuire? Ah! s'il a soin des fusils de chasse et qu'il conte toujours de petites histoires, c'est bien cela qui l'empêchera de devenir un gros seigneur par un voulons et nous plaît l II y a ici un colonel Grabinski qui a fait pis, s'il est possible, et qui n'en sera pas moins général avant peu, car c'est un bon serviteur, un homme qui sait ce qu'on doit à ses chefs, un homme,., un homme enfin qui ira loin, je l'en réponds, sans risquer sa peau. Au fait, ces choses-là ne font nul tort, pourvu qu'on serve bien, d'ailleurs, dans l'antichambre, surtout quand on a l'avantage d'être connu pour un sot. C'est bien !à le cas de ton Dedon. Je te conseille de lui faire ta cour.
J'ai reçu ta dernière lettre, comme tu vois. Tout de bon, cela est trop drôle! Salvat,qui meurt réellement et en vérité de la peur ; Dedon, qui en est bien malade; l'autre, qui se tient loin : voilà de ces choses qu'on ne peut savoir à moins d'être du métier. En lisant la gazette, personne n'imagine qu'à travers tant de guerres on puisse parvenir aux premiers emplois de l'armée sans être en rien homme de guerre. Ma foi, quant au reste du