‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 104 sur 172 · CHAPITRE XXI If · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI If

marquer une idée qui ferait connaître toutes les propriétés d'un objet) qualem nemo habet non modo de inpniio , sed nec forle etiam de uUa alia re , quantumris parva. Et, dans la réponse aux quatrièmes objections , il dit que les idées que nous avons de l'àme et du corps peuvent être claires et distinctes, sans que l'une ni l'autre soit adœquata, cest-à-dire qu'elle soit telle qu'elle nous fasse connaître tout ce qui convient a l'une et à l'autre de ces deux substances.

Il est donc certain qu'il n'a point cru qu'afin qu'une idée fût claire, il fût nécessaire qu'elle enfermât toutes les propriétés de l'objet.

Et en effet, peut-on douter qu'on n'ait eu avant Pythagore l'idée claire d'un triangle rectangle , quoique ce soit lui , à ce que l'on croit , qui en a découvert le premier cette belle propriété : que le carré de sa base est égal aux carrés des deux côtés ? Est-ce de même qu'on n'a point eu d'idée claire de l'ellipse et de l'hyperbole avant M. Descartes, parce que c'est peut-être lui qui a le premier découvert les propriétés qu'il en a démontrées dans sa Dioptrique pour la réfraction des rayons?

Que si, ne pouvant pas prétendre que cett« définition d'une idée claire soit admise par tout le monde , il est réduit à dire qu'il a pu prendre ce mot en ce sens, et n'appeler idée claire que celle qui aurait toutes les conditions qu'il a marquées, on le lui avoue, et on lui accorde aussi qu'en prenant en ce sens le mot d'idée claire, nous n'avons point d'idée claire de notre àme. Mais on lui soutient aussi qu'on n'en a point non plus de l'étendue, ni peut-être d'aucune autre chose du monde, comme M. Descartes l'a bien remarqué. Et ainsi tout se réduira, à l'égard de ses autres preuves, à montrer qu'elles ne sont pas plus concluantes contre l'idée claire de notre àme que contre l'idée claire de l'étendue.

DEUxiii.ME RAISON. « Jc crois pouvoir dire que l'ignorance « ou sont la plupart des bommts, à l'égard de leur àme,

« de sa distinction davec le corps, de sa spiritualité, de son « immortalité et de ses autres propriétés , suffit pour prouver « évidemment que l'on n'en a point d'idée claire et distincte. »

RÉP. Si les erreurs des hommes et les doutes déraisonnables qu'ils ont tous les jours sur des choses très-certaines peuvent être allégués, pour prouver que nous n'avons point d'idées claires des choses dont il leur plaît de douter, il n'y a plus rien dont on puisse dire que nous ayons des idées claires. Car y a-t-il rien dont les sceptiques et les pyrrhoniens n'aient fait profession de douter? Il ne faudrait que leur appliquer ce qu'il dit en la page 357 : « Faisons justice à « tout le monde : ceux qui ne sont pas de notre sentiment « sont raisonnables aussi bien que nous; ils ont les mêmes « idées des choses ; ils participent à la même raison. Pour- (( quoi auraient-ils douté de ce qui nous paraît de plus cer- « tain dans la géométrie même, sils en avaient eu des (' idées claires? »

Que si de ce général nous descendons au particulier, comment n'a-t-il pas vu qu'on n'avait pas moins de droit de conclure de ce qu'il dit que les hommes n'ont point d'idée claire et distincte de leur corps? Car les épicuriens n'ont nié la spiritualité et l'immortalité de Tàme que parce qu'ils ont cru que leur corps était capable de penser. Et il n'y a encore présentement que trop d'impies qui sont dans le même sentiment. Or. si les uns et les autres avaient eu une idée claire de leur corps, ils n'auraient pas eu cette pensée, puisque , selon cet auteur, « quand on a l'idée claire d'une chose, « on voit sans peine et d'une vue simple ce qu'elle en- « ferme et ce qu'elle exclut. » Donc cette raison ne prouve rien, ou elle prouve autant contre la clarté de l'idée du corps ou de l'étendue que contre la clarté de celle de l'àme.

Troisième raison. « L'idée du corps ou de l'étendue est si « claire , que tout le monde convient de ce qu'elle enferme et « de ce qu elle exclut ( car de ce qu'il y en a qui doutent si le V, corps est ou n'est pas capable de sentiment, c'est qu'ils eu-

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