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de ridicule , quoique vous n'ayez pas voulu user de ce mot •?
« Il fait aussi entendre que mon esprit peut voir dans toute étendue intelligible, tout corps sensible que je ne connaîtrais pas , et que jaurais besoin de connaître , en attachant la couleur, ou quelque autre qualité sensible à une partie de cette étendue intelligible.
« Mais il faudrait pour cela que je connusse ce corps sensible, afin dappliquer à une partie de retendue une couleur convenable ; car si j'appliquais une couleur rouge à cette partie de l'étendue . ce ne serait pas le moyen d'y voir un objet sensible qui ne pourrait être que vert. Cest donc la même chose que ce que je vous disais, que vous n'aviez qu'à appliquer sur votre toile les couleurs nécessaires pour y former le visage de saint Augustin, et qu'il ne tiendrait qu'à vous d'en avoir par là un portrait parfaitement ressemblant; car vous avez eu raison de me dire qu'il faudrait pour cela que vous sussiez comment était le visage de saint Augustin . et que votre peine était de ne le pas savoir.
« Enfin, comme il n"a pu ignorer que les lignes courbes, d'où dépend la connaissance des figures curvilignes, ne se peuvent ordinairement bien concevoir qu'en considérant le mouvement par lequel on les décrit ; il a voulu que l'on pût aussi apercevoir le mouvement dans son étendue inieUifjiUe infinie, parce que l'on ne peut concevoir qu'une figure d'étendue intelligible puisse tourner sur son centre ou s'approcher successivement d'une autre. Mais comme chaque figure ou chaque ligne courbe se trace différemment . et qu'autre est le mouvement par lequel se trace une hyperbole , et autre celui par lequel se trace une ellipse ; comment pourrai-je voir dans cette étendue intelligible immobile, le mouvement particulier qui est nécessaire pour trouver une ellipse, ni comment elle se trace ? N'est-ce donc pas supposer que je connais par ailleurs que par cette étendue intelligible, ce que l'on voudrait que je ne pusse savoir que par cette étendue intelligible? Prenez
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donc votre parti : ou no vous moquez point de mon invention, ou ne faites pas plus détat de celle de cet auteur, d'i.illeurs si habile, que de la mienne. La conversation finit de la sorte, et le peintre ne fut pas fâché qu'on lui eût ouvert les yeux sur cet endroit de la Recherche de la Vêrilé, qu'il avait lu autrefois avec respect , et qu'il n'avait osé approfondir, le croyant trop mystérieux et trop haut pour lui. »
RÉPONSE. — IV. Voilà , Monsieur, la parabole de M. Arnauld, et l'application quil en fait. Je reçois cette histoire, mais voyons si son application est heureuse. Je n'examine pas s'il sied bien à la gravité dun vieux docteur, d"habiller en ridicule ceux quil appelle ses amis. Je veux croire que le peintre de la fable était aussi sculpteur, puisqu'on lui donne un bloc de marbre pour y tailler une tète ; cela ne me regarde pas. Mais comme ce sot peintre, c'est moi-même, et l'ami du peintre, M. Arnauld. qu'il me soit permis de parler par ma bouche et non par celle d'un ami piqué, qui me fait à tous moments dire des extravagances pour contenter son chagrin.
V. Je réponds donc en la personne du peintre , et je dis à mon ami : Ne vous moquez pas." Monsieur, vous n'entendez pas le sentiment de l'auteur de ht Recherche de la Vérité, eu vous ne lui rendez pas justice. Lisez l'endroit même que vous citez, et vous verrez que la question n'est pas de Yoriffhie , mais de la nalure des idées des choses matérielles. L'auteur n'examine pas là comment l'esprit a le pouvoir de connaître les corps dans l'étendue intelligible ; mais il prouve que l'étendue intelligible peut représenter les corps. Car, pour me servir de votre comparaison , de même qu'on peut faire une tète ou quelque figure que ce soit, d'un bloc de marbre : on peut voir toutes sortes de corps ou de figures dans l'étendue intelligible. Cette application est juste et éclaircit ce que vous voulez obscurcir.
VI. L'auteur de la Recherche de la Vérité prétend que Dieu voit les corps par les idées qu'il en a , lesquelles idées sont l'essence de Dieu même, selon le sentiment ordinaire, en
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tant qu elle est participée par sa créature corporelle. 11 prétend que retendue intelligible , idée de tous les corps , ne se trouve qu'en Dieu, parce qu'on ne peut pas dire que l'idée que lame a des corps, soit l'àme même en tant qu'elle est participée parles corps; car l'àme est un être particulier qui participe à l'Être universel, mais duquel nul être ne participe. Ainsi, l'àme ne voit point dans ses propres modalités les ouvrages de Dieu , mais dans l'idée même dans laquelle Dieu les voit, c'est-à-dire dans la raison universelle qui renferme ces idées.
Vil. Le même auteur prétend encore, que c'est par la couleur que l'étendue intelligible devient sensible , et eit déterminée à faire voir un visage, et tel visage. Lisez seulement l'endroit même que vous citez. Ainsi, comme dans la Ikcherche de la Verile, il a dit en plus de cent endroits qu'il ne dépendait pas de nos volontés, mais des lois de l'union de lame et du corps , de voir des couleurs, ou d'être frappé de quelque sentiment que ce puisse être, vous ne lui rendez pas justice , en me demandant à moi , que je représente par mes couleurs un visage que je n'ai jamais vu. Vous n'êtes pas non plus fort équitable , lorsque vous m'offrez ce bloc de marbre pour en faire la tête de saint Augustin, qui est une figure dont on ne peut avoir de connaissance que par ses sens : et vous ne trouverez rien dans tout le livre de la Becherche de la Mérité, qui donne le moindre sujet à votre raillerie. En un mot, voulez- vous que je vous le dise en ami? vous raillez si mal a propos, que vous vous rendez ridicule.
Vill. Xe vous fâchez pas, je vous prie; mais plutôt, Monsieur, prenez garde que vous vous trompez encore , de croire que pour concevoir quel est le mouvement propre à tracer une ligne courbe, il faut déjà la connaître; car il n'en est pas de même des vérités nécessaires que des faits, et des sciences ({ue des histoires. Il faudrait avoir vu le visage de saint Augustin, pour savoir comment il était fait. Mais pour former dos lignes géométriques, et en découvrir les propriétés, il ne faut ipie consulter l'étendue intelligible, et contempler les
ùSU RÉPONSL Dt MALtBr,A.NCHE
rapports exacts qui sont entre les grandeurs. Si . par exemple, une ligne droite et un point étant donnés immobiles sur un plan, je veux m'imaginer quun autre point quelconque se meuve ^ur ce plan , en conservant toujours le même rapport de distance à ce point et à cette ligne immobiles; alors j'aurai les trois lignes parabole, hyperbole et ellipse, sans que jen aie jamais ouï parler. La parabole , si le point mobile est pris d'une distance égale entre la ligne et le point immobiles : l'hyperbole, s'il est pris plus proche de la ligne que du point: et l'ellipse, s'il est pris plus proche du point que de la ligne. C'est ainsi qu'en examinant d'abord les rapports les plus simples dans l'étendue intelligible , on vient peu à peu à découvrir les vérités les plus composées de la géométrie, et même de la physique, pourvu qu'on y joigne les faits, à cause de l'obscurité qui nait de la combinaison des rapports. C'est ainsi à l'égard des nombres , qu'on apprend peu à peu à faire les opérations nécessaires pour en découvrir les rapports: et qu'en multipliant 13 par 19, et leur produit par '28 , on a ce qu'il a plu aux hommes d'appeler la période julienne, qui a les usages qu on sait dans la chronologie.
IX. Ainsi nos désirs, nos volontés, notre attention à la contemplation des nombres et de l'étendue , sont les causes occa^ionneUes qui produisent la lumière dans l'esprit. C'est, comme dit fort bien l'auteur de la Recherche de la Vérité, la prière naturelle par laijuelle on mérite d'être éclairé de la lumière de la vérité. Et vous ne prenez nullement sa pensée, lorsque vous dites qu'il est inutile de vouloir penser à une ellipse pour la décom rir dans l'étendue intelligible , si on ne la connaît déjà. Car il est évident, qu'ayant l'idée de l'étendue, il ne dépend que de nous de nous appliquer à en considérer les rapports. Mais il faut toujours commencer par les plus simples . selon la méthode que l'auteur même donne à son sixième li^re de la Recherche de la ^'ériié. Voila ce que pourrait répondre un homme ({ue M. Arnauld
ne ferait pas sottement parler. Mais il faut que je naie pas (le sens commun à queliiue prix que ce soit. Examinez, je vous prie, le reste de ce chapitre \'ô de M. Arnauld . et j»renez garde à ceci.
X. Je n'ai dit nulle part, que j étais l'auteur de^ idées particulières qui se forment de l'étendue intelligible , mais seulement , que je pouvais désirer de connaître distinctement ce que je ne sais que confusément ; que je pouvais désirer, pour ainsi dire , de voir de près ce que je ne vois que de loin : et que le mouvement par lequel l'esprit s'approche des idées particuhères , ou plutôt c{ue la cause occasionnelle de la présence des idées, c'est l'attention. Le sentiment intérieur qu'on a de soi-même prouve cette vérité : et il est facile de reconnaître que c'est là le principe de la liberté.
XI. Or ce sentiment est bien différent de celui de M. Arnauld . ou de ceux qui pensent que l'esprit a la faculté de former ses idées : et le raisonnement que je fais contre son sentiment ne touche nullement le mien. Il suffit de connaître confusément quelque chose, pour désirer et mériter par le travail de l'attention de la connaître clairement, en conséquence des lois qui unissent l'esprit avec la raison. Mais il ne suffit pas d'avoir une idée confuse ou générale, pour en pouvoir former une distincte ou particulière : car on ne peut mieux faire que son exemplaire. Cela est visible : cependant M. Arnauld croit bien répondre lorsqu'il me rend les objections que je lui fais, ou à ceux qui veulent que Tàme ait le pouvoir de se former les idées des choses : et il est si content do lui-même à cet égard , qu'il conclut son chapitre en ces termes : a Je serais fort surpris . Monsieur, si on me peut montrer, rpie ce qu'il dit est concluant contre ceux qu'il combat, et que ce que je dis à son exemple, ne le soit pas encore plus contre lui-même. »
3b>G lîÉl'O.NSt 1)1. .MALLIJHA.\(.HE
CllU'lTlîi: Wlll. — Hepoiisc au SL'i^iéiiic clid|»iHo.