CHAPITRE XIV. lir
« tures : donc on no voit point en Dieu le? ouvrage? de Dieu. » Et voici comme il y répond :
« Pour répondre à tout ceci . il suffit de considérer que. « Dieu renferme en lui-même une étendue intelligible infinie ; « car Dieu connaît l'étendue, puisqu'il l'a faite, et il ne la « peut connaître qu'en lui-même. Ainsi, comme l'esprit peut « apercevoir une partie de cette étendue intelligible que u Dieu renferme, il est certain qu'il peut apercevoir en Dieu « toutes les figures, car toute étendue intelligible finie est (( nécessairement une figure intelligible, puisque la figure « n'est que le terme de l'étendue. De plus cette figure d'é- « tendue intelligible et générale devient sensible et particu- 0 Hère par la couleur ou par quelqu'autre qualité sensible c que l'àme y attache, car l'âme répand presque toujours a sa sensation sur l'idée qui la frappe vivement. Ainsi, il a n'est point nécessaire qu'il y ait en Dieu de corps sen- « sibles, ou de figures dans l'étendue intelligible, afin que l'on « en voie en Dieu, ou afin que Dieu en voie, quoiqu'il ne a considère que lui-même. Si l'on conçoit aussi qu'une figure d'étendue intelligible, rendue sensible par la couleur, soit « prise successivement des différentes parties de cette étendue ({ infinie : ou si Ton conçoit qu'une figure d'étendue intelligible puisse tourner sur son centre ou s'approcher succes- « sivement d'une autre, on aperçoit le mouvement d'une « figure sensible ou intelligible, sans qu'il y ait même de « mouvement dans l'étendue intelligible. Car Dieu ne voit « point le mouvement des corps dans sa substance, ou dans « l'idée qu'il en a lui-même; mais seulement par la connais- « sance qu'il a de ses volontés à leur égard. Il ne voit même « leur existence que par cette voie, parce qu'il n'y a que sa « volonté qui donne l'être à toutes choses. Les volontés de <( Dieu ne changent rien dans sa substance, elles ne la « meuvent pas. Peut-être que l'étendue intelligible est im- « mobile en tout sens, même intelhgiblement. Mais quoique « nous ne voyions que cette étendue intelligible immobile ou
110 Di:S VRAIES ET DES FAUSSES IDÉES.
« non, elle noii> paraît mobile, à cause du sentiment de couce leur, ou (le limaize confuse qui reste après le sentiment, « laquelle nous attachons successivement à diverses parties « de l'étendue intelligible qui nous sert d'idée, lorsque nous « voyons ou que nous imaginons le mouvement de quelque « corps ; on peut comprendre par les choses que je viens de « dire pourquoi on peut voir le soleil intelligible, tantôt « grand et tantôt petit , quoiqu'il soit toujours le même « à l'égard de Dieu. Car il suffit pour cela que nous voyions « tantôt une plus grande partie de l'étendue intelligible, « tantôt une plus petite, et que nous ayons un sentiment vif « de lumière pour attacher à cette partie d'étendue. Or, (f comme les parties de l'étendue intelligible sont toutes de « même nature, elles peuvent toutes représenter quelque « corps que ce soit. »
Je ne sais, Monsieur, que vous dire d'un tel discours : j'en suis etïrayé. Car je trouve qu'il enferme tant de brouilleries et de contradictions, que toute ma peine sera d'en démêler les équivoques , et d'en découvrir les paralogismes.
1 . J'ai déjà ruiné par avance celui qui en est le principal fondement, en faisant voir en quel sens on peut dire que ce que Dieu connaît est en Dieu. Car tout ce discours roule sur cette étrange hypothèse : que u Dieu renferme en lui-même une étendue intelligible infinie. '> Et toute la preuve qu'il en apporte est « que Dieu connaît l'étendue, puisqu'il l'a faite , et i qu'il ne la peut connaître qu'en lui-même. » Il n'y a rien qu'on ne mette en Dieu par un semblable raisonnement, puisque j'aurai autant de sujet de dire : « Dieu renferme en lui-même des millions de moucherons et de puces intelligibles; car il les connaît, puisqu'il les a faits. » Et il ne les peut u connaître qu'en lui-même. »
2. Mais tous ces arguments sont de purs sophismes, car de cette majeure : « Dieu connaît tout en lui-même, » on n'en peut rien conclure qu'en cette manière: