‹ Œuvres philosophiques de Antoine ArnauldChapitre 19 sur 172 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« rieure et qui est nécessairement propre a ia cire aûn « qu'elle soit ce qu'elle est.

« On peut dire de même que les idées de lame sont de tf deux sortes, en prenant le nom d'idée en général pour « tout ce que l'esprit aperçoit immédiatement. Les premières « nous représentent quelque chose hors de nous, comme « celle d'un carré, dune maison, etc. Les secondes ne nous « représentent que ce qui se passe dans nous . comme nos « sensations, la douleur, le plaisir, etc. Car on fera voir dans « la suite que ces dernières idées ne sont rien autre chose « qu'une manière d'être de l'esprit , et c'est pour cela que je « les appellerai des modifications de l'esprit. »

Les définitions des mots sont libres. Il est fâcheux néanmoins de donner à une espèce le nom du genre , et ne le point donner du tout à l'autre espèce ; car cela peut empêcher qu'on ne considère cette autre espèce comme ayant part a la notion du genre. Et ainsi, pour éviter cet inconvénient, ([u'il me soit permis aussi de faire mon dictionnaire et de dire que la perception d'un carré est une modification de mon àme, aussi bien que la perception d'une couleur; car la perception d'un carré est quelque chose à mon àme. Or. ce n'en est pas l'essence : c'en est donc une modification. De plus , selon cet auteur, la perception d'un carré est à mon âme ce que la figure est à l'étendue. Or, la figure est une modification de l'étendue : donc , recevoir l'idée d'un carré, c'est-à-dire apercevoir un carré, est une modification de mon àme. Cependant il faut encore remarquer ici qu'il prend le mot d'idée pour perception et non pour un certain être représentatif, dont il prétend ailleurs que nous avons besoin pour apercevoir les choses; car il demeure d'accord, dans le troisième livre, partie ii, chapitre P', qu'au regard des sensations, c'est-à-dire dans les perceptions des couleurs, de la lumière, etc., l'amena ])asheso\n de ces êtres représentatifs. et cependant il appelle ces perceptions des idées.

(' On pourrait appeler aussi les inclinations de lame, des

« modifications de la nu'me àuie; car, puisqu'il est constant « que TincUnation de la volonté est une manière d'être do « l'àme, on pourrait l'appeler modification de lame. »

Cela me suffit. Quelque raison qu'il croie avoir de ne la pas appeler modiftcaiion, ce m'est assez quelle en soit une, comme il lavoue, pour la croire telle et l'appeler de ce nom.

Il dit ensuite que notre âme est entièrement passive au regard des perceptions, mais non au regard des inclinations; doù jauraisà tirer des conséquences très-importantes, mais je les réserve pour un autre lieu, parce qu'elles ne regardent que la cause des idées et non leur nature. Or, c'est de la nature des idées que je veux présentement vous entretenir. C'est pourquoi je me contente de vous faire remarquer que l'auteur de la liecherche de la Vérité, ayant souvent parlé de ces idées dans le premier chapitre de son livre , il a marqué en diverses manières que les idées des objets, et les perceptions des objets, étaient la même chose. Et ce qui est remarquable, afin qu'on ne croie pas que cela lui est échappé, c'est que, dans la deuxième partie du deuxième livre, il continue à prendre le mot d'idée dans la même notion, surtout dans le troisième chapitre. Car, ce qu'il appelle dans le titre de ce chapitre la liaison mutuelle des idées de l esprit et des traces du cerveau, il l'appelle, dans le chapitre même, la correspondance naturelle et mutuelle des pensées de lame et des traces du cerveau. Il croyait donc alors qu'idées étaient la même chose que pensées. Et on n'a aussi qu'à lire ce chapitre pour être convaincu qu'il y prend partout , pour deux termes synonymes, les idées et les pensées. Cependant , il est clair que quand il parle à fond de la nature des idées, dans la deuxième partie du troisième livre , et dans les Éclaircissements, ce ne sont plus les pensées de Vâme et les perceptions des objets qu'il appelle idées, mais de certains êtres représentatifs des objets, différents de ces perceptions, qu'il dit exister véritablement et être Jiécessaires pour apercevoir tous les objets matériels.

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