‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 117 sur 172 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

« de facilité que ion reconnaît que le carré nest pas le « cercle. » C'est vouloir que nous n'ayons point d'/(/ecsc/aî>es de presque tout ce que l'on sait par les sciences les plus certaines, comme sont Talgèbre, la géométrie, l'arithmétique. Car, hors les premiers principes et les plus simples définitions qui se découvrent d'une simple vue , tout le reste ne se connaît que par des démonstrations qui consistent souvent en une fort longue suite de raisonnements.

La quatrième est « qu'on ne connaît point par des idées « claires ce qu'on connaît par conscience et par sentiment. » Et c'est justement tout le contraire, au moins pour ce qui est de ce que nous connaissons pendant cette vie ; car, rien ne nous est plus clair que ce que nous connaissons en cette manière, comme saint Augustin nous l'apprend dans le treizième livre (/e la Trinité, chap. \^% où il dit que nous connaissons notre propre foi ( et il en est de même de nos autres pensées) : ceriissima scieniia , et clamante conscientia : par une science très-certaine , et comme par un cri de notre conscience. Or, ce que nous connaissons par ce sentiment intérieur ne nous peut être si certain que le dit ce Saint, que parce qu'il est clair et évident. Car, dans les connaissances naturelles, ce ne peut être que la clarté et l'évidence qui fait la certitude. Or, quand on voudrait douter si la perception que nous avons de notre pensée , lorsque nous la connaissons comme par elle-même sans réflexion expresse , est pro^ prement une idée , on ne peut nier au moins qu'il ne nous soit facile de la connaître par une idée; puisque nous n'avons pour cela qu'à faire une réflexion expresse sur notre pensée» Car alors cette seconde pensée ayant pour objet la pre^ mière , elle en sera une perception formelle , et par conséquent une idée; or, cette idée sera claire , puisqu'elle nous fera apercevoir très-évidemment ce dont elle est idée. Et , par conséquent, il est indubitable que nous voyons par des idées claires ce que nous voyons par sentiment et par conscience : bien loin qu'on doive regarder comme opposées cea

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doux manières de connaître , ainsi que fait partout l'auteur de la Recherche de la Vérité.

Lors donc que cet auteur se sera défait de ces quatre fausses préventions, il lui sera aisé de trouver en soi-même une idée claire de son âme : et il y a même assez de choses dans son livre qui Taideront à la découvrir.

Ce qu'il dit de l'àme dans le premier chapitre du troisième livre aurait suffi pour lui faire comprendre que nous avons une idée claire de notre àme , s'il sétait contenté de la vraie notion d'une idée claire, sans y ajouter beaucoup de conditions que la clarté d'une idée ne dem.ande point.

Il dit « qu'après y avoir pensé sérieusement , on ne peut « douter que l'essence de l'esprit ne consiste dans la pensée, « de même que l'essence de la matière consiste dans l'éten- « due. )) Peut-on dire certainement en quoi consiste l'essence d'une chose dont on n'aurait point d'idée, ou dont Ton pourrait dire , conmie il fait en la page 206 : « que c'est la chose « du monde qu'on connaît le mieux quant à son existence , « et qu'on connaît le moins quant à son essence? »

Il ajoute au même lieu (page ni ) : « qu'il n'est pas pos- « sible de concevoir un esprit qui ne pense peint, quoiqu'il {( soit possible d'en concevoir un qui ne sente point, qui

« n'imagine point, et même qui ne veuille point

« Mais que la puissance de vouloir est inséparable de l'es- V prit, quoiqu'elle ne lui soit pas essentielle : comme la ca- « pacité d'être mue est inséparable de la matérielle, quoi- « qu'elle ne lui soit pas essentielle. » On peut voir beaucoup d'antres choses semblables dans le même endroit, qui montrent manifestement, ou qu'il avance tout cela témérairement et sans savoir ce qu'il dit. ou qu'il connaît mieux qu'il ne dit la nature de son àme.

Mais il dit une chose dans ce même chapitre , qui renverse ce qu'il donne ailleurs pour la principale condition de l'idée claire d'un objet, qui est de nous donner moyen de connaître toutes les modifications dont il est capable. C'est en la

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