CHAPITRE XXVIII. 2jo
On ne peut donc , selon lui , avoir sur cela d entière évidence ni d'exacte démonstration.
Un autre que lui pourrait dire cpiil suffit que ce qu'il a dit de ces choses ait une grande apparence de vérité , et quil nest pas nécessaire qu'il les ait prouvées par des démonstrations tout à fait exactes. Mais, pour lui, il est bien clair quil ne peut point parler de la sorte , après ce que nous venons de voir; car il n'a pas écrit sur des matières si importantes pour ne persuader personne. Or, il nous a déclaré bien positivement que nous ferions mal de nous rendre à ses raisonnements, quelque justes qu'ils parussent, s'ils n'étaient démonstratifs ; " parce que ce serait nous qui agirions . et non « pas Dieu en nous, et que ce serait par un acte libre, et « par conséquent sujet à erreur, que nous embrasserions ses « sentiments . et non par une impression invincible , nous y « rendant parce que nous le voudrions librement, et non (' parce que nous le verrions avec évidence. -> Donc il n'a rien fait dans ce nouveau livre , ni pour l'Église en général . ni pour ceux en particulier qu'il dit avoir eus en vue « qui <' se piquent d'une grande justesse et d'une rigoureuse exacj< titude , » si ce qu'il y a mis n'a que de .grandes apparences de vérité : et il faut, selon ses principes, qu'il en ait au moins démontré avec évidence les principaux fondements. Cependant , Monsieur, je pourrai n'être pas longtemps à vous faire voir qu'il s'en faut même beaucoup qu'il ait été au moins jusqu'à ne rien dire qui n'ait de grandes apparences de vérité.
DEUXIEME ULILEXJUN.
Rien n est moins vrai que ce que dit l'auteur de la Recherche de la Vérité : « que pour être convaincus qu'il y a des corps, (' il faut qu'on nous démontre non-seulement qu'il y a un V Dieu, et que Dieu n'est point trompeur, mais encore que « Dieu nous ait assuré» qu'il en a effectivement créé ; et que « si nous n'avions point la foi , qui nous oblige a croire qu'il
« y a des corps, nous ne serions point invinciblement portés (' à croire qu'il y en a. >^ Car je soutiens, au contraire , que le même i)rincipe qui est le fondement de la foi . et qui ne la suppose pas, mais la précède, méfait voir nécessairement qu'il y a des corps et d'autres êtres que Dieu et mon esprit. Ce principe est qu'on doit recevoir pour vrai ce qui ne pourrait être faux qu'on ne fût contraint d'admettre en Dieu des choses tout a fait contraires à la nature divine, comme d'être trompeur, ou sujet à d'autres imperfections que la lumière naturelle nous fait voir évidemment ne pouvoir être en Dieu. On ne suppose point la foi , ni de révélation particulière, touchant l'existence des corps, en supposant ce principe : donc . ce qui suit évidemment de ce principe , en n'y joignant que des choses dont je ne puis non plus douter que de ma propre existence, doit être regardé comme très-bien démontre; et par conséquent j ai raison de prendre pour de véritables démonstrations les arguments qui sui\ eut.
PREMIER ARGLMEM,
Nous pouvons tirer de la parole un argument certain de l'existence des corps , en y joignant le principe que Dieu n'est point trompeur. Car je ne puis douter que je ne croie parler depuis que je me connais, c'est-à-dire joindre mes pensées à de certains sons que je crois former par le corps , que j'ai supposé m être uni, pour les faire entendre à d'autres personnes semblables à moi , que je suppose être autour de moi , et qui ne manquent point , à ce qu'il me semble , de faire entendre de leur part, ou par d'autres paroles que je m'imagine ouïr, ou par d'autres signes que je crois voir, qu'ils ont bien compris ce que je leur ai voulu dire.
Or, si je n'avais point de corps, et qu'il n'y eût point d'autres hommes que moi , il faudrait que Dieu m'eût trompé une infinité de fois , en formant dans mon esprit immédiatement par lui-même , et sans qu'on puisse dire qu'il en a pris occasion des mouvements qui se seraient ïaits dans mon