DEUXIÈME PARTIE. — IV. CXVÏj
avait été reprochée ; il est dénoncé à Paris ; il reçoit des côtés les plus différents des avertissements qui partent d'un véritable intérêt pour sa personne. Les hommes les plus sages engagent André à se soumettre. Nous voyons reparaître ici ce bon P. Guymond qui, depuis 1708, n'a pas fait l'acquisition d'un seul argument nouveau contre Descartes et Malebranche, et répète toujours la même chose :
« Ne croyez pas, -écrit-il à André-, de la Flèche, le ,44 décembre 1711, que ce qui s'est passé entre nous ait rien diminué de ma tendresse et de mon amitié envers vous. Il est important de. vous dire une chose; mais elle demande le secret, et j'ai en vous la confiance que vous ne me citerez point : c'est qu'on me dit hier que l'on portoit à Rome des informations sur quelques propositions de quelques-uns de nos professeurs , et en particulier de votre révérence. Je crains que notre père ne lui en sache mauvais gré ; ce qui me donne la pensée qu'il seroit bon de le prévenir vous-même au plus tôt, et dé l'assurer que, loin d'être dans ces sentiments, vous en voyez la fausseté , et que vous les réfutez en toute occasion. Voilà donc ce que je ferois, si j'étois à votre place : je me défierois de mon esprit et de l'esprit des nouveaux philosophes; je Croirois que, dans les points contestés, ils n'ont ni eux ni moi plus de lumières que nos auteurs; j'aurois devant moi toutes les propositions défendues ; je demanderois grâce à Dieu pour bien comprendre les raisons qu'on a de les défendre, et je chercherois de quoi- les réfuter chacune en particulier, et prouver la contradictoire ; enfin , puisque la compagnie le veut, je ferois abjuration, persuadé qu'il ne convient point à un particulier d'être contraire à la doctrine 'de son corps. Je prie très-humblement votre révérence de prendre en bonne part tout ce que je lui .écris, etc. »
André ayant répondu à cette lettre, sans -désavouer son
CXViij INTRODUCTION.
goût pour la doctrine de Descartes et de Malebranche , qu'il ne faut pourtant pas le croire aveuglément attaché à toutes les maximes de ces deux auteurs , et qu'il s'y trouve des propositions qu'il tient pour fausses, le P. Guymond, voyant là un commencement d'abandon du cartésianisme, s'en réjouit fort et récrit, le 12 mars 1712, à André :
« Je ne sais comment j'ai différé si longtemps à vous marquer la joie que j'ai reçue de votre dernière lettre; elle est plus grande que je ne puis l'exprimer par l'importance du sujet dont il s'agissoit. Pour y mettre le comble , je demande une grâce à votre révérence : c'est de vouloir bien me mander les propositions de ces deux auteurs qu'elle trouve mauvaises ; cela pourroit me servir dans l'occasion; » •
Hardouin, qui était à la fois le meilleur des hommes dans la vie ordinaire et l'auteur le plus violent dans la polémique , rappelle à André qu'il lui a toujours dit que le malebranchisme était l'athéisme 4, et qu'il devait y renoncer absolument.
' Jean Hardouin, fils d'un libraire de Quimper, né en 1646, mort à Paris le 3 septembre 1729, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, bibliothécaire du collège de Clermont, auteur d'un très-grand nombre d'ouvrages où un savoir immense et une sagacité rare se perdent en des hypothèses et des paradoxes extravagants. Ses ouvrages les plus célèbres sont l'édition de Y Histoire naturelle de Pline, la grande Collection des Conciles, W Chronologie expliquée par les médailles, etc. Ses écrits philosophiques n'ont paru qu'après sa mort dans le recueil intitulé .- Johannis Harduini Opéra varia, Amsterdam et La Haye, in-fol., 1733. La pièce la plus célèbre de ce recueil a pour titre : Athei detecti . ce sont Jansénius, les oratorieus André Martin, Louis Thomassin, Malebranche et le P. Quesnel, Arnauld, Nicole, Pascal, Descartes, Antoine Logrand et Sylvain Régis. Les Piéflexions importantes font suite aux Athei detecti, et sont surtout dirigées contre Descaries et Malebranche. Dans son Platon expliqué, il n'est pas très-loin d'accuser Platon d'athéisme. Les jésuites ont, il est vrai , désavoué la publication des Opéra varia dans les Mémoires de Trévoux, de septembre 1733 ; mais c'est te cas de dire : Is fecit cui prodest, et il* n'y a pas une seule assertion générale de Hardouin