‹ Œuvres philosophiques d'ArnauldChapitre 62 sur 214 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

choses qui ne conviennent ({u'au corps; et c'est de là qu'est néo I erreur impie de ceux qui croient l'âme mortelle. On p(^ut Noir un exc^eilent discours de saint Augustin surce sujet, dans le livre x de a Trinito, ou il montre (lu'il n'y a rien de plus facile à connaître que la nature de notre ûme ; mais que ce qui brouillo les hommes est que, voulant la connaître, ils ne se contentent pas de ce (pi Ils en connaissent sans peine, qui est que c'est une substance qui pense, qui veut, qui doute, qui sait ; mais ils joignent à ce qu'elle est ce qu'elle n'est pas, se la voulant imaginer sous quelques-%ns de ces fantômes sous lesquels ils ont accoutumé de concevoir les choses corporelles.

Quand d'autre part nous considérons les corps, nous avons bien de la peine a nous empêcher d'y mêler quelque chose de l'idée de la substance qui pense; ce qui nous fait dire des corps pesants, qu ils yeulen aller au centre ; des plantes , qu'elles cherdient les aliments qui leur sont propres; des crises d'une maladie, que c'est a nature qui s'est voulu décharger de ce qui lui nuisait ; et de niillo autres choses , surtout dans nos corps, que la nature veut aire ceci ou cela , quoique nous soyons bien assurés que nous ne lavons pas voulu, n'y ayant pensé en aucune sorte, et qu'il soit ridicule de s'imaginer qu'il y ait en nous quelque autre chose que nous-meme qui connaisse ce qui nous est propre ou nuisible, qui cherche l'un et qui fuie l'autre. ^ui^^i^ie,

Je crois que c'est encore à ce mélange d'idées incompatibles

qu on doit attribuer tous les murmures que les hommes font contre

> l^ieu ; car il serait impossible de murmurer contre Dieu, si on le

concevait véritablement selon ce qu'il est, tout-puissant, tout sage

e tout bon ; mais les méchants le concevant comme tout-puissant

et comme le maître souverain de tout le monde, lui attribuent tous

es malheurs qui leur arrivent, en quoi Us ont raison; et parce

u en même temps ils le conçoivent cruel et injuste, ce qui est

u coinpa ible avec sa bonté, ils s'emportent contre lui, comme s'il

d\ ait eu tort de leur envoyer les maux qu'ils souffrent.

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