DEUXIÈME PARTIE. — IL XCJ
« En effet, le préjugé à part, la comparaison que vous faites de leur doctrine avec celle de Calvin est-elle soutenable? Est-il une page dans cet hérésiarque qui ne montre à découvert l'esprit hérétique dont il étoit animé ? Et en est-il une dans les auteurs en question qui ne respire un air de catholicité qui ôte aux lecteurs équitables tout sujet de douter de leur religion? Ont-ils jamais fait une démarche ou produit un ouvrage qui n'en soit la preuve?
« Commençons par M. Descartes. Que ce nom , je vous prie , ne vous prévienne point contre mes raisons. Quel attachement ne montre-t-il pas, dans sa Méthode, pour la religion de ses pères? A qui adresse-t-il ses Méditations métaphysiques, où l'on prétend trouver tout le venin de sa doctrine? N'est-ce point à l'université la plus catholique de l'Europe , et qui le fit bien voir en cette occasion même , n'ayant accepté la dédicace de ce livre qu'après l'avoir fait examiner par ses plus habiles et plus zélés docteurs? Pouvez-vous ignorer qu'il a soumis ses Principes à la censure de l'Église? A-t-il fait un livre , a-t-il presque écrit une lettre qui ne porte des marques évidentes de sa religion ? Le pèlerinage qu'il fit à Notre-Dame-de-Lorette est-il d'un hérétique? Vous savez qu'il aima toujours notre compagnie , et que jusqu'à la mort il entretint un commerce de lettres avec les plus saints et les plus savants jésuites de son siècle , et qui apparemment l'eussent bientôt abandonné , si, comme votre révérence , ils l'eussent tenu pour un Calvin. Mais ils avoient trop d'esprit et trop d'équité pour en porter ce jugement. Ils n'avoient garde de réprouver sa doctrine comme opposée à notre sainte foi , tandis que le ministre Voet, à la tète de l'université d'Utrecht, la poursuivoit comme tendant à la ruine entière du calvinisme ; tandis que ses sentiments et sa conduite le faisoient regarder en Hollande comme un émissaire du pape et comme un jésuite déguisé ; tandis qu'il y étoit persécuté comme un papiste trop hardi à professer sa religion ; tandis qu'il écrivoit avec