‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 18 sur 172 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ouc laulcur de la Reclioche de la Vcritc a parlé autrement de» idées dans les deux premiers livres de son ouvrage que dans le troisième livre, où il en traite exprès.

Ce que je viens de dire de l'àme et de ses perceptions est si conforme à nos notions naturelles que Tauteur même de la Recherche de la Vérité en a parlé de la même sorte quand il n'a consulté que les premières notions qui lui sont venues dans lesprit sur cela, et qu'il ne les a point embrouillées par d'autres notions philosophiques , qu'il a cru trop facilement être véritables dans le fond, et n'avoir besoin que d'être rectifiées.

Voici donc premièrement ses sentiments purs et naturels touchant cette matière , et nous verrons qu'il y a très-peu de chose qui ne se puisse très-bien accorder avec ce que nous venons de dire, quoiqu'il y ait peut-être quelques exprès* sions ambiguës et qu'il a pu prendre dans le faux sens de ces idées mal entendues, mais qui de soi-même peuvent aussi être prises dans le sens de la vérité.

11 dit gônérakMîient , tout au commeuccment du troisienio livre : « que si, par l'essence d'une chose, on entend ce que « Ion conçoit de premier dans cette chose , ducjuel dépendent « toutes les modifications que Ton y remarque, on ne peut « douter que l'essence de l'esprit ne consiste dans hi pensée. » Mais il explique plus au long ce qui se passe dans notre âme dans le premier chapitre du premier livre , en se servant de la comparaison de la matière avec l'esprit :

« La matière ou l'étendue renferme en elle deux propriétés. « ou deux facultés. La première faculté est celle de recevoir « différentes figures, et la seconde est la capacité d'être mue. « De même l'esprit de l'homme renferme deux facult<,^s : la « première, qui est lentendemetif , est celle de recevoir plu- « sieurs idées, c'est-à-dire d'apercevoir plusieurs choses ; la « seconde, qui est la volonté, est celle de recevoir plusieurs « iîiclinations, ou de vouloir différentes choses. Nous exph- « querons d'abord les rapports qui se trouvent entre la pre- « mière des deux facultés qui appartiennent à la matière, et « la première de celles qui appartiennent à l'esprit. »

Remarquez bien ces paroles : recevoh' plusieurs idées, c'està-dire apercevoir phisieui's choses : car on n'aura besoin dans la suite que de mettre cette définition en la place du défini , pour ruiner la fausse notion des idées qu'il donne ailleurs, en voulant que nous les concevions comme de certains êtres représentatifs des objets , réellement distingués des perceptions et des objets.

« L'étendue est capable de recevoir de deux sortes de <{ figures. Les unes sont seulement extérieures, comme la « rondeur à un morceau de cire ; les autres sont intérieures, « et ce sont celles qui sont propres à toutes les petites parties « dont la cire est composée ; car il est indubitable que toutes « les petites parties qui composent un morceau de cire ont « des figures fort différentes de celles qui composent un mor- « ceau de fer. J'appelle donc simplement fi<jure celle qui est u extérieure, et j'appelle cun/ijuratiun la figure qui est inté-

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