PREMIÈRE PARTIE. \liij
ce que je vous propose ; mais il faudrait se remuer, et les philosophes n'aiment pas beaucoup le mouvement
.... Je puis vous. assurer que j'ai entendu dire ce que j'ai avancé dans notre histoire du sentiment du P. Malebranche au sujet de la constitution , ou du moins l'équivalent, car je ne me souviens pas des propres termes, ce qui n'est pas nécessaire pour la fidélité de l'histoire. Le fait, d'ailleurs, me paraît tout à fait conforme au caractère de son esprit soumis et docile pour tout ce qui avait l'apparence d'une décision reçue *, Or... donc... j'ajoute que cela lui fera certainement
1 Quant à la bulle Unigenitus , nous ignorons la conduite et l'opinion de Malebranche ; mais nous connaissons l'une et l'autre dans l'affaire toute semblable du formulaire d'Alexandre VII, d'après un document enfoui dans un recueil de pièces in-4° relatives au formulaire. Parmi ces pièces s'en trouve une intitulée : Relation de la captivité de la sœur Anne-Marie de Sainte-Eustoquie de Flecelles de Bregi, religieuse de P. Royal des Champs, écrite par elle-même, à la fin de laquelle est cette note : « On a entre les mains des originaux d'un grand nombre de rélrac- « tations du formulaire qui se sont trouvées parmi les papiers de «Port-Royal. Elles y avaient été envoyées pour y être conservées « comme en dépôt jusqu'à ce que le bien de l'Église demandât qu'on les « rendit publiques. On les donnera à la suite de ces relations, puisqu'elles « font partie du manuscrit que les religieuses ont donné avant leur « dispersion et qu'elles sont une preuve de la vénération et de la con- « fiance que leur fermeté leur avait attirées de la part des personnes du « premier mérite. Il y en a une fort longue du P. Mauduit de l'Oratoire. « On donne ici celle du P. Malebranche sans l'accompagner d'aucune « réflexion. Ceux qui sont instruits des disputes que ce Père a eues avec « M. Arnauld en connaissent l'importance. »
« Après avoir reconnu devant Dieu la faute que j'ai faite en signant deux ou trois fois, en différents temps, le formulaire contre M. Jansénius, évêque d'Ipres, contre ma conscience, sans connaissance et, ce me semble, avec une croyance contraire à l'action que je faisais; et après avoir été, depuis ma dernière signature, assez souvent dans le trouble et dans l'inquiétude pour cette action ; quoique j'aie été délivré en partie de mes peines par les personnes auxquelles je me suis ouvert là-dessus, à cause' que la paix ayant été rendue à l'Église, ils ont cru que je n'étais pas obligé de me dédire publiquement ; cependant j'ai cru que je devais faire ce désaveu, ne sachant pas si les choses ne
Xliv INTRODUCTION.
honneur dans l'Église, au lieu que je crois que ses amis appelants lui feront beaucoup de tort et à sa philosophie , et par conséquent à la vérité. Enfin je suis persuadé que nous ne perdrons rien en perdant les jansénistes appelants et nous gagnerons beaucoup en gagnant les molinistes; à demi-mot, bien entendu. Je prie Dieu , par N.-S. J.-C, de m'accorder ce que je souhaiterais de vous à cet égard '.-AoUtejUgum ducere
changeront pas de face, et souhaitant. de tout mon cœur de ne point contribuer à la condamnation de M. Jansénius.
« Je rétracte donc par cet écrit ie témoignage que j'ai rendu par ma signature contre ce prélat, en le confessant auteur des cinq propositions condamnées parle pape et les évêques, défenseur des hérésies qu'elles renferment, et corrupteur de la doctrine de saint Augustin; et je confesse aujourd'hui que j'ai signé contre M. Jansénius des faits dont je ne suis point persuadé et qui me paraissent au moins fort douteux et fort incertains. Je proteste donc que je n'ai souscrit aux formulaires simplement et sans restriction, principalement la dernière fois, qu'avec une extrême répugnance, par une obéissance aveugle à mes supérieurs, par imitation, et par d'autres considérations humaines qui ont vaincu ma répugnance; qu'ainsi j'ai signé par faiblesse la nouvelle formule, comme on a voulu, sans excepter les faits qu'elle atteste contre cet auteur, bien que je ne fusse pas persuadé qu'ils fussent vrais.
« Si je ne puis faire passer cet acte pardevant notaire, à cause des déclarations du roi, j'entends qu'il soit considéré comme la principale et la plus importante partie de ma dernière volonté, et pour cet effet je l'écris et le signe de ma main propre, afin que ceux qui le verront ne puissent prendre mes souscriptions qui sont au bas des formulaires pour un témoignage de ma créance, quant aux faits énoncés contre M. Jansénius, mais qu'ils regardent au contraire cet écrit comme une réparation de l'injure que j'ai faite à la mémoire d'un grand évoque, en lui attribuant par ma signature des erreurs en la foi , lesquelles je ne pense pas qu'il ait enseignées, quoiqu'alors je n'eusse jamais rien vu de son livre intitulé : Auguslinus. Je prie ceux entre les mains desquels cet écrit tombera, par ce qu'il y a de plus saint dans la religion, je leur commande, selon le pouvoir que j'ai sur eux en cette rencontre, enfin je les conjure en toutes les manières possibles, s'il est nécessaire pour la défense de la vérité et de l'honneur de M. Jansénius , de faire que ce témoignage ait tout l'effet que je souhaite.
« Fait a Paris, rue du Louvre, le samedi 15 juillet 1G73.
« N. Malebra>xiie, prêtre de l'Oratoire. »