‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 156 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — VII. CCXXXJ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — VII. CCXXXJ

sianisme envoyé à André avec un formulaire est de 1712 ; le livre de Dutertre est de 1715 : c'est à peu près là l'époque du plus fort déchaînement de la société contre la philosophie nouvelle. Savez-vous à quoi aboutit tout ce grand déchaînement ? Sans doute il produit des malheurs particuliers, de lâches défections, d'odieuses intrigues, d'amers chagrins dans plus d'une âme loyale et courageuse ; mais attendez quelques années , attendez que Malebranche ait fermé les yeux , et que sa gloire vivante n'importune plus la jalouse compagnie : la doctrine nouvelle en se retirant de la scène du temps présent , semble avoir perdu tous ses dangers ; elle est peu à peu amnistiée par ceux-là même qui l'avaient proscrite ; les bonnes raisons qui avaient été données contre plusieurs de ses maximes subsistent , tempérées à la fois et fortifiées par l'équité inattendue dont on commence à se piquer ; bientôt de l'amnistie on passe au panégyrique , et il arrive un moment où , contre de nouveaux adversaires bien autrement redoutables, la société aux abois est contrainte d'invoquer en faveur de la religion ces mêmes doctrines qu'elle avait persécutées pendant un siècle au nom de la religion.

En 1724, le métaphysicien le plus justement renommé de la société , le P. Buffier ' dans son excellent Traité des

1 Voyez sur Buffier, les Mémoires de Trévoux, 1737, août, p. 1504. — Il était né en Pologne d'une famille française; élevé au collège de Rouen, entré aux jésuites à dix-neuf ans; alla à Rome à la suite d'un démêlé avec l'archevêque de Rouen, revint bientôt en France, à Paris; fut chargé de l'enseignement et en même temps de la rédaction du Journal de Trévoux.Movl à soixante-dix-sept ans le 7 mai 1737. Voici le jugement un peu sévère que nous trouvons dans les notes de M. de Quens sur le P. Buffier : « Homme d'esprit , superficiel , écrivoit médiocrement , mais de manière

à se faire lire ; n'étoit pas poëte ; ni bon logicien , ni bon géomètre,

ni bon historien, etc., et cependant a écrit sur toutes ces matières, mais sans succès; ne travailloitpoint assez; c'étoit de ces gens qui ont toujours

CCXXXij INTRODUCTION.

Vérités premières , parle de Descartes et même de Matebranche comme il appartenait à un esprit aussi judicieux et aussi éclairé : Suite du Traité des premières Vérités , p. 238: « Le soin que Descartes inspire d'abord, d'être en garde généralement contre tous les préjugés, est un des meilleurs moyens de nous faire découvrir la vérité : aussi est-il vrai que, depuis, on a commencé de philosopher avec plus de circonspection , et par divers endroits

avec plus de succès L'attention qu'il a fait faire à la

nature de l'âme ou de l'esprit et à celle du corps ou de la matière a fait connoître avec plus de netteté et de précision les différences de ces deux substances , qu'il est si important de bien distinguer. » Je néglige les critiques de détail, que je n'admets ni ne conteste , et je transcris le jugement définitif de Bufïier : « En général , les principes et la méthode de Descartes ont été d'une très-grande utilité par l'analyse qu'ils nous ont accoutumé de faire plus exactement et des mots et des idées ; car , nous ayant mis en goût d'examiner de plus près les opinions qu'on nous propose , ils nous ont mis plus sûrement dans îa route de la vérité.... » Tel est donc le système contre lequel le P. Annat et le P. Letellier ont lancé tant de foudres , et qu'en 1706 on avait résolu d'exterminer! Ici, en 1724, au milieu de beaucoup de critiques, on déclare que le cartésianisme a servi la cause de la bonne philosophie. Ce n'était donc pas la peine , quelques années auparavant , de le persécuter par les plus indignes moyens.

le manleau sur le dos. Le P. André étant à Rouen, professeur de logique, le P. Buffier y vint sur la fin de l'année pour faire imprimer sa Logique, lui communiqua son manuscrit; la forme de lettres ne plut point au P. André, qui dit à l'auteur que cela ne faisoit qu'allonger parles préambules et préfaces, etc. »

Page 1