‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 160 sur 172 · I. M. Arnauld commence ainsi son chapitre · texte numérisé non relu

I. M. Arnauld commence ainsi son chapitre

« Après avoir fait voir, dans le chapitre li, que celle étendue intelligihle infinie est tout à fait ininteUujihle, et nest quun amas de contradictions; et après avoir montré, dans le quinzième, que quand on la supposerait telle quil veut quelle soit , il serait impossible que notre esprit y put trou- ^e^ les idées des choses quil ne connaîtrait pas , et qu'il aurait besoin de connaître : il ne me reste plus, pour un entier renversement de cette nouvelle philosophie des /f/ces. qu'à montrer que, quand ce qu'il fait faire à notre esprit, pour lui faire trouver ses idées dans cette étendue intelligible infinie, pourrait lui servir a les y trouver (ce qui ne peut être, comme nous venons de le voir,, on n'en devrait pas moins rejeter, comme des chimères, tout ce quil dit sur cela, parce qu'il est manifestement contraire à ce que nous savons certainement se passer dans notre esprit , qui est la plus certaine des expériences, et aux lois générales que Dieu s'est prescrites à lui-même . pour nous donner la connaissance de ses ouvrages. »

Voilà , Monsieur, de quoi surprendre les simples. Ce style et ces manières faisaient autrefois des conquêtes ; mais présentement on s'en défie, les philoso[»hes surtout. Et peut-être que les autres n'oseront parler de métaphysique , de peur qu'on se moque deux.

II. Après cinq ou six pages de discours assez inutiles à la question . M. Arnauld suppose une vérité dont je conviens . qui est que du marbre paraît blanc ou noir, à cause de la différence de l'arrangement des parties de leur surface : Dieu ayant jugé à propos de nous donner moyen de discerner les objets par les sensations de différentes couleurs.

« Mais, continue-t-il . ce dessein de Dieu serait renversé, si sous prétexte que nul de ces marbres n'est proprement ni

A M. ArxNAUT.D. 387

blanc, ni noir, ni jaspù , mais que ces couleurs ne sont que (les modifications de mon âme, je pouvais attacher chacune de ces couleurs auquel je voudrais ; car alors , bien loin que ces couleurs me servissent à les distinguer, elles ne me serviraient qu'à les confondre. C'est pourquoi Dieu n'a pas voulu (jue cela dépendît de ma liberté, et j'en suis convaincu par roxpérience. ^)

Hi:ponse. — m. Mais quel est cet impertinent . qui croit qu'il dépend de sa liberté de voir la neige blanche ou ^e^te? C'est moi , Monsieur, selon ce que vous allez lire,

« Il faut donc que l'auteur de la Recherche de la y<'rilê ait renoncé à tout ce qu'il sait le mieux . lorsque dans la nécessité? de défendre à quelque prix que ce soit sa nouvelle philosophie des idées, il s'est troure réduit à attribuera notre àme celte puissance imaginaire d'attacher la sensation du vert, du rouge , du bleu, ou de «pielque autre couleur que ce soit , à une partie quelconque de l'étendue intelligible, qu'ib ne peut pas seulement feindre avoir causé quelque mouvement dans l'organe de notre vue. »

RÉPONSE. — Pensez-vous, Monsieur, qu'il soit vraisemblable que M. Arnauld ait pu s'imaginer que j'eusse le sentiment ((u'il m'attribue? Je veux que j'aie dit, que lorsque je vois de la neige , l'àme y attache la sensation de blancheur, comme elle attac'he la douleur d'une piqûre au doigt piqué. Mais cela peut-il faire croire, que j'aie pensé que ce fût « par le choix et l'usage de ma liberté; et que j'ai été réduit à attribuer à notre àme une puissance imaginaire d'attacher les sensations à ce qu'elle aperçoit? »

Mais, supposé que M. Arnauld n'ait pas cru cela de moi, les honnêtes gens peuvent-ils être contents de lui . lorsqu'ils font réflexion, qu'il attribue. à son ami la plus ridicule et la plus sotte pensée qui puisse entrer dans l'esprit d'un homme ? Mais vous allez voir. Monsieur, encore une faute plus difficile à couvrir.

Page 1