CHAPITRE XXVII
aine de recevoir dilTérentes idées et différentes perceptions , cl'jit être entièrement passive , parce que celle qu'a la math're de recevoir ditférentes figures est entièrement passive , L t ne renferme aucune action. Car cette comparaison se trouvant fausse , au regard de la faculté qu'a la matière de recevoir aussi différents mouvements , comparée a la faculté qu'a l'àme d'avoir différentes inclinations , il n'y a nulle nécessité qu'elle soit vraie au regard des figures d'une part, et des perceptions de l'autre. Et il est facile , au contraire, de se servir de cette comparaison pour faire voir que lame peut être active au regard de ses perceptions aussi bien qu'au regard de ses inclinations.
Car il faut remarquer que notre àme et la matière sont deux êtres simples ' c'est-à-dire que ce ne sont pas des êtres composés de deux natures différentes, comme est l'homme), et que surtout , au regard de l'àme , les diverses facultés que l'on considère en elle, ne sont point des choses distinctes réellement . mais le même être différemment considéré. Avouer donc que l'àme est active au regard de l'une de ses facultés , qui est la volonté , c'est avouer qu'elle est active absolument et par sa nature ; et ainsi c'est sans raison qu'on la compare avec un être simple tel qu'est la matière . qui est purement passif par sa nature. D'où il s'ensuit qu'on ne peut rien conclure de cette comparaison qui puisse tenir lieu d'aucune preuve raisonnable.
Je puis même ajouter que , si on en pouvait conclure quelque chose , ce serait tout le contraire de ce que dit cet auteur. Car la matière n'est incapable de se donner différentes figures , que parce qu'elle est incapable de se donner différents mouvements , étant bien certain qu'elle se pourrait figurer si elle pouvait se mouvoir; or, les inclinations sont à l'àme , selon cet auteur , ce que les mouvements sont à la matière ; donc, le pouvoir qu'a l'àme de se donner différentes inclinations doit être au moins un argument vraisemblable, quelle a aussi le pouvoir de se donner différentes
'2'-iO DES VRAIES ET DES EALSSES IDÉES.
perceptions; puisque, si la matière avait le pouvoir de se donner différents mouvements , elle aurait aussi le pouvoir de se donner dilTé rentes figures.
II. Je ne vois pas que si ce qu'il y a dactif dans làmc ne s'étendait à quelques perceptions aussi bien qu'à ses inclinations, l'auteur (/f /a Fiecherche de la Vérité pût expliquer ce qu'il croit nécessaire afin que nous soyons libres. Il ne faut pour cela que l'entendre parler dans le premier chapitre du premier livre, page 6.
« L'esprit , considéré comme poussé vers le bien en gé- « néral , ne peut déterminer son mouvement vers un bien « particulier (en quoi il fait consister la liberté ), si le même (f esprit, considéré comme capable d'idée, n'a la connais- « sance de ce bien particulier. Je veux dire , pour me servir « des termes ordinaires , que la volonté est une puissance a aveugle qui ne peut se porter qu'aux choses que lentende- « ment lui représente ; de sorte que la volonté ne peut dé- « terminer diversement l'impression qu'elle a pour le bien , « et toutes ses inclinations naturelles . qu'en commandant à « l'entendement de lui représenter quelque objet particulier. « La force qu'a la volonté de déterminer ses inclinations « renferme donc nécessairement celle de pouvoir porter Ten- « tendement vers les objets qui lui plaisent. »
11 a bien vu qu'il s'ensuivait de là que notre esprit se pouvait donner de nouvelles perceptions , afin qu'il put agir librement. La preuve en est démonstrative.
Car. selon lui, l'esprit considéré comme poussé vers le bien en général, ne peut déterminer son mouvement vers un bien particulier, en quoi il fait consister sa hberté, que par le pouvoir qu'il a de faire ; en sorte que , comme capable d'idées , c'est-à-dire de perceptions . il ait la connaissance de ce bien particulier qu'il ne connaissait pas auparavant.
Or , il est impossible que notre esprit connaisse un objet qu'il ne connaissait pas auparavant, que par une perception qu'il n'avait pas auparavant.