‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 26 sur 175 · PREMIÈRE PARTIE. xlj · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. xlj

C'a été mon dessein, je l'avoue, non pas pour offenser ni désobliger personne; j'aime, Dieu merci, tout le monde; mais pour faire aux hommes le bien que j'estime le plus grand , qui est de les garantir de la séduction et de la crédulité à la médisance. Je crois qu'il doit suffire que je ne dise que la pure vérité , que je ne dise simplement que ce qui est nécessaire, ou du moins que je supprime tout ce qui est inutile, tout ce que je puis taire sans être infidèle. Car je puis vous assurer que je ne dis pas le quart de ce que je pouvais dire des jansénistes ou de leurs adversaires. Vous en savez tant, Monsieur, que vous n'aurez pas de peine à me croire. Cependant je suis prêt d'en passer par où il vous plaira. Mais aussi prenons garde à ne rien gâter à force de ne vouloir déplaire à personne, ce qui est absolument impossible, surtout dans le cas présent. Le P. Malebranche a eu affaire à des gens de parti et de cabale, prévenus, injustes, outrés en toute manière ; il en a reçu mille affronts publics et secrets; on a fait jouer contre sa doctrine, quoique très-saine dans tous ses points fondamentaux , les ressorts les plus violents. Peut-on écrire son histoire sans entrer dans ce détail? Je vous prie, Monsieur, de faire considérer à ceux qui ne sont pas de notre avis qu'il y a bien de la différence entre les historiens qui ne racontent que des guerres ordinaires et les historiens qui écrivent des guerres d'esprit et de raison. Dans le récit des premières , on peut garder la neutralité , à moins que la violence ou l'injustice ne soit trop visible de part ou d'autre. Mais, dans une guerre d'esprit ou de raison, il n'est pas permis , ce me semble , de se tenir dans l'indifférence , et de raconter les choses comme si la vérité ne vous touchait pas. Je sens bien , Monsieur, que je ne puis exprimer tout à fait bien ce que je veux dire , mais vous y suppléerez facilement. Je continue l'analyse des Réflexions du P. Malebranche sur la prémotion physique. Il me paraît bien difficile de les réduire à une certaine unité de dessein. J'espère néanmoins qu'à force de méditer, je trouverai quel-

Xlij INTRODUCTION.

que point de réunion pour tant de choses différentes. Je ne crois pas que la Sorbonne puisse ni doive entrer dans notre histoire »

au même. — 10 juillet 1719.

« Sur ce que vous me dites que je pense à

faire annoncer mon histoire , je vous répons , Monsieur, que je n'en ai nulle envie , mais seulement d'avoir tous les éclaircissements, lettres, mémoires, etc., qui m'y peuvent servir avant qu'elle soit imprimée ; car il ne sera plus temps alors , ce me semble, de faire des recherches. C'est maintenant qu'il y faut travailler de toutes ses forces. Je puis vous dire que je lis, par rapport à notre dessein , une infinité de livres , journaux, mémoires, histoires, anecdotes, chronologies du dernier siècle , etc.; mais je sens bien qu'un seul homme ne peut suffire à faire toutes les découvertes nécessaires pour réussir parfaitement, surtout dans une ville comme celle-ci, où je ne trouve aucun secours. Je prends donc, encore une fois, la liberté de vous le dire, Monsieur, qu'il serait à propos de prier, par quelque voie publique, toutes les personnes qui ont reçu des lettres du P. Malebranche de les envoyer au R. P. Lelong, ou en original, ou du moins des copies bien collationnées. Je trouve tant d'éclaircissements dans celles qu'on m'a communiquées , que cela m'en fait souhaiter un plus grand nombre. Le P. Lelong, dans ses Mémoires, parle d'une liste de plus de cinq cent cinquante personnes qui avaient écrit au P. Malebranche. Vous voyez bien , Monsieur, qu'il est difficile que toutes les réponses qu'il y a faites soient perdues. Au reste , si , pour les avoir, la voie des journaux ne vous plaît pas , ne pourriez-vous point mettre vos amis en campagne? Ceux du P. Lelong, ceux du P. Malebranche, M. Saurin, M. Varignon, M. Remond de Montmort, s'il est encore en vie; M. Renaud ', plusieurs pères de l'Oratoire, que sais-je, moi? Il me paraît qu'il est facile de faire

1 Voyez son Éloge dans Fontenelle.

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