DEUXIÈME PARTIE. — II. 1XXV
d'écrire à notre révérend père général , pour me justifier des nouveau téz prétendues dangereuses dont vous sçavez que l'on veut bien m'accuser. Mais, comme les accusations n'ont été jusqu'ici que générales, ma défense l'a été de même, à un article près , qui regarde l'estime que j'ay toujours marquée pour deux célèbres auteurs , et qui de tous mes crimes est le seul que j'avoue : je n'ay pas cru que la vérité m'obligeât encore de parler, ni que la justice me permît de me taire. Je vous envoie, mon révérend père, cet article de ma lettre *, et vous prie de me dire ce que vous en pensez, afin que je sache, à l'avenir, la conduite que je dois tenir à cet égard. Après avoir montré, par le silence affecté de mes juges et par les défaites de mes accusateurs, qu'on ne peut avec sujet m'imputer de nouvelles opinions, je continue de cette sorte :
« At certe, inquiunt, magnam de Cartesio, magnam de « Malebrancio opinionem habes. At, Rde adm. pater, quo in « Europae angulo nova sestimari hsec opinio potest ? Quis « eam nescit tam antiquam esse quam libros autorum illo- « rum , tam communem quam viros eruditos ? Sed quoniam « hue demum recidit tota accusatorum meorum criminatio, « ac proinde totum meum crimen , videamus, quaeso , qui- « nam hommes illi sint , quos aliquanti facere tantum est « scelus.
« 4°. Autores sunt ita catholici, ut Cartesius quidem in « Batavia degens a ministris calvinianis pro dissimulato je- « suita haberetur \ Malebrancius autem contra Arnaldum « aliosque jansenistas multa scientias mediae evid enter face ventia de gratia et libertate conscripserit. Ergo illos lau- « dare nec suspectum apud nos videri debuit, nec invi- « diosum.
« 2°. Ita docti sunt, tantumque luminis in omnes discipli- «nas intulerunt, ut constet apud Europae totius eruditos
1 La lettre latine du 29 septembre 1706 que nous avons supprimée.
Ixxvj INTRODUCTION.
a per methodum Cartesii, quam perfecit Malebrancius, intra « annos sexaginta plures inventas esse veritates, saltem in « physicis ac matliematicis, quam per antiquam methodum « intra duo annorum millia. Quid ergo periculi videtur esse, « si de illis bene sentiendo toti Europae non dissentias ?
« 3°. Quis dicat in caeteris etiam disciplinis tantam eos « famam apud philosophos , non dico istos vulgares, sed ma- « thematicos, gratis et sine ullo veritatis auxilio comparasse ? « Imo quis tam hospes in philosophia est , qui multa ab ipsis « ingeniose et vere inventa esse nesciat? Ita, Rde adm. pater, « si qua apud illos autores falsa ac nova reperiuntur, multa « apud eosdem vera atque adeo multa antiqua sunt. Non « ergo scelus videtur homines eruditis omnibus approbatos, « ab Ecclesia adhuc indemnatos, alicujus pretii aestimare ; et « si quid in eorum libris veri affulgeat , non autoribus, sed a veritati injuriam facit, qui verum illud, quia fortasse cum « falsis mistum est, récusât agnoscere. Nemo igitur eo dun- « taxât nomine reus fieri potest, quia cum domino Descartes « aut cum pâtre Malebranche aliquas habet communes sen- « tentias, sed tantum, si forte communes defendat errores. « Hoc erat, Rde adm. P. quod de me accusatores meos osten- « dere oportebat. »
« Vous voyez, mon révérend père, que je n'ai rien voulu dire dont l'envie même et la médisance ne puissent tomber d'accord. Mais je vous avoue que j'ai eu bien de la peine à me tenir dans ces bornes , et à m'empêcher de donner un article tout entier au mérite de l'un de ces auteurs et à la reconnoissance que je dois à ses bontez. Il a fallu pourtant me faire violence, de peur que, si une fois j'eusse entamé la matière, mon zèle n'oubliât les lois de la prudence, pour n'écouter que celles de la justice. C'est pourquoi j'ai suivi la règle noli esse nimium justus, et je suis persuadé que j'ai eu plus de peine à faire cette faute , que vous n'en aurez à me la pardonner. Je vous prie , mon révérend père , d'être aussi persuadé que, si je vous ai peu distingué dans ma lettre, je