‹ Œuvres philosophique du père AndréChapitre 81 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXV

et en. montrant aussi quelquefois le ridicule de leurs procédés :

Ridiculum acri Forlius ac melius magnas plerumque secat res.

«Pardonnez-moi, mon révérend père, l'ennui d'une si longue lettre. Je n'ai pas le temps d'être plus court ni plus exact. Vous m'en avez tant pardonné d'autres, que j'espère encore que vous me ferez grâce sur celle-ci. Vous savez le respect et l'attachement inviolable avec lequel j'ai l'honneur d'être en'N.S. Jésus-Christ, notre cher maître , « Mon très-révérend père , « Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

«A Rouen, le 25 avril 1713.

« André , « de la compagnie de Jésus. »

« Je vous prie.de me renvoyer l'extrait que je vous envoie, après en avoir fait tirer une copie, pour en faire l'usage qu'il vous plaira , à la gloire dé la vérité , et sans rompre la charité. »

Faute de documents suffisants, toute cette affaire de Rouen n'était pas parfaitement claire : nous n'avions ni le formulaire envoyé à André , ni sa profession de foi , ni l'examen de cette profession de foi par les métaphysiciens de la compagnie ; nous ne savions pas non plus combien de temps André était resté à Rouen. Aujourd'hui , grâce à nos nouveaux papiers, tous les voiles sont levés, et nous connaissons pleinement toute cette affaire de Rouen, sans contredit la plus intéressante de toutes celles qui furent suscitées à André. Les détails abondent , et il ne faut pas craindre de les reproduire, sinon en totalité , du moins avec une juste étendue ; car il ne s'agit plus seulement ici des disgrâces d'un homme de mérite, mais de la persécu-

fAVj INTRODUCTION.

tion exercée contre un grand système de philosophie par la plus puissante congrégation enseignante de la France et de l'Europe , enfin de la philosophie officielle de cette congrégation.

André arriva à Rouen vers la fin de l'année 1711; il y demeura le reste de cette année, toute l'année 1712 et une partie de l'année 1713; après quoi il est enlevé à l'enseignement de la philosophie et relégué à Alençon dans un petit emploi purement administratif. C'est pendant ces deux années d'enseignement qu'il composa ce cours complet de philosophie chrétienne dont l'abbé Guyot parle avec tant d'éloge1 dans sa notice historique sur le P. André , et dont on vient de retrouver à Gaen une partie considérable sous le titre de Metaphysica sive Theologia nawralis. André se proposait de former , de toutes les opinions cartésiennes , un corps complet de philosophie à la fois raisonnable et chrétienne , où tout fût enchaîné dans un ordre géométrique , expliqué avec une clarté frappante , et dirigé vers la pratique et vers l'édification. Mais l'Évangile lui-même , présenté avec un air de cartésianisme , aurait révolté les jésuites." Aussi à peine André a-t-il commencé à enseigner sa philosophie chrétienne, que ses supérieurs reconnurent qu'au lieu de s'être corrigé il s'était confirmé dans la doctrine qui lui

1 P. vj. « Ce fut pour remédier à ces abus qu'il dressa un nouveau plan, qu'il intitula Philosophie chrétienne. On y trouve une latinité pure, un très-bel ordre dans les questions, dont presque toutes sont disculées selon la méthode des géomètres , et surtout ce goût de la religion et d'une morale saine qui doivent occuper les prémices de l'esprit et du cœur. Ge cours de philosophie a été dicté dans les principaux collèges de la province, et'à Paris au collège de Louis le Grand, par plusieurs professeurs. En note : Cet ouvraqe n'est point imprimé. »

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