DEUXIÈME PARTIE. — VI. CCXVJj
cette modération ! Il m'en a coûté mon repos et mon honneur. On me rendit à Rome suspect de jansénisme : voilà pourquoi on me tira d'Alençon pour m'envoyer à Arras.
« 5°. Au commencement de 4 718 je fus destiné pour y être ministre des pensionnaires. J'y trouvai les esprits furieusement envenimés contre M. l'évêque d' Arras. On faisoit paroitre actuellement un petit libelle assez mal fait , mais cruel, contre ses maximes sur la médisance et sur le jansénisme. Je lus ces maximes, que je trouvai infiniment meilleures que tout ce qu'on disoit contre ; car l'auteur du libelle est fort ignorant, quoique d'une hardiesse a étourdir les sots. Les messieurs d' Arras , clit-on, admiroient ces fades satires, qui étoient à leur portée. On me sollicita d'en faire aussi quelqu'une. Je répondis que je respectois trop le caractère des évèques pour écrire contre eux; que je combattrois les erreurs tant qu'on voudroit, mais jamais les personnes, surtout des prélats qui nous tiennent la place de Jésus-Christ ; que ces sortes d'ouvrages scandalisoient les peuples et ne servoient qu'à irriter nos adversaires; quec'étoit leur donner des armes contre nous , etc. Deux ans après ce dialogue vint le mandement de M. d' Arras au sujet d'une farce très-bouffonne jouée en carême dans notre collège , nos appels satiriques et furieux de ce mandement, plusieurs autres libelles, chansons, alléluias impies. Je condamnai publiquement toutes ces fureurs et toutes ces impiétés. Nos amis , même séculiers, les condamnèrent. On craignit apparemment que je n'en découvrisse les auteurs; mais la vérité est que les coupables furent mes accusateurs : ils avoient fait les crimes, et je fus mis à la Bastille. Voilà toutes mes aventures. Je défierois volontiers ou plutôt je prierois mes adversaires de me faire voir les faussetés d'un seul de ces articles. Adieu, Monsieur.
« A Amiens, ce 13 septembre mz* »