‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 60 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — II. lxxxix · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — II. lxxxix

les approuver maintenant, je les regarde comme des auteurs très-dangereux dans la religion et très-contraires à la bonne théologie.

« Faites , je vous prie , réflexion que je vous parle avec une vraye amitié, et que ce que j'ay l'honneur de vous dire ne peut avoir qu'un très-bon effet et devant Dieu et devant les hommes. Certainement le sujet que vous avez donné de croire que vous étiez sectateur de ces nouveaux philosophes, demande une rétractation. Je prie le Seigneur et sa sainte mère de vous inspirer ces sentiments; je le souhaite du même cœur dont je suis, dans l'union de vos SS. SS., votre, etc. « Hervé Guïmond, S. J. »

En recevant cette lettre si naïvement intolérante, et où la bonhomie le dispute au fanatisme, le P. André dut comprendre toute la gravité , tout le danger même de sa situation. Il reconnut qu'il y avait un parti pris , contre lequel se briseraient tous les raisonnements. Comment éclairer un pareil aveuglement , et donner un peu de raison à l'esprit de parti , surtout à l'esprit de corps , si opiniâtre et si ardent, parce qu'il se compose et se nourrit de toute la vivacité de l'intérêt personnel fortifié de la noble apparence de l'intérêt général ? Devant de tels adversaires , quand ils ont en main la puissance , ce qu'il y a de mieux à faire est de mépriser intérieurement et de se taire. C'est ce que fit pendant un an le P. André ; mais, quand on a de la grandeur et de la force dans l'âme , on ne se résigne pas longtemps à une sagesse qui ressemble h la pusillanimité ; quand on croit à la vérité et quand on l'aime , on la préfère à soi et on se risque un peu pour elle. Bientôt donc le sentiment de la justice surmonta la prudence dans le généreux et intrépide jésuite , et, le 15 juillet 1708 , après un an d'efforts sur

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